Avec une croissance de 4,9 % en 2025, le Maroc affiche son meilleur taux depuis une décennie, selon la Banque mondiale. Ce résultat, tiré par les investissements publics et le complexe portuaire de Tanger-Méditerranée, contraste avec la dépendance de nombreux pays ouest-africains à l'extraction minière brute, en particulier l'or. Alors que la région peine à transformer localement ses ressources, le modèle marocain interroge les stratégies de souveraineté économique.

Infographie — Or · Production

Une croissance marocaine ancrée dans l'infrastructure

Le rapport de la Banque mondiale, publié le 23 juillet 2026, attribue la performance marocaine à la vigueur des investissements publics liés aux grands chantiers et à la préparation de la Coupe du monde 2030, ainsi qu'au début de la reprise agricole. Le complexe Tanger-Méditerranée, devenu un système logistique et industriel, a traité 11,1 millions de conteneurs en 2025 et attiré 17,13 milliards de dirhams d'investissements privés, créant près de 15 700 emplois. Ce succès repose sur une vision royale visant à transformer la position géographique en avantage compétitif, plutôt que de se contenter de l'exploiter.

L'or ouest-africain : un potentiel sous-valorisé

À l'inverse, l'Afrique de l'Ouest, premier producteur mondial d'or après l'Asie, exporte l'essentiel de son minerai brut. Le Mali, le Burkina Faso et le Ghana, principaux producteurs, ne captent qu'une faible part de la valeur ajoutée. Selon un rapport de la Banque africaine de développement (BAD) de mai 2026, 41 pays africains ont amélioré leur score d'industrialisation entre 2010 et 2024, mais les progrès restent inégaux : le Maroc, l'Égypte et l'Afrique du Sud dominent, tandis que les économies minières ouest-africaines stagnent.

Infrastructures et transformation locale : le maillon manquant

L'essor marocain montre que la performance logistique peut catalyser l'industrialisation. Tanger-Méditerranée ne se limite pas au transit : il accueille plus de 1 500 entreprises dans l'automobile, l'aéronautique, l'électronique et l'agroalimentaire, générant 145 000 emplois. En Afrique de l'Ouest, les couloirs d'exportation de l'or manquent souvent de zones industrielles intégrées. Le corridor de Ouagadougou au port d'Abidjan, par exemple, reste fragile et saturé. La présence d'un secteur artisanal important, évoqué par des pratiques divinatoires au Burkina Faso (source : Courrier international, mai 2026), complique la traçabilité et la fiscalisation.

Souveraineté économique et diversification

Le modèle marocain illustre une souveraineté bâtie sur la diversification et l'ancrage territorial. Les revenus miniers ouest-africains, eux, restent exposés aux fluctuations des cours mondiaux. En 2025, le cours de l'or a connu des variations, sans que les États n'aient pu amortir les chocs par une transformation locale ou une épargne souveraine. La faiblesse de l'industrialisation minière limite aussi les retombées en emplois et en compétences.

Leçons pour une intégration régionale

L'expérience marocaine suggère que les investissements dans les infrastructures de transport et les zones économiques spéciales peuvent créer des écosystèmes industriels. Pour la Cédéao, qui vient de nommer un nouveau président de commission (le Sénégalais Birame Diop en mai 2026), la question de la valorisation des matières premières est cruciale. Le Ghana, qui a accepté des migrants expulsés des États-Unis la même semaine, illustre les pressions migratoires liées au sous-emploi.

Des défis structurels persistants

Toutefois, transposer le modèle marocain en Afrique de l'Ouest se heurte à des obstacles : gouvernance fragile, instabilité sécuritaire dans les zones aurifères (notamment au Sahel), et faible intégration des filières. Les projets de raffineries d'or au Mali ou au Burkina Faso peinent à se concrétiser, faute de capitaux et de confiance des investisseurs.

Le parallèle avec le Maroc ne doit pas occulter les spécificités politiques et économiques. La monarchie marocaine a bénéficié d'une stabilité et d'une continuité stratégique rares en Afrique de l'Ouest. Mais le constat est clair : sans infrastructure de transformation, la rente minière reste une promesse.

Le succès marocain pose une question de fond pour les États ouest-africains producteurs d'or : la valorisation locale des ressources est-elle un luxe ou une nécessité pour une souveraineté durable ? Alors que la Cédéao cherche à harmoniser ses politiques minières et que la pression démographique s'accroît, l'industrialisation des filières extractives apparaît comme un chantier aussi urgent que complexe. Le rapport de la Banque mondiale de juillet 2026 pourrait être un signal d'alarme pour une région riche en minerais mais pauvre en usines.