Le 23 juillet 2026, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a reçu l’ambassadeur du Bangladesh, Mohammad Habibullah, pour discuter d’un plan d’action conjoint axé sur le phosphate et les engrais chimiques. Cette initiative intervient dans un contexte de tensions persistantes sur le marché mondial des engrais, marqué par la perturbation du détroit d’Ormuz et la baisse des revenus des grands producteurs comme OCP. Le rapprochement entre Tunis et Dhaka illustre une recomposition des alliances commerciales, avec des implications pour les pays ouest-africains producteurs de phosphate, tels que le Sénégal et le Togo.
L’axe Tunisie-Bangladesh redessine la carte des engrais
Un partenariat stratégique dans un marché sous tension, avec des implications pour l’Afrique de l’Ouest.
Perturbation du détroit d’Ormuz → flambée des prix des engrais. OCP (Maroc) enregistre une baisse de 7 % de son chiffre d’affaires au T1.
La Banque africaine de développement accorde une garantie partielle de crédit de 450 millions d’euros à OCP.
Le ministre tunisien des Affaires étrangères reçoit l’ambassadeur du Bangladesh. Discussion sur un plan d’action conjoint phosphate/engrais.
Contexte de marché sous tension
- Détroit d’Ormuz perturbé
- OCP : baisse de 7 % du CA (T1 2026)
- Garantie BAD : 450 M€
🔎 Recomposition des alliances : Tunisie sécurise ses débouchés, Bangladesh diversifie ses sources. Le Sénégal et le Togo observent.
Un contexte de marché sous haute tension
Depuis mai 2026, le marché mondial des engrais connaît des turbulences. La perturbation du détroit d’Ormuz, voie vitale pour le transport d’un tiers de l’approvisionnement mondial, a fait grimper les prix. Parallèlement, OCP, le géant marocain, a enregistré un chiffre d’affaires en baisse de 7 % au premier trimestre, tandis que la Banque africaine de développement lui accordait une garantie partielle de crédit de 450 millions d’euros. En Tunisie, le projet phosphate de Gasaat, porté par l’australien PhosCo, a annoncé une avancée métallurgique majeure. C’est dans ce climat d’incertitude que la Tunisie cherche à sécuriser ses débouchés.
Le Bangladesh : un partenaire stratégique pour Tunis
Le Bangladesh, huitième pays le plus peuplé du monde, est un importateur majeur d’engrais nécessaires à sa production agricole intensive. Avec la prochaine présidence bangladaise de l’Assemblée générale des Nations unies, le partenariat acquiert une dimension diplomatique. Les deux pays ont convenu de mettre en place un mécanisme de consultations politiques bilatérales et d’élaborer un plan d’action conjoint. Pour la Tunisie, qui cherche à diversifier ses clients au-delà de l’Europe, le Bangladesh représente un marché prometteur et une porte d’entrée vers l’Asie du Sud.
Quels enseignements pour l’Afrique de l’Ouest ?
Le Sénégal, via la société ICS (Industries Chimiques du Sénégal), et le Togo, qui dispose de gisements de phosphate à Hahotoé, sont confrontés à des enjeux similaires : comment valoriser leurs ressources dans un marché volatil ? L’axe Tunisie-Bangladesh montre que la coopération Sud-Sud peut offrir une alternative aux circuits traditionnels dominés par les grands groupes. Les pays ouest-africains pourraient, à leur tour, nouer des alliances avec des nations asiatiques à forte demande, afin de stabiliser leurs recettes d’exportation et de renforcer leur souveraineté alimentaire.
Dynamiques régionales contrastées
Cependant, la situation diffère. La Tunisie dispose d’infrastructures industrielles et d’une expérience dans la transformation du phosphate, contrairement au Togo ou au Sénégal, où les projets de valorisation locale peinent à décoller. Par ailleurs, le contexte sécuritaire et les incertitudes politiques en Afrique de l’Ouest freinent les investissements. L’initiative tunisienne pourrait néanmoins inspirer une stratégie collective, via la CEDEAO, pour négocier des accords cadre avec les pays importateurs d’engrais, à l’image de ce que fait l’OCP avec ses garanties financières.
Une fenêtre géopolitique à saisir
Au-delà des aspects commerciaux, ce rapprochement s’inscrit dans une redéfinition des équilibres mondiaux. La présidence bangladaise de l’ONU offre une tribune pour promouvoir une coopération sur les engrais, liée aux objectifs de sécurité alimentaire. Pour l’Afrique de l’Ouest, qui dépend des importations pour ses besoins en engrais, l’enjeu est double : sécuriser l’approvisionnement et capter une part de la valeur ajoutée locale. Le modèle tunisien-bangladais pourrait servir de catalyseur.
La rencontre du 23 juillet 2026 à Tunis ne se limite pas à un échange diplomatique de routine. Elle révèle une tendance profonde de recomposition des routes commerciales du phosphate, sous l’effet des tensions géopolitiques et de la demande asiatique. Reste à savoir si les pays ouest-africains sauront tirer parti de cette dynamique pour transformer leur potentiel minier en levier de développement durable.