Le président sénégalais Diomaye Faye entame ce dimanche 21 juin une visite de 48 heures en Allemagne, première étape européenne d’ampleur depuis son élection. Ce déplacement intervient alors que le Sénégal cherche à diversifier ses partenaires économiques au-delà des liens traditionnels avec la France et la Chine. Il s’inscrit dans une dynamique ouest-africaine où chaque pays redéfinit sa diplomatie économique, entre sortie du FMI pour le Ghana et attractivité renforcée pour la Côte d’Ivoire.

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Une visite stratégique dans un calendrier régional dense

Le choix de l’Allemagne n’est pas anodin. Berlin figure parmi les premiers partenaires européens du Sénégal en matière d’investissements et de coopération technique, notamment dans les énergies renouvelables et la formation professionnelle. La visite de Diomaye Faye, axée sur les secteurs de l’énergie, du numérique et des infrastructures, vise à consolider ces liens tout en explorant de nouvelles opportunités, comme l’hydrogène vert ou la transition numérique. Ce déplacement fait écho à la tenue, un mois plus tôt à Abidjan, du salon des téléphones et applications mobiles, qui a confirmé l’ambition ivoirienne dans le numérique. Le Sénégal, de son côté, mise sur sa récente découverte de gisements de gaz et sur son potentiel solaire pour attirer des capitaux allemands, très présents dans la finance climatique.

Vers une diversification des partenariats

Cette visite s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des alliances économiques. En mai 2026, le Ghana officialisait la fin de son programme avec le FMI, signe d’une reprise économique qui pourrait le rendre plus attractif pour les investisseurs. La Côte d’Ivoire, elle, multiplie les forums d’affaires et les réformes pour capter des capitaux étrangers. Dans ce contexte, le Sénégal, qui a longtemps compté sur la France et la Chine, cherche à équilibrer ses relations. La visite à Berlin intervient après plusieurs déplacements au Moyen-Orient et en Asie, et avant un probable sommet avec les États-Unis. L’objectif est de ne pas dépendre d’un seul partenaire, dans un monde où les chaînes de valeur se recomposent.

Au-delà des symboles, les enjeux concrets sont nombreux. L’Allemagne est le deuxième contributeur au Fonds vert pour le climat, et le Sénégal, comme d’autres pays ouest-africains, espère bénéficier de financements pour ses projets d’énergie propre. La question de la dette reste centrale : si le Ghana a réussi à sortir du FMI, le Sénégal doit encore réduire son endettement tout en maintenant l’investissement. Berlin pourrait offrir des mécanismes de financement innovants, comme les swaps dette-climat.

Cette offensive diplomatique sénégalaise ne se fait pas en marge du régional. L’UEMOA et la CEDEAO observent avec attention les mouvements de leurs membres. Le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Ghana représentent à eux trois plus de 40 % du PIB de la région. Leurs stratégies respectives de diversification pourraient, à terme, renforcer l’intégration régionale ou au contraire creuser les écarts. La visite de Diomaye Faye à Berlin est donc bien plus qu’un simple déplacement bilatéral : c’est un signal envoyé à ses voisins et au reste du monde.

Cette visite de 48 heures à Berlin pourrait préfigurer un rééquilibrage des relations économiques en Afrique de l’Ouest, où le pragmatisme prime désormais sur les allégeances historiques. Reste à savoir si ce mouvement de diversification profitera à l’ensemble de la région ou exacerbera la compétition entre ses économies leaders.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)