Le Mozambique a enregistré une hausse spectaculaire de 60,2 % des investissements directs étrangers (IDE) en 2025, portés par les mégaprojets gaziers du bassin de Rovuma. Ce bond, qui porte le total à 5,6 milliards de dollars, est un signal fort pour l’Afrique de l’Ouest, où le Sénégal et la Mauritanie s’apprêtent à monter en puissance dans le gaz naturel liquéfié (GNL). Entre sécurité, modèle économique et souveraineté énergétique, l’expérience mozambicaine offre des enseignements précieux aux deux pays, qui peinent encore à concrétiser leurs promesses.
L’essor gazier mozambicain
Un précédent pour le Sénégal et la Mauritanie ?
TotalEnergies & ExxonMobil
30 milliards $ cumulés
Coral Sul (Eni)
7 Mt/an depuis 2022
Coral Norte
Programmée
⚖️ Mozambique vs Sénégal & Mauritanie
5,6 milliards $
+60,2%
Coral Sul (actif)
Coral Norte (2028)
Grande Tortue Ahmeyim (GTA)
En développement
Sécurité, modèle éco., souveraineté
S’inspirer du bond mozambicain
📅 Chronologie gazière
Coral Sul entre en production
Plateforme flottante d’Eni — 7 Mt/an
IDE bondissent de 60,2%
5,6 milliards $ — 91% dans l’extractif
Coral Norte programmée
Expansion du projet mozambicain
Sénégal & Mauritanie : GTA en développement
En attendant les décisions finales d’investissement
💡 Enseignements pour le Sénégal & la Mauritanie
Le Mozambique montre qu’un cadre sécurisé attire les mégaprojets. Le Sénégal et la Mauritanie doivent garantir la stabilité.
Partenariats avec les majors (Total, Exxon, Eni) et montée en capacité progressive (Coral Sul puis Norte).
Le gaz mozambicain renforce son poids régional. L’Afrique de l’Ouest peut suivre avec le GNL de GTA.
Un décollage mozambicain fulgurant
Les chiffres publiés par la Banque du Mozambique sont sans équivoque : en 2025, les IDE ont bondi de 60,2 % pour atteindre 5,6 milliards de dollars, dont 5,2 milliards (91 %) absorbés par le secteur extractif. Ce dynamisme est largement attribuable aux développements gaziers du bassin de Rovuma, l’une des plus grandes réserves de gaz naturel découvertes ces dernières décennies. Les projets phares des majors TotalEnergies et ExxonMobil, d’une valeur cumulée estimée à 30 milliards de dollars, sont en attente de décisions finales d’investissement, mais la plateforme flottante Coral Sul d’Eni produit déjà depuis 2022, avec une capacité de 7 millions de tonnes par an. Une expansion, Coral Norte, est d’ores et déjà programmée pour 2028.
Quels échos pour le Sénégal et la Mauritanie ?
À plus de 6 000 kilomètres de là, le Sénégal et la Mauritanie observent avec attention la trajectoire mozambicaine. Le gaz de la Grande Tortue Ahmeyim (GTA), projet transfrontalier porté par BP et Kosmos Energy, devrait entrer en production en 2027, avec un potentiel de 2,3 millions de tonnes de GNL par an dans sa première phase. Les autorités sénégalaises, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, ont multiplié les annonces sur la souveraineté énergétique et la transparence dans la gestion des ressources, comme en témoigne le discours du 12 mai 2026 au SIEPA. Mais alors que le Mozambique attire des capitaux massifs, le Sénégal et la Mauritanie peinent encore à concrétiser l’ampleur des investissements nécessaires.
Les leçons du succès mozambicain
Le cas mozambicain révèle trois facteurs clés qui pourraient inspirer l’Afrique de l’Ouest. D’abord, la nécessité d’un cadre sécuritaire stable : le Cabo Delgado a longtemps été un frein, mais la relative accalmie récente a rassuré les investisseurs. Ensuite, le rôle des majors comme catalyseurs : les engagements de TotalEnergies et ExxonMobil ont créé un effet d’entraînement sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Enfin, la diversification des partenaires : Eni, Total et Exxon coexistent, limitant la dépendance. Le Sénégal et la Mauritanie, qui misent sur BP et Kosmos pour GTA, gagneraient à élargir leur base d’investisseurs pour sécuriser les phases d’expansion.
Revenus et souveraineté : un équilibre délicat
L’afflux d’IDE mozambicain pose aussi la question du partage de la rente. Le Sénégal, avec son nouveau code pétrolier et gazier, insiste sur les clauses de contenu local et de transparence, comme l’a rappelé Cheikh Niane le 12 mai. Mais les recettes fiscales et les redevances ne seront optimales que si la production démarre sans encombre. Le Mozambique, malgré ses volumes, n’a pas encore transformé son boom gazier en bien-être généralisé. Les deux pays ouest-africains doivent donc conjuguer attrait des IDE et préservation des intérêts nationaux, un équilibre qui passe par des institutions solides et un dialogue permanent avec les opérateurs.
Perspectives régionales et compétition interafricaine
L’émergence du Mozambique comme hub gazier africain pourrait reconfigurer les équilibres continentaux. Le Sénégal et la Mauritanie, avec des réserves estimées à 40 billions de pieds cubes (GTA et Yakaar-Teranga), ont un potentiel comparable. Mais la concurrence est rude : le Nigeria, l’Angola et le Mozambique sont déjà en piste. La fenêtre d’opportunité pour l’Afrique de l’Ouest est étroite, d’autant que la demande européenne en GNL, dopée par la guerre en Ukraine, pourrait se tasser d’ici 2030. L’enjeu pour Dakar et Nouakchott est donc d’accélérer la mise en production tout en capitalisant sur une gouvernance exemplaire, pour attirer les capitaux qui conditionnent l’essor du secteur.
Le bond des IDE mozambicain illustre la confiance des investisseurs dans le gaz naturel africain, mais aussi les défis sécuritaires et institutionnels qui persistent. Pour le Sénégal et la Mauritanie, l’enjeu n’est pas seulement d’imiter ce succès, mais de le dépasser en construisant une filière gazière ancrée dans la souveraineté énergétique régionale. Alors que la transition énergétique mondiale accélère, le gaz ouest-africain joue une partie décisive : celle de sa crédibilité industrielle et de sa capacité à être un levier de développement, et non un simple mirage.