La production d'or en Afrique de l'Ouest connaît une expansion rapide, mais elle se heurte à un déficit énergétique chronique. Pour soutenir l'essor minier, plusieurs pays misent sur de grands barrages hydroélectriques, à l'image de la Guinée avec Souapiti. Ce faisant, ils lient inextricablement la question de la souveraineté minière à celle de l'indépendance énergétique.

Infographie — Or · Production

Depuis une décennie, l'Afrique de l'Ouest s'affirme comme un acteur de premier plan sur le marché mondial de l'or. Le Ghana, le Burkina Faso, le Mali et la Côte d'Ivoire figurent parmi les principaux producteurs du continent. L'exploration s'intensifie, attirant investisseurs internationaux et junior minières. Mais cette ruée vers l'or révèle un paradoxe : les gisements les plus prometteurs se situent souvent dans des zones mal desservies en électricité, alors que l'extraction, le concassage et le traitement du minerai exigent une énergie abondante et stable.

Le développement minier est ainsi tributaire de la capacité des États à fournir une énergie fiable. Or, le mix énergétique ouest-africain reste dominé par les centrales thermiques, coûteuses et polluantes, tandis que l'hydroélectricité, pourtant abondante, souffre de sous-investissement et de vétusté. La connexion entre ces deux secteurs stratégiques devient un enjeu central de la planification économique régionale.

Le barrage de Souapiti, clé de voûte de la stratégie guinéenne

En Guinée, le colossal barrage de Souapiti, mis en service en 2021, illustre cette articulation. Avec une capacité de 450 MW, il doit non seulement alimenter Conakry mais aussi fournir l'énergie nécessaire aux mines de bauxite et d'or du pays. En mai 2026, un programme de formation d'ingénieurs hydrauliciens a été lancé au pied de l'ouvrage, signalant la volonté de la Guinée de maîtriser localement la technologie hydroélectrique, plutôt que de dépendre d'expatriés. Cette initiative dépasse l'aspect éducatif : elle traduit une ambition de souveraineté technique.

La logique est similaire au Ghana, où le barrage d'Akosombo alimente historiquement les mines d'or, mais sa capacité est aujourd'hui sous tension face à la demande croissante. Le Ghana explore donc de nouveaux sites hydroélectriques et renforce ses interconnexions régionales via le réseau ouest-africain (WAPP). Du côté du Burkina Faso, dépourvu de grands cours d'eau, l'accent est mis sur le solaire photovoltaïque pour alimenter les sites miniers isolés, une solution qui gagne en maturité.

Le port de Lomé, hub logistique du minerai

Parallèlement, les infrastructures de transport et de commerce se structurent. Le port de Lomé, au Togo, s'est imposé comme un hub logistique régional, traitant plus de 30 millions de tonnes de marchandises en 2024. Sa position stratégique sur le golfe de Guinée en fait une porte de sortie privilégiée pour l'or produit au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Les compagnies minières y installent des entrepôts et des centres de traitement, renforçant l'intégration des chaînes de valeur.

Cependant, cette dépendance au corridor togolais pose la question de la résilience : des tensions politiques dans un pays pourraient paralyser les exportations. La CEDEAO travaille d'ailleurs à un « Pacte d'avenir » en six piliers visant à consolider l'intégration, notamment dans les domaines de l'énergie et des transports. Le secteur minier est directement concerné, car une meilleure harmonisation régionale réduirait les coûts et les risques.

Une souveraineté à double tranchant

La course à l'énergie pour les mines n'est pas sans contradictions. Les barrages hydroélectriques, s'ils fournissent une électricité propre, ont des impacts environnementaux et sociaux importants : déplacements de populations, modifications des écosystèmes. Par ailleurs, la dépendance aux financements extérieurs pour ces grands projets — souvent chinois ou européens — peut limiter la marge de manœuvre des États. Enfin, le récent rapport mondial sur les drogues de l'ONU souligne un autre défi : les zones minières attirent parfois des trafics illicites, fragilisant la gouvernance locale.

La ruée vers l'or en Afrique de l'Ouest ne se joue pas seulement dans les sous-sols : elle se gagne aussi sur le front de l'énergie. Les choix faits aujourd'hui en matière de barrages, de réseaux et de formation détermineront la capacité des pays à capter la valeur ajoutée de leurs ressources. Mais cette quête de souveraineté devra composer avec les impératifs de durabilité et de stabilité régionale. Un équilibre délicat, dont dépendra l'avenir de tout un secteur.