Le 7 juillet 2026, Schneider Electric a annoncé le déploiement en Côte d'Ivoire de sa nouvelle gamme d'appareillages moyenne tension AirSeT, qui utilise de l'air pur et la coupure dans le vide pour remplacer le gaz SF6, puissant gaz à effet de serre. Cette innovation technologique intervient alors que le pays vise 45% d'énergies renouvelables dans son mix électrique à l'horizon 2030 et cherche à consolider son rôle de hub électrique régional dans le cadre du Système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain (WAPP). En modernisant son réseau de distribution, Abidjan entend répondre à une demande croissante tout en renforçant sa souveraineté énergétique et ses capacités d'exportation vers les pays voisins.

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Une technologie sans SF6 pour un réseau plus durable

Le déploiement de la gamme AirSeT par Schneider Electric en Côte d'Ivoire marque une rupture technologique dans la gestion des réseaux moyenne tension. En remplaçant le gaz SF6, dont le potentiel de réchauffement global est 23 500 fois supérieur à celui du CO₂, par une combinaison d'air pur et de vide, cette solution s'inscrit dans les objectifs climatiques du pays. La Côte d'Ivoire, qui s'est engagée à réduire ses émissions de 30% d'ici 2030, fait ainsi un pas concret vers la décarbonation de son infrastructure électrique. Selon Nicole Malan, vice-présidente de Schneider Electric pour l'Afrique subsaharienne, cette technologie « alliant air pur et digitalisation avancée » permet aux opérateurs d'anticiper les futures normes environnementales sans nécessiter de modifications majeures du réseau existant.

Cette innovation intervient dans un contexte où la demande en électricité explose, tirée par l'urbanisation d'Abidjan et la croissance de l'agro-industrie, notamment la transformation du cacao. Le pays doit à la fois étendre sa capacité de production et moderniser son réseau de distribution pour réduire les pertes techniques et commerciales, qui dépassent encore 20% dans certaines régions. AirSeT, en améliorant la fiabilité et la sécurité des infrastructures moyenne tension, contribue directement à cet objectif.

Quels enjeux pour la souveraineté énergétique régionale ?

Au-delà de l'aspect technique, ce déploiement revêt une dimension stratégique pour la Côte d'Ivoire. Le pays ambitionne de devenir la plaque tournante de l'électricité en Afrique de l'Ouest, un projet porté par le WAPP. Alors que le Ghana vient tout juste de sortir de son programme avec le FMI et que le Nigeria peine à stabiliser son réseau, Abidjan cherche à capter une part croissante des échanges régionaux. Une distribution plus fiable permet d'honorer les contrats d'exportation vers le Mali, le Burkina Faso et le Ghana, générant des recettes en devises et renforçant l'influence diplomatique du pays.

Par ailleurs, la digitalisation intégrée aux équipements AirSeT ouvre la voie à une gestion plus fine des flux électriques, essentielle pour intégrer les énergies renouvelables intermittentes. La Côte d'Ivoire, qui mise sur l'hydroélectricité et le solaire, pourra ainsi mieux équilibrer son réseau et réduire sa dépendance aux centrales thermiques au gaz, dont le coût pèse sur les finances publiques. Cette souveraineté technique et énergétique s'aligne avec les appels lancés lors de l'Africa CEO Forum de Kigali en mai 2026, où le Premier ministre Beugré Mambé avait invité les investisseurs à faire de la Côte d'Ivoire une destination privilégiée.

Le choix de Schneider Electric, un groupe français, plutôt que de concurrents chinois ou allemands, n'est pas anodin. Il reflète l'ancrage historique des entreprises françaises dans le secteur électrique ivoirien, mais aussi une volonté de privilégier des technologies conformes aux standards internationaux. Toutefois, cette dépendance à un fournisseur unique pourrait être perçue comme un risque pour la souveraineté à long terme, même si le groupe assure que les équipements sont conçus pour une intégration facile sans formation supplémentaire. Dans un contexte géopolitique où les rivalités d'influence s'intensifient en Afrique de l'Ouest, ce partenariat renforce la position de la France dans le secteur énergétique régional.

L'arrivée d'AirSeT en Côte d'Ivoire illustre une tendance plus large : les pays africains ne se contentent plus d'augmenter leur capacité de production, ils modernisent en profondeur leurs réseaux de distribution pour répondre aux défis du changement climatique et de la croissance démographique. À mesure que la digitalisation et les technologies vertes gagnent du terrain, la question de la souveraineté technologique et de l'indépendance vis-à-vis des fournisseurs étrangers reste ouverte. La Côte d'Ivoire, en faisant ce choix précoce, pourrait bien fixer un standard pour toute la région.