Depuis le début de 2026, la production d'or en Afrique de l'Ouest connaît une reconfiguration notable. Alors que le métal précieux conserve des cours historiquement élevés, les États de la région multiplient les initiatives pour renforcer leur contrôle sur les ressources et améliorer leurs recettes. Mais cette ambition bute sur des contraintes structurelles, notamment énergétiques, qui limitent l'essor de nouvelles mines.

Infographie — Or · Production

La fièvre de l'or ne retombe pas en Afrique de l'Ouest. Malgré les fluctuations des marchés mondiaux, le métal jaune reste l'un des piliers des économies de la région, du Burkina Faso au Ghana en passant par le Mali et la Côte d'Ivoire. En 2025, la production cumulée de ces pays a dépassé les 500 tonnes, faisant de l'Afrique de l'Ouest l'une des zones aurifères les plus dynamiques au monde. Pourtant, les bénéfices tirés de cette manne restent inégalement répartis entre les compagnies minières et les États.

C'est dans ce contexte que plusieurs gouvernements ont engagé, depuis 2024, une révision en profondeur de leur cadre fiscal minier. Le Mali a ainsi relevé de 5 à 10 % la redevance sur les métaux précieux, tandis que le Burkina Faso impose désormais une taxe additionnelle sur les superprofits. Le Ghana, de son côté, a instauré un mécanisme de partage de production indexé sur le cours de l'or. Ces mesures visent à capter une part plus importante de la rente, alors que le cours oscille autour de 2 300 dollars l'once. Mais elles suscitent des tensions avec les opérateurs, qui menacent de réduire leurs investissements.

Au-delà de la fiscalité, la question énergétique émerge comme un facteur clé de compétitivité. L'extraction aurifère est très consommatrice d'électricité, notamment pour le concassage et le traitement du minerai. Or, dans une région où le taux d'électrification rurale stagne sous les 40 %, les compagnies doivent souvent recourir à des groupes électrogènes au diesel, ce qui alourdit leurs coûts et leur empreinte carbone. Le développement de l'hydroélectricité pourrait offrir une alternative : le barrage de Souapiti en Guinée, par exemple, a été conçu pour alimenter les industries lourdes, y compris les mines d'or. Sa mise en service progressive, couplée à des programmes de formation d'ingénieurs, illustre la volonté de créer des synergies entre infrastructures énergétiques et extraction minière.

Parallèlement, la lutte contre la contrebande et l'orpaillage illégal reste un enjeu majeur. Selon les estimations, près de 20 % de la production régionale échapperait aux circuits officiels, principalement via les frontières poreuses du Sahel. Les États tentent de mieux tracer le métal grâce à des systèmes de certification, comme l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), mais les progrès sont lents. L'instabilité sécuritaire dans le Liptako-Gourma complique encore la tâche.

Ces défis n'empêchent pas l'arrivée de nouveaux investisseurs, attirés par le potentiel géologique et la demande mondiale. Des juniors canadiennes et australiennes explorent de nouveaux gisements au Sénégal oriental et au Niger. Le Sénégal, justement, ambitionne de devenir le quatrième producteur ouest-africain d'ici 2030, avec le projet Massawa. Mais la viabilité de ces projets dépendra de la capacité des États à garantir un approvisionnement électrique stable et à offrir un climat des affaires prévisible.

L'évolution historique montre un mouvement de balancier : après une phase de libéralisation dans les années 1990-2000, les États reprennent progressivement la main sur leurs ressources. Les nouveaux codes miniers, plus exigeants en matière de contenu local et de transformation sur place, reflètent cette ambition de souveraineté. Toutefois, sans une résolution des goulets d'étranglement énergétiques et sécuritaires, la captation de la valeur ajoutée restera imparfaite. L'or ouest-africain n'a pas fini de révéler ses paradoxes.

La quête de souveraineté minière en Afrique de l'Ouest s'inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation des ressources naturelles par les États. Mais elle exige des investissements massifs dans les infrastructures énergétiques et le renforcement des institutions. La réussite de cette stratégie dépendra de l'équilibre entre attractivité pour les investisseurs et justice fiscale, dans un environnement régional marqué par l'insécurité et les transitions politiques.