Alors que le Mali envisage de devenir le deuxième producteur africain de lithium, la filière aurifère ouest-africaine connaît elle aussi des transformations profondes. Entre pression sécuritaire au Sahel, exigences de formalisation et développement de nouveaux gisements, la région cherche à concilier production record et durabilité. Le 3 juin 2026, l’évolution du secteur de l’or illustre ces dynamiques complexes.
⚖️ Or ouest-africain : industrialisation sous contraintes
Sécurité, code minier, formalisation : la filière aurifère régionale cherche son équilibre.
- ▶ Ghana, Burkina Faso : top 10 mondial
- ▶ Côte d’Ivoire, Mali : rang conforté
- ▶ Extension mines Ity & Séguéla (Côte d’Ivoire)
- ▶ Grands groupes : Barrick, Endeavour, Allied Gold
- ▶ Insécurité Liptako-Gourma : exploration freinée
- ▶ Mines suspendues au nord Burkina Faso (depuis 2023)
- ▶ Nouveau code minier Mali : État renforcé dans le capital
- ▶ Équilibres redessinés entre compagnies et autorités
La région cherche à concilier production record et durabilité. La formalisation du secteur artisanal (orpaillage) et le respect des normes environnementales sont au cœur des discussions. L’évolution du code minier malien illustre la volonté des États de capter davantage de valeur, tout en attirant les investissements.
La production d’or en Afrique de l’Ouest suit une trajectoire contrastée. D’un côté, le Ghana et le Burkina Faso figurent parmi les dix premiers producteurs mondiaux, tandis que la Côte d’Ivoire et le Mali confortent leur rang. De l’autre, l’insécurité persistante dans le Liptako-Gourma freine l’exploration et contraint les opérateurs à renforcer leurs mesures de protection. Depuis 2023, plusieurs mines industrielles ont suspendu temporairement leurs activités dans le nord du Burkina Faso, tandis que le Mali impose un nouveau code minier qui renforce l’État dans le capital des projets. Ces évolutions réglementaires redessinent les équilibres entre compagnies étrangères et autorités locales.
Industrialisation et formalisation du secteur artisanal
La tendance lourde est à l’industrialisation. De grands groupes comme Barrick Gold, Endeavour Mining ou Allied Gold poursuivent l’extension de leurs mines existantes, notamment en Côte d’Ivoire avec les gisements d’Ity et de Séguéla. Parallèlement, la Banque mondiale et l’Union européenne financent des programmes de formalisation de l’orpaillage artisanal, qui représenterait encore 20 à 30 % de la production régionale. Au Sénégal, des zones d’exploitation artisanale sont délimitées, tandis que le Ghana lutte contre l’arrivée d’orpailleurs illégaux chinois. Cette double approche – grand projet et micro-régulation – cherche à maximiser les recettes fiscales tout en limitant les impacts sociaux et environnementaux.
Les défis environnementaux au cœur des nouveaux projets
L’entrée en production de la mine de Kéniéba au Mali, prévue pour 2027, illustre les compromis nécessaires. Le projet, porté par un consortium australo-canadien, prévoit l’utilisation de procédés sans cyanure, une première dans la région. L’initiative répond à une pression croissante des ONG et des bailleurs de fonds pour réduire l’empreinte écologique de l’extraction aurifère. En parallèle, la réhabilitation des sites abandonnés devient un enjeu politique : au Burkina Faso, une loi de 2025 impose aux compagnies de constituer des provisions pour la fermeture des mines. Ces mesures, encore inégalement appliquées, témoignent d’une prise de conscience progressive.
La montée en puissance du lithium, encouragée par la transition énergétique, ne doit pas masquer la persistance de l’or comme pilier des économies ouest-africaines. En 2025, l’or a représenté près de 15 % des exportations totales de la Côte d’Ivoire, et plus de 70 % de celles du Mali. Le métal jaune reste le principal pourvoyeur de devises pour plusieurs États, même si sa contribution au budget national est souvent diluée par l’exemption fiscale accordée aux grands projets. La révision des codes miniers, en cours dans plusieurs pays, vise à augmenter la part des revenus captés par l’État.
Sécurité et gouvernance : des fragilités persistantes
La sécurité demeure le talon d’Achille du secteur. L’insécurité liée aux groupes djihadistes dans la zone des trois frontières (Mali, Burkina Faso, Niger) a réduit de moitié la production artisanale dans certaines zones. Les grandes compagnies ont dû recourir à des escortes armées et à des systèmes de surveillance sophistiqués, ce qui alourdit leurs coûts d’exploitation. Par ailleurs, la contrebande d’or vers le Togo et le Bénin prive les États de recettes significatives. L’initiative de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour harmoniser la traçabilité de l’or, lancée en 2024, tarde à se concrétiser sur le terrain.
Perspectives régionales
La dynamique actuelle de l’or en Afrique de l’Ouest reflète une tension entre ambition industrielle et réalités locales. L’essor des projets à grande échelle contraste avec la fragilité des filières artisanales et la pression sécuritaire. À l’heure où la demande mondiale d’or reste soutenue par les banques centrales et l’industrie électronique, la région dispose d’atouts géologiques indéniables. Mais la pérennité de sa production dépendra de sa capacité à concilier attractivité pour les investisseurs, exigences environnementales et stabilité politique. Les prochains mois seront décisifs pour observer si les réformes en cours parviennent à transformer ces contraintes en leviers de développement durable.
L’or ouest-africain continue d’attirer les convoitises, mais les conditions de son exploitation évoluent sous l’effet conjugué des impératifs sécuritaires, environnementaux et de souveraineté. La région pourrait devenir un laboratoire d’une extraction minière plus responsable, à condition que les États renforcent leur capacité de contrôle et de négociation face à des multinationales encore dominantes. Le défi est autant politique qu’économique.