Ce vendredi 29 mai, TotalEnergies tient son assemblée générale annuelle à La Défense, sous la pression de bénéfices records de 4,96 milliards d'euros au premier trimestre 2026, en hausse de 51% sur un an. Ces superprofits, alimentés par la flambée des hydrocarbures liée aux tensions au Moyen-Orient et au blocage du détroit d'Ormuz, relancent le débat sur une taxation exceptionnelle en France. Pour le Sénégal, partenaire du groupe dans le champ pétrolier de Sangomar, ces débats posent la question de l'équilibre entre rente nationale et attractivité des investissements.
TotalEnergies AGM : superprofits, taxe et avenir du pétrole sénégalais
Bénéfice record de 4,96 milliards € au T1 2026 (+51 % sur un an). La flambée des hydrocarbures relance le débat sur une taxe exceptionnelle en France. Pour le Sénégal, partenaire du groupe à Sangomar, l’équilibre entre rente nationale et attractivité des investissements est en jeu.
Chronologie
Le dilemme sénégalais
À retenir
L'assemblée générale de TotalEnergies se déroule dans un climat tendu. Le ministre français de l'Économie, Roland Lescure, a déclaré mercredi 27 mai qu'il ne s'opposerait pas à une taxe sur les superprofits, tout en saluant le plafonnement des prix des carburants mis en place par le groupe. Ce dernier a toutefois prévenu qu'il abandonnerait cette mesure en cas de taxation, signe des tensions entre l'État et la major pétrogazière.
Pour le Sénégal, où TotalEnergies est associé au développement du champ Sangomar — premier projet pétrolier du pays entré en production en 2024 — ces bénéfices records soulèvent des attentes. Alors que les prix du pétrole restent élevés, les revenus tirés de l'exportation sont cruciaux pour le financement de l'économie sénégalaise, encore dépendante des importations énergétiques. Mais la part de la rente qui revient à l'État dépend des termes contractuels, souvent opaques, négociés avec les majors.
La menace d'une taxe sur les superprofits en France pourrait paradoxalement renforcer la position de Dakar. Si TotalEnergies voit ses marges réduites en Europe, le groupe pourrait chercher à compenser en maximisant ses profits ailleurs, notamment en Afrique de l'Ouest. Cela se traduirait par une pression accrue pour optimiser les coûts de production et la fiscalité locale, au risque de réduire les bénéfices pour l'État sénégalais.
À l'inverse, une absence de taxe en France renforcerait l'argument de TotalEnergies selon lequel ses bénéfices sont légitimes et nécessaires au financement de la transition énergétique. Le groupe pourrait alors réinvestir une partie de ces superprofits dans de nouveaux projets, comme l'exploration en eaux profondes au large du Sénégal ou le développement du gaz naturel liquéfié (GNL). Cela créerait des opportunités d'investissement pour le pays, mais aussi des défis en matière de gouvernance et de redistribution.
Le contexte géopolitique régional ajoute une couche de complexité. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz ont redessiné les routes énergétiques, faisant de l'Afrique de l'Ouest un fournisseur alternatif stratégique. Le Sénégal, avec son pétrole et son gaz (projet Grand Tortue Ahmeyim), devient un acteur clé. Mais cette position expose également le pays aux aléas des marchés et aux pressions des grandes compagnies.
Au-delà du Sénégal, l'assemblée générale de TotalEnergies est observée de près par les autres pays producteurs de la région, du Nigeria à la Côte d'Ivoire. Les décisions du groupe sur ses investissements futurs, notamment dans l'amont pétrolier, influenceront la dynamique de souveraineté énergétique régionale. Si TotalEnergies choisit de réduire son exposition en France, l'Afrique de l'Ouest pourrait devenir un refuge pour ses capitaux, mais à quel prix ?
La question de la taxe sur les superprofits en France n'est pas qu'une affaire hexagonale. Elle pose le problème plus large de la répartition de la valeur entre pays consommateurs et pays producteurs. Pour le Sénégal, le défi est de trouver un équilibre : attirer les investisseurs sans brader ses ressources, et tirer parti de la conjoncture favorable pour négocier des contrats plus équitables.
L'issue de l'AGM de TotalEnergies, combinée aux évolutions du marché pétrolier, pourrait redéfinir les termes du partenariat entre le groupe et les États ouest-africains. Si les superprofits alimentent les caisses de l'entreprise, ils mettent aussi en lumière les déséquilibres structurels de l'industrie extractive. Pour le Sénégal, l'enjeu est de transformer cette manne en développement durable, sans tomber dans la malédiction des ressources.