Le 29 mai 2026, Impact Oil & Gas annonce la cession de ses participations sud-africaines à IOG Energies, filiale de Deepkloof. L'opérateur concentre désormais ses efforts sur le bloc namibien Venus, détenu conjointement avec TotalEnergies, QatarEnergy et NAMCOR. Cette réorganisation intervient alors que TotalEnergies réaffirme son intérêt pour les grands bassins sédimentaires africains, avec des conséquences potentielles pour les projets ouest-africains comme Sangomar au Sénégal.
TotalEnergies recentre ses partenariats africains
Impact Oil & Gas cède ses parts sud-africaines à IOG Energies. Le groupe concentre ses efforts sur le bloc namibien Venus, détenu avec TotalEnergies, QatarEnergy et NAMCOR. Quelles conséquences pour Sangomar au Sénégal ?
En se recentrant sur le bloc namibien Venus (opéré par TotalEnergies à 45,25 %), le groupe français concentre ses ressources sur un gisement profond majeur. Cette stratégie pourrait retarder ou redéfinir les priorités d’investissement en Afrique de l’Ouest, notamment sur le projet Sangomar au Sénégal, où les partenaires attendent des signaux clairs.
La transaction, annoncée le 29 mai, transfère à IOG Energies l'intégralité des parts d'Impact Africa Limited, qui détenait 45 % des blocs Transkei et Algoa au large de l'Afrique du Sud, ainsi que 100 % du bloc Area 2 et 22 % du bloc Orange Basin Deep. En contrepartie, Impact Oil & Gas conserve 9,5 % d'intérêt dans les permis namibiens PEL 91 et PEL 56, où se trouve le gisement Venus, l'une des découvertes majeures de la décennie en Afrique. Le pétrolier justifie ce recentrage par la nécessité de concentrer ses ressources sur les actifs à plus fort potentiel, en attendant une décision finale d'investissement sur Venus.
Le bloc Venus, opéré par TotalEnergies (45,25 %) en partenariat avec QatarEnergy (35,25 %) et la compagnie nationale namibienne NAMCOR (10 %), représente un enjeu stratégique pour le groupe français. Situé par plus de 3 000 mètres de fond, ce gisement pourrait contenir plusieurs milliards de barils. TotalEnergies y a déjà investi plus de 400 millions de dollars en exploration et forages, selon des données publiques. Cette focalisation sur la Namibie illustre la stratégie du major visant à privilégier les bassins à très fort potentiel, au détriment de zones moins prometteuses.
Pour l'Afrique de l'Ouest, cette réorganisation soulève des questions sur l'engagement de TotalEnergies dans des projets comme Sangomar, au Sénégal, dont la production a démarré en 2024. Bien que l'opérateur ait confirmé sa participation au Sénégal, le recentrage sur Venus pourrait limiter les ressources allouées à d'autres blocs ouest-africains. TotalEnergies détient également des positions en Côte d'Ivoire et au Nigeria, mais le contexte mondial de transition énergétique pousse les majors à arbitrer entre des projets aux coûts et aux rendements différents.
L'opération met également en lumière le rôle croissant des compagnies nationales dans la région. En Namibie, NAMCOR détient une participation de 10 % dans Venus, un modèle de participation locale que le Sénégal a également adopté avec Petrosen dans Sangomar. La cession des actifs sud-africains montre que les blocs exploratoires sans perspective de développement rapide sont abandonnés au profit de découvertes majeures. Pour les États ouest-africains, cela implique de maintenir des conditions fiscales et réglementaires attractives pour retenir l'intérêt des investisseurs.
Cette restructuration intervient dans un contexte de recomposition du paysage pétrolier africain. Les compagnies internationales tendent à se concentrer sur un nombre réduit de mégaprojets, tandis que les juniors se consolident. La décision d'Impact Oil & Gas de se recentrer sur la Namibie, avec le soutien de TotalEnergies, pourrait inspirer d'autres opérateurs. À l'inverse, certains pays comme l'Afrique du Sud voient leurs bassins exploratoires délaissés, faute de découvertes commerciales majeures.
Pour le Sénégal, l'effet direct est limité à court terme, mais la dynamique révèle une tendance : les majors concentrent leurs efforts sur les gisements géants, notamment dans l'Atlantique Sud. Le bassin sénégalais, avec ses découvertes comme Grand Tortue Ahmeyim et Sangomar, bénéficie encore d'un intérêt soutenu. Cependant, la compétition avec la Namibie pour attirer les capitaux d'exploration s'intensifie. Les autorités sénégalaises devront surveiller l'évolution des portefeuilles des opérateurs pour anticiper d'éventuels désengagements.
Au-delà des aspects stratégiques, cette opération illustre les défis de la souveraineté énergétique en Afrique de l'Ouest. La participation des compagnies nationales dans les projets permet de capter une partie de la rente, mais leur capacité à suivre les investissements des majors reste limitée. Le modèle namibien, où NAMCOR est actionnaire à 10 %, pourrait servir de référence pour les nouveaux accords pétroliers dans la région. Toutefois, l'équilibre entre attractivité pour les investisseurs et contrôle national demeure délicat.
Cette réorganisation de l'actionnariat autour du champ Venus montre que les grandes compagnies pétrolières arbitrent de plus en plus entre les différents bassins africains. Alors que les regards se tournent vers la Namibie, les pays d'Afrique de l'Ouest doivent renforcer leur attractivité et leur capacité de négociation pour rester dans la course aux investissements pétroliers, dans un contexte où la concurrence entre régions s'accroît.