Alors que l’Afrique de l’Ouest concentre d’importants gisements aurifères, l’instabilité politique et l’application inégale des normes démocratiques par la CEDEAO fragilisent le secteur extractif. L’analyse d’Alioune Tine sur les dérives institutionnelles de l’organisation régionale éclaire les risques pesant sur la production d’or, de l’insécurité juridique à la fuite des investissements. Depuis mai 2026, la montée des tensions et les transitions autoritaires amplifient ces vulnérabilités.
Le think tank Afrikajom Center, par la voix de son fondateur Alioune Tine, a récemment pointé du doigt les failles structurelles de la CEDEAO dans l’application du Protocole de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance. Selon lui, l’application discriminatoire des sanctions entre coups d’État militaires et coups d’État constitutionnels – comme les troisièmes mandats – a contribué à la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) et affaibli la crédibilité de l’organisation. Ce diagnostic, centré sur la gouvernance politique, a des répercussions directes sur le secteur minier, premier pourvoyeur de recettes dans plusieurs pays de la région.
Un lien méconnu entre stabilité politique et investissements miniers
La production d’or, pilier des économies malienne, burkinabè et nigérienne, est particulièrement sensible à l’environnement institutionnel. Les coups d’État successifs au Sahel depuis 2020 ont non seulement perturbé les opérations minières, mais aussi gelé de nombreux projets d’exploration. Les compagnies juniors australiennes et canadiennes, majoritaires dans la région, conditionnent leurs investissements à la prévisibilité juridique et à la sécurité des concessions. Or, l’affaiblissement de la CEDEAO et les transitions autoritaires « destinées à blanchir sans frais une légitimité », comme le souligne Alioune Tine, créent un climat d’incertitude.
Des conséquences déjà visibles
Au Mali, la révision du code minier en 2023 et la renégociation des contrats ont ralenti les investissements. Au Burkina Faso, l’insécurité liée aux groupes armés a contraint plusieurs mines à réduire leur production. Au Niger, le récent coup d’État a suspendu les projets aurifères portés par des groupes étrangers. Ces situations, bien que distinctes, partagent une même origine : une gouvernance régionale incapable de garantir une application homogène des règles, favorisant des régimes qui privilégient la stabilité court-termiste au détriment des réformes structurelles. Depuis mai 2026, le maintien du baril de Brent au-dessus de 100 dollars renchérit encore les coûts énergétiques des mines, accentuant la pression sur les marges.
Une souveraineté énergétique compromise
L’or représente une source majeure de devises pour les États ouest-africains, mais son exploitation dépend de l’importation de carburant (gazole pour les engins et les usines). La flambée des prix pétroliers, combinée à la baisse de la production aurifère due aux perturbations politiques, réduit les recettes fiscales et creuse les déficits commerciaux. Le Togo, qui n’a pas ajusté ses prix à la pompe, illustre les arbitrages délicats entre soutien aux populations et maintien des capacités étatiques.
Vers une refondation nécessaire?
Alioune Tine appelle à « une réflexion profonde sur la démocratie en Afrique de l’Ouest et une architecture institutionnelle qui consolide l’autorité de la Commission de la CEDEAO ». Pour le secteur minier, cette refondation est une condition sine qua non pour restaurer la confiance des investisseurs et assurer une exploitation durable des ressources. Sans cadre régional crédible, chaque pays reste vulnérable aux chocs politiques, et la production d’or – moteur de développement – devient un indicateur de la fragilité institutionnelle.
Au-delà des seuls aspects techniques, l’avenir de l’or ouest-africain se joue donc dans les enceintes politiques régionales. La capacité de la CEDEAO à réformer son protocole démocratique et à sanctionner équitablement les dérives déterminera en partie la reprise des investissements miniers et la stabilisation des revenus aurifères. Alors que la demande mondiale d’or reste forte, la question de la gouvernance devient un enjeu géopolitique de premier plan pour la sous-région.