La deuxième édition de l'Indice de l'industrialisation en Afrique (IAA), publiée par la Banque africaine de développement lors de ses assemblées annuelles à Brazzaville, confirme le leadership des pays d'Afrique du Nord et de l'Afrique du Sud. L'Afrique de l'Ouest, elle, reste à la traîne, malgré des ressources minières considérables, notamment l'or, et des projets énergétiques structurants comme le barrage de Souapiti. Ce contraste interroge sur la capacité de la région à transformer ses richesses en levier d'industrialisation.
Afrique de l'Ouest : le paradoxe de l'or
La région produit massivement de l'or mais reste à la traîne dans l'indice d'industrialisation. Le potentiel de transformation locale bute sur des chaînes de valeur extractives.
4 freins à l'industrialisation
L'or part en lingots, la transformation locale reste marginale (moins de 2 %).
Le barrage de Souapiti (Guinée) est structurant, mais le déficit électrique limite l'industrie.
Peu d'intégration régionale : chaque pays exporte seul, sans synergie industrielle.
IDE à 2,4 % du PIB — la transformation locale nécessite des capitaux et des infrastructures.
Couloir d'exportation de l'or ouest-africain
La transformation industrielle peine à décoller. Les chaînes de valeur restent dominées par l'extraction brute de matières premières, avec peu de transformation locale.
Un indice qui révèle des écarts persistants
L'IAA 2025 classe le Maroc, l'Égypte, la Tunisie et Maurice aux premières places, avec l'Afrique du Sud en embuscade. Sur 54 pays africains, 41 ont amélioré leur score, mais seuls 26 se situent au-dessus de la moyenne continentale. L'Afrique de l'Ouest, l'Afrique centrale et l'Est accusent un retard structurel. Pour la région ouest-africaine, cette photographie statistique est un signal d'alarme : malgré une croissance démographique rapide et une urbanisation soutenue, la transformation industrielle peine à décoller. Les chaînes de valeur restent dominées par l'extraction brute de matières premières, avec peu de transformation locale.
La filière or : un potentiel inexploité pour l'industrialisation
L'or est l'un des piliers miniers de la région. Le Ghana, premier producteur africain, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal figurent parmi les poids lourds. Pourtant, la majorité du métal précieux est exportée sous forme de lingots ou de concentrés, avec une valeur ajoutée minimale sur place. Le raffinage, la bijouterie et les usages industriels (électronique, médical) échappent encore largement aux économies locales. Or, la demande mondiale reste soutenue, et le cours de l'or évolue dans un contexte géopolitique incertain, ce qui offre une fenêtre pour repenser la gouvernance du secteur. Le défi est de créer des incitations à la transformation locale, via des zones économiques spéciales ou des partenariats public-privé.
L'énergie, clé de voûte de la transformation
Sans énergie fiable et compétitive, pas d'industrialisation. En Afrique de l'Ouest, le mix électrique reste dominé par les centrales thermiques, coûteuses et émettrices. Mais des projets hydroélectriques de grande envergure, comme le barrage de Souapiti en Guinée, changent la donne. D'une capacité de 450 MW, Souapiti est le plus grand barrage du pays et un pilier du pool énergétique ouest-africain. Le lancement récent d'un programme de formation d'ingénieurs sur le site témoigne d'une volonté d'ancrer localement les compétences. C'est une déclaration stratégique : l'exploitation des ressources énergétiques doit s'accompagner d'un transfert de savoir-faire et d'une montée en compétence des cadres régionaux. À terme, une électricité abondante et moins chère pourrait attirer des industries électro-intensives (raffineries, cimenteries, data centers).
Logistique et intégration régionale : les maillons faibles
Le développement industriel ne dépend pas seulement des ressources, mais aussi de l'environnement des affaires. Le port de Lomé, au Togo, s'affirme comme un hub logistique régional avec plus de 30 millions de tonnes de trafic en 2024. Sa modernisation facilite les échanges, mais les corridors routiers et ferroviaires restent fragmentés. C'est dans ce contexte que la CEDEAO a dévoilé un « Pacte d'avenir » en six piliers, visant à consolider l'intégration économique. Parmi les axes prioritaires : l'harmonisation des normes, la libre circulation des biens et des capitaux, et le développement des infrastructures transfrontalières. Une intégration plus poussée permettrait de mutualiser les coûts et de créer des chaînes de valeur régionales, notamment autour de l'or et des minerais.
Un chemin étroit mais possible
L'industrialisation de l'Afrique de l'Ouest ne se fera pas sans une coordination étroite entre politiques minières, énergétiques et commerciales. Les exemples du Maroc et de l'Afrique du Sud montrent qu'un État stratège peut accompagner l'émergence de champions industriels. Toutefois, la région doit composer avec des contraintes politiques et sécuritaires (Sahel, golfe de Guinée) qui freinent les investissements. La voie est étroite, mais les atouts – or, hydroélectricité, jeunesse – sont réels. L'enjeu est de transformer des richesses extractives en capital productif durable, sans répéter les erreurs du passé.
L'indice d'industrialisation de la BAD est un rappel salutaire : sans diversification et transformation locale, les économies ouest-africaines resteront vulnérables aux chocs extérieurs. La conjugaison d'une politique minière plus exigeante, d'investissements énergétiques structurants et d'une intégration régionale renforcée pourrait offrir une issue. Mais le temps presse, alors que la transition écologique mondiale redessine les avantages comparatifs. L'Afrique de l'Ouest parviendra-t-elle à saisir cette fenêtre ?