Le 11 mai 2026, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) a saboté une ligne haute tension de l'Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) au Mali, menaçant directement le barrage de Manantali. Cet acte, inédit par son ciblage d'infrastructures énergétiques stratégiques, révèle une escalade dans la stratégie des groupes djihadistes sahéliens. Alors que la région fait face à une flambée des prix du pétrole et à des tensions sur le détroit d'Ormuz, cette attaque fragilise davantage l'équilibre énergétique du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie.

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Une escalade dans la stratégie djihadiste

Le sabotage d'une ligne électrique de l'OMVS par le JNIM marque un tournant dans la menace terroriste au Sahel. Jusqu'ici, les attaques visaient principalement des cibles militaires ou des civils dans les zones de conflit. En s'en prenant à un réseau électrique transnational, les djihadistes cherchent à paralyser les services essentiels et à étendre l'insécurité au-delà des foyers traditionnels. Selon le journaliste Serge Daniel, cet acte n'est qu'un prélude : les assaillants menacent désormais la centrale elle-même, le barrage de Manantali, poumon énergétique de la sous-région. Cette évolution tacticale pourrait être exploitée par d'autres groupes pour déstabiliser les États ouest-africains par des moyens non conventionnels.

Manantali, un maillon faible de la solidarité régionale

Mis en service en 2002, le barrage de Manantali est un pilier de l'intégration énergétique ouest-africaine. Géré par l'OMVS, il fournit une part substantielle de l'électricité du Sénégal, du Mali et de la Mauritanie. Sa localisation en territoire malien, dans une région où les groupes djihadistes gagnent du terrain, en fait une infrastructure vulnérable. Le sabotage de la ligne de transport, s'il était suivi d'une attaque sur le barrage lui-même, provoquerait un déficit de production massif. Pour le Sénégal, déjà confronté au coût élevé du maintien des prix de l'énergie (voir article du 12 mai 2026), une telle coupure aggraverait la pression sur les finances publiques et sur la population. Le Mali, en proie à l'instabilité, verrait son approvisionnement encore plus compromis. La Mauritanie, moins dépendante, ne serait pas épargnée par les répercussions économiques.

La souveraineté énergétique en question

Cet événement s'inscrit dans un contexte plus large de remise en cause de la souveraineté énergétique ouest-africaine. Parallèlement, la menace iranienne de taxer le transit pétrolier dans le détroit d'Ormuz (articles du 10 au 12 mai 2026) rappelle la dépendance aux hydrocarbures importés. L'Afrique de l'Ouest, pourtant riche en ressources (pétrole, gaz, hydroélectricité), peine à sécuriser son approvisionnement. Les projets régionaux comme l'OMVS ou le gazoduc Nigeria-Algérie sont des solutions de long terme, mais leur vulnérabilité aux attaques et aux aléas politiques limite leur efficacité. Le sabotage de la ligne électrique met en lumière la nécessité d'une gouvernance renforcée et d'une diversification des sources d'énergie.

Un signal pour les investisseurs

Pour les investisseurs, cet incident ajoute une couche de risque dans l'évaluation des projets énergétiques ouest-africains. L'assurabilité des infrastructures transfrontalières pourrait se durcir, avec des primes plus élevées. À court terme, les États pourraient être contraints d'accélérer le déploiement de solutions décentralisées (solaire, mini-réseaux) pour réduire la dépendance à un réseau centralisé vulnérable. Le Sénégal, qui mise sur le gaz de Grand Tortue Ahmeyim, devra intégrer ces risques sécuritaires dans sa planification énergétique.

Les implications budgétaires et sociales

Le maintien des prix de l'énergie au Sénégal, déjà coûteux avec un pétrole à 100 dollars, deviendrait intenable si la production hydroélectrique chutait. Le gouvernement devrait soit augmenter les subventions, creusant le déficit, soit répercuter les hausses sur les consommateurs, avec des conséquences sociales. Au Mali, la perte d'électricité aggraverait une crise économique déjà profonde. La Mauritanie, moins dépendante, pourrait tirer son épingle du jeu en exportant davantage d'électricité, mais à quel prix politique ?

Leçons de l'histoire récente

Depuis les premiers articles sur le sujet en mai 2026, la situation a évolué : la menace iranienne sur Ormuz a renforcé la pression sur les prix mondiaux, et le sabotage de l'OMVS concrétise un risque sécuritaire qui était jusque-là théorique. La convergence de ces deux crises – une géopolitique et une terroriste – expose la fragilité du modèle énergétique ouest-africain. La réponse régionale, qu'elle soit militaire ou diplomatique, conditionnera la capacité de la CEDEAO et de l'UEMOA à maintenir la stabilité.

Vers une militarisation des infrastructures ?

Une des conséquences probables est le durcissement de la protection des sites stratégiques. Les armées nationales, déjà surchargées, devront peut-être redéployer des effectifs vers des cibles civiles. La coopération sécuritaire entre le Mali, le Sénégal et la Mauritanie, déjà tendue, pourrait être renforcée par nécessité. Mais sans une solution politique durable contre l'extrémisme, ces mesures resteront palliatives.

Le sabotage de l'OMVS par le JNIM ne se limite pas à un acte terroriste : il révèle la porosité du lien entre sécurité et énergie dans une région déjà sous pression. Alors que l'Afrique de l'Ouest cherche à renforcer sa souveraineté énergétique face aux chocs extérieurs, l'onde de choc de Manantali pourrait bien redéfinir les priorités d'investissement et de coopération régionale pour les années à venir.