L'Afrique de l'Ouest connaît une hausse continue de sa production d'or, portée par l'ouverture de nouvelles mines et le cours élevé du métal jaune. Cette dynamique, si elle offre des perspectives de revenus supplémentaires aux États, pose avec acuité la question de l'approvisionnement énergétique des sites miniers. Entre investissements hydroélectriques, formation locale d'ingénieurs et tentatives d'intégration régionale, les acteurs publics et privés doivent concilier exploitation minière et développement durable.

Infographie — Or · Production

L'or s'impose comme un pilier économique croissant pour plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. Le Burkina Faso, le Mali, le Ghana et la Côte d'Ivoire figurent parmi les principaux producteurs du continent, avec des volumes en progression. Cette ruée vers l'or, alimentée par des cours mondiaux historiquement élevés, attire les investisseurs et transforme des zones rurales en hubs miniers. Mais l'exploitation intensive de cette ressource non renouvelable révèle une fragilité structurelle: l'insuffisance des infrastructures énergétiques.

Un secteur minier gourmand en électricité

Les mines d'or, qu'elles soient industrielles ou artisanales, nécessitent une énergie constante et fiable pour le fonctionnement des concasseurs, des broyeurs et des installations de traitement. Dans une région où le taux d'électrification reste faible et où les coupures de courant sont fréquentes, chaque nouvelle mine constitue un défi pour le réseau électrique national. Au Togo, par exemple, les centrales thermiques continuent de jouer un rôle prépondérant dans le mix énergétique, malgré l'accélération des investissements dans les renouvelables. Cette dépendance aux combustibles fossiles alourdit les coûts d'exploitation et expose les compagnies minières à la volatilité des prix du pétrole.

Des investissements hydroélectriques en réponse

Pour sécuriser l'approvisionnement énergétique des mines, plusieurs États misent sur l'hydroélectricité. Le colossal barrage de Souapiti, en Guinée, illustre cette stratégie. D'une capacité de 450 MW, il doit non seulement alimenter les industries guinéennes, mais aussi exporter de l'électricité vers les pays voisins. La formation d'ingénieurs lancée récemment au pied de l'ouvrage dépasse la simple initiative éducative: elle vise à créer un vivier de compétences locales capables de maintenir et développer des infrastructures critiques. Ce mouvement témoigne d'une volonté de souveraineté technique, pour que l'exploitation aurifère ne soit pas entravée par un déficit de main-d'œuvre qualifiée.

L'enjeu des revenus miniers pour les États

La production d'or génère des recettes fiscales et des redevances qui peuvent représenter une part significative des budgets nationaux. Au Mali, l'or contribue à hauteur de près de 25 % des recettes fiscales et à plus de 70 % des exportations. Ces revenus sont d'autant plus précieux dans un contexte de baisse des cours du coton ou de fluctuations des matières premières agricoles. Cependant, la dépendance à un seul secteur expose les États aux chocs externes et aux pratiques d'optimisation fiscale des multinationales. La transparence des contrats miniers et le partage équitable de la valeur ajoutée restent des sujets sensibles.

Une dimension géopolitique régionale

L'exploitation de l'or ne se limite pas aux frontières nationales. Le port de Lomé, au Togo, s'affirme comme un hub logistique clé pour l'exportation de l'or et l'importation des intrants miniers. Cette position renforce l'intégration économique régionale, mais crée aussi des dépendances. Par ailleurs, l'initiative de la CEDEAO avec un « Pacte d'avenir » en six piliers, dévoilé en mai 2026, vise à consolider l'intégration autour de projets structurants, dont les corridors énergétiques et miniers. Les disparités entre pays producteurs et pays de transit, ainsi que les tensions sécuritaires dans le Sahel, compliquent la mise en œuvre d'une stratégie régionale cohérente.

Des perspectives contrastées

L'essor de l'or ouest-africain pourrait accélérer la transition énergétique régionale si les recettes minières sont réinvesties dans des infrastructures durables. Mais le risque d'une « malédiction des ressources » n'est jamais loin: dépendance aux cours mondiaux, impacts environnementaux, conflits d'usage avec l'agriculture et l'eau. La réponse des États, entre formation d'ingénieurs et intégration régionale, montre une prise de conscience, mais les résultats concrets restent à évaluer.

Alors que le cours de l'or reste porteur, l'Afrique de l'Ouest doit arbitrer entre exploitation immédiate et construction d'une souveraineté énergétique durable. La question n'est plus seulement de savoir combien d'or sera extrait, mais comment cette richesse souterraine pourra éclairer – au sens propre – l'avenir énergétique de la région.