Les groupes jihadistes gagnent du terrain autour des concessions aurifères du Burkina Faso, du Mali et du Niger, selon une étude d'ACLED. Cette expansion, qui cible surtout les infrastructures liées à l'or, fragilise un secteur clé pour les économies sahéliennes. Alors que le Burkina Faso concentre les trois quarts des incidents miniers depuis 2015, la tendance s'accélère depuis 2024, avec des répercussions sur la sécurité des investissements et la souveraineté des États.

Infographie — Or · Burkina Faso

Un étau qui se resserre autour des mines

Selon un rapport récent du conflit monitor ACLED, des factions armées, notamment le groupe al-Qaïda affilié Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), multiplient les attaques dans un rayon de 10 km autour des concessions minières au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Bloomberg News, qui a relayé l'étude le 23 juillet 2026, souligne que les sites aurifères représentent environ 90 % des incidents enregistrés dans cette ceinture minière. Cette concentration n'est pas un hasard : l'or est devenu une source de financement et de recrutement pour ces groupes, qui exploitent les failles sécuritaires des zones d'extraction.

Burkina Faso, troisième producteur d'or en Afrique subsaharienne derrière le Ghana et l'Afrique du Sud, paie le plus lourd tribut. Le pays a enregistré près de 75 % des événements violents liés aux mines depuis 2015. Toutefois, le Mali et le Niger voient leur part augmenter depuis 2024, signe d'une contagion régionale. Les opérateurs historiques comme Barrick Gold, B2Gold, Endeavour Mining ou Allied Gold sont directement concernés : leurs sites industriels, bien que rarement attaqués de front, subissent des pressions sur les voies d'accès et les communautés environnantes.

Des cibles indirectes mais stratégiques

ACLED précise que les assauts directs contre les grandes mines industrielles restent rares, car ils nécessitent des moyens logistiques importants et comportent des risques élevés pour les assaillants. En revanche, les groupes jihadistes frappent les routes, les villages et les réseaux commerciaux qui alimentent ces concessions. Cette stratégie d'asphyxie vise à contrôler les flux économiques et à déstabiliser la gouvernance locale. Les petites mines semi-mécanisées, plus vulnérables, deviennent des cibles privilégiées : une dizaine d'enlèvements de ressortissants chinois ont été recensés l'année passée, illustrant le risque pesant sur le personnel expatrié.

Conséquences pour les opérateurs et les États

L'insécurité croissante pousse les compagnies minières à une extrême prudence. Certaines réduisent leurs investissements ou renforcent leurs dispositifs de sécurité privée, ce qui alourdit les coûts d'exploitation. Dans un contexte où le Burkina Faso a récemment vu la justice annuler un contrat d'achat d'or avec Franco-Nevada (juin 2026), la confiance des investisseurs étrangers s'érode. Parallèlement, les États voient leurs recettes fiscales menacées : l'or représente une part significative des exportations burkinabè, et toute baisse de production pèserait sur les finances publiques, déjà sous pression.

La dynamique sécuritaire renforce un paradoxe : les richesses minières, censées financer le développement, alimentent les conflits. Les groupes armés puisent dans l'économie aurifère des ressources qui leur permettent d'étendre leur influence. Les gouvernements, fragilisés par l'insécurité, peinent à garantir la protection des zones minières et à capter les retombées économiques. Au Burkina Faso, le Conseil supérieur de la communication a même sanctionné le groupe Canal+ en juin 2026, signe d'une tension croissante entre l'État et les acteurs privés.

Une tendance qui s'aggrave

L'évolution récente confirme que la menace se déplace : alors que le Burkina Faso restait l'épicentre, les incidents au Mali et au Niger augmentent, suggérant une coordination régionale des groupes armés. La région minière du Liptako-Gourma, à cheval sur les trois pays, devient un sanctuaire pour les jihadistes. Cette situation interroge la capacité des États à maintenir leur souveraineté sur leurs ressources. Les partenaires internationaux, comme la Banque africaine de développement, qui prépare une nouvelle stratégie pays pour le Burkina Faso (2027-2031), devront intégrer ce risque sécuritaire dans leurs programmes.

Au-delà de la sécurité immédiate, l'emprise jihadiste sur les mines d'or ouest-africaines pose la question de la viabilité à long terme du modèle extractif dans la région. Entre pressions sécuritaires, contestations juridiques et défis de gouvernance, la ceinture aurifère sahélienne pourrait connaître une recomposition profonde. La réponse, pour être durable, devra combiner approche sécuritaire, développement local et coopération régionale.