L’annonce récente d’un portefeuille renouvelable de 150 MW en Roumanie par ENEVO Group et GreenArch Energy illustre l’accélération des investissements verts en Europe. Pendant ce temps, en Afrique de l’Ouest, la transition énergétique reste entravée par des choix politiques, des contraintes financières et une dépendance persistante aux énergies fossiles. Ce décalage interroge sur la souveraineté énergétique régionale et la place des renouvelables dans les stratégies nationales.

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Un contraste Nord-Sud qui s’accentue

Le projet roumain, bien que modeste, s’inscrit dans une tendance mondiale où les énergies renouvelables deviennent la norme. En Afrique de l’Ouest, le paysage est bien différent. Au Togo, les centrales thermiques continuent de dominer le mix électrique, malgré l’accélération des investissements dans les énergies renouvelables. En Guinée, le colossal barrage de Souapiti, d’une capacité de 450 MW, incarne le pari de l’hydroélectricité, mais ses bénéfices tardent à se concrétiser pour les populations locales. Cette dichotomie révèle des choix stratégiques divergents, où la sécurité énergétique à court terme prime souvent sur la durabilité.

La souveraineté énergétique en question

La dépendance aux importations de produits pétroliers pèse lourdement sur les balances commerciales des États ouest-africains. Le développement des énergies renouvelables pourrait réduire cette facture et améliorer la souveraineté énergétique. Pourtant, les investissements restent insuffisants. La Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), créée en 1973, tente de promouvoir un développement équilibré, mais les projets concrets peinent à émerger. En mai 2026, la CEDEAO a dévoilé un « Pacte d’avenir » en six piliers, dont l’énergie, mais sans mécanismes de financement robustes, ces engagements risquent de rester lettre morte.

Hydroélectricité : une solution paradoxale

Le barrage de Souapiti en Guinée illustre les promesses et les limites de l’hydroélectricité. Sa construction a permis le lancement d’un programme de formation d’ingénieurs, signe d’une volonté de transfert de compétences. Cependant, le projet a aussi suscité des controverses sur le déplacement de populations et l’endettement du pays. L’hydroélectricité reste tributaire de financements extérieurs et de conditions climatiques, ce qui en fait une solution partielle pour la transition énergétique régionale.

Le rôle des industries extractives

La ruée vers l’or en Afrique de l’Ouest – au Mali, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire – consomme d’énormes quantités d’énergie. Les mines utilisent souvent des groupes électrogènes diesel, alourdissant l’empreinte carbone et les coûts d’exploitation. Des projets pilotes de centrales hybrides solaire-diesel commencent à voir le jour, mais leur déploiement à grande échelle se heurte à des obstacles réglementaires et financiers. La transition énergétique dans le secteur minier pourrait pourtant être un levier majeur de décarbonation.

Perspectives régionales

L’écart entre les ambitions mondiales et les réalités ouest-africaines se creuse. La région dispose d’un potentiel solaire et hydroélectrique considérable, mais les décideurs politiques hésitent à s’engager dans des réformes structurelles. Le « Pacte d’avenir » de la CEDEAO offre un cadre, mais sa mise en œuvre nécessitera une volonté politique concertée et des investissements massifs. La transition énergétique en Afrique de l’Ouest ne pourra pas se calquer sur les modèles européens ; elle devra composer avec les réalités locales, les contraintes financières et les priorités de développement.

L’heure est à une réflexion collective sur une souveraineté énergétique qui ne peut plus ignorer les impératifs climatiques. Si la région veut rattraper son retard, elle devra innovér en matière de financement, renforcer les capacités locales et articuler ses stratégies énergétiques avec les objectifs de développement durable. Le chemin est étroit, mais le potentiel est immense.