Le Maroc affiche une croissance de 4,6% au premier trimestre 2026, portée par un bond de 18,4% de la valeur ajoutée agricole. Mais ce chiffre dissimule un net ralentissement des activités secondaires, dont l’industrie. Une configuration qui fait écho aux fragilités structurelles des pays d’Afrique de l’Ouest dépendants des ressources extractives, notamment de l’or.
⚖️ Croissance à deux vitesses
Le PIB marocain progresse de 4,6% au T1 2026, mais cache un fossé grandissant entre agriculture et industrie — un écho aux fragilités des mines d’or ouest-africaines.
La valeur ajoutée agricole explose grâce à des conditions climatiques favorables, masquant les fragilités structurelles.
Industrie manufacturière et extractive en net ralentissement (4% → 2,6%), reflet d’une économie à deux vitesses.
Le secteur primaire reste hétérogène : la pêche continue de décliner, limitant la cohésion de la croissance.
Volatilité climatique — Comme le Maroc avec l’agriculture, les pays ouest-africains (Mali, Burkina, Ghana) subissent une dépendance aux cours de l’or et aux aléas d’extraction.
Secteur secondaire fragile — L’industrie extractive (or, phosphate) ralentit, exposant les économies à un « syndrome hollandais » et à une croissance à deux vitesses.
Dépendance aux chocs externes — Climat, prix des matières premières, tensions géopolitiques : les fragilités marocaines font écho aux défis des mines d’or ouest-africaines.
Le Maroc affiche une croissance de 4,6% au T1 2026, tirée par l’agriculture (+18,4%), mais le secteur secondaire ralentit nettement (2,6%). La pêche recule. Cette configuration illustre une économie à deux vitesses, comparable aux fragilités des pays ouest-africains dépendants de l’extraction minière (or, phosphate). La volatilité climatique et la faiblesse industrielle restent des défis structurels communs.
Selon les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le PIB marocain a progressé de 4,6% au premier trimestre 2026, contre 5% un an plus tôt. Ce tassement, bien que modeste, révèle une réalité plus contrastée : la valeur ajoutée agricole a bondi de 18,4%, tandis que le rythme des activités non agricoles est passé de 4% à seulement 2,6%. Le secteur secondaire, qui englobe l’industrie manufacturière et extractive, est le principal responsable de ce ralentissement.
L’agriculture, moteur apparent
La performance agricole marocaine confirme le rôle central de ce secteur dans la trajectoire macroéconomique du Royaume. Les conditions climatiques favorables ont permis une récolte exceptionnelle, compensant largement les difficultés rencontrées par d’autres branches. Ce rebond, après une année 2025 contrastée, illustre la volatilité inhérente à une économie encore fortement tributaire des aléas climatiques. La pêche, en revanche, continue de décliner avec une baisse de 1,9%, limitant la contribution du secteur primaire.
Cette dépendance à l’agriculture n’est pas sans rappeler les économies ouest-africaines, où l’extraction minière, notamment l’or, joue un rôle similaire de variable d’ajustement. En 2024, le port de Lomé a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises, dont une part croissante liée aux flux aurifères en provenance du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Mais comme au Maroc, cette manne masque des fragilités industrielles.
Le secondaire en berne, un avertissement pour les mines d’or ouest-africaines
Le ralentissement des activités secondaires au Maroc – de 4% à 2,6% – interroge sur la capacité des économies à diversifier leur tissu productif. Dans les mines d’or ouest-africaines, la situation est similaire : la hausse des cours de l’or a dopé les recettes d’exportation, mais les chaînes de valeur locales restent peu développées. La transformation locale est quasi inexistante, et les intrants (énergie, équipements) sont largement importés.
Le programme de formation d’ingénieurs lancé au pied du barrage de Souapiti en Guinée illustre une tentative de réponse. Ce projet hydroélectrique, colossal, vise à fournir une énergie stable aux industries extractives. Mais les retards et les coûts élevés rappellent les défis structurels. De même, la centrale thermique du Togo, malgré l’accélération des énergies renouvelables, reste un pilier énergétique, soulignant la dépendance aux combustibles fossiles.
La Cedeao, de son côté, a dévoilé un « Pacte d’avenir » en six piliers pour consolider l’intégration régionale. Parmi les axes prioritaires figurent l’harmonisation des politiques minières et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. Mais ces engagements peinent à se concrétiser face aux tensions géopolitiques et aux intérêts nationaux divergents.
Le Maroc, bien que non membre de la Cedeao, offre un cas d’école : une croissance agricole forte ne suffit pas à garantir une industrialisation durable. Les pays ouest-africains producteurs d’or, qui ont vu leurs revenus miniers bondir grâce à la flambée des cours, pourraient connaître un réveil brutal si les cours venaient à baisser ou si les coûts énergétiques continuaient d’augmenter.
L’écart entre la croissance agricole et la faiblesse industrielle au Maroc est également révélateur d’un phénomène plus large : la difficulté à transformer les richesses naturelles en développement économique durable. En Afrique de l’Ouest, la ruée vers l’or des dernières années a certes dopé les exportations, mais les bénéfices locaux restent limités par l’absence d’industries de transformation et la dépendance aux importations.
Ainsi, la leçon marocaine est double : d’une part, la nécessité de diversifier les moteurs de croissance pour ne pas dépendre d’un seul secteur volatil ; d’autre part, l’urgence d’investir dans les infrastructures énergétiques et humaines pour soutenir l’industrialisation. Les projets comme Souapiti ou les réformes de la Cedeao vont dans ce sens, mais leur rythme reste lent face à l’urgence.
Le Maroc, avec sa croissance à deux vitesses, rappelle que la performance d’un secteur ne fait pas une économie résiliente. Pour les pays ouest-africains dont l’or est le pilier des exportations, l’enjeu est de transformer cette manne en un levier d’industrialisation durable, sous peine de reproduire le schéma marocain où les aléas climatiques cèdent la place aux fluctuations des cours des matières premières.