Deux mois après les premières fuites sur un repli des paramilitaires russes au Mali, le secteur aurifère ouest-africain entre dans une phase d’incertitude stratégique. Alors que la pression sécuritaire s’accentue et que les cours de l’or restent élevés, les États producteurs cherchent à renforcer leur contrôle sur une filière clé de leurs recettes. Ce possible redéploiement russe intervient dans un contexte de recomposition des alliances et de montée des exigences souverainistes en matière de ressources minières.
Or ouest-africain : le départ russe rebat les cartes
Deux mois après les premières fuites sur un repli des paramilitaires russes au Mali, le secteur aurifère entre dans une phase d’incertitude stratégique. Cours élevés, pression sécuritaire, souveraineté : la filière sous tension.
Un retrait russe brutal exposerait les mines à une recrudescence des attaques djihadistes et des trafics. Depuis 2021, Wagner sécurisait partiellement sites artisanaux et industriels.
Des marges confortables mais qui attisent les convoitises. Au Burkina Faso et au Niger, les groupes armés multiplient les exactions contre les sites miniers.
Les États producteurs veulent renforcer leur contrôle sur une filière clé. Contexte de recomposition des alliances et d’exigences souverainistes sur les ressources.
Depuis 2021, la présence russe a permis des accords peu transparents sur l’exportation de l’or. Un départ pourrait aussi rebattre les cartes commerciales.
Contexte macro-économique Mali
41,9 %
du PIB · FMI6,6 Mrd $
Banque mondiale-4,3 %
du PIB · Banque mondiale2,3 %
FMILe Mali, 2e producteur d’or en Afrique de l’Ouest, voit sa filière aurifère sous pression alors que les équilibres sécuritaires et commerciaux se recomposent.
Corridor aurifère ouest-africain
Les groupes armés djihadistes et les trafics prospèrent sur ces corridors. Le vide sécuritaire laissé par un départ russe pourrait étendre l’insécurité à toute la région.
Un retrait aux implications multiples
Les informations relayées en mai 2026 par des sources diplomatiques françaises évoquent un départ progressif des forces russes (notamment du groupe Wagner) du Mali. Si cette hypothèse se confirme, elle modifierait profondément l’équilibre sécuritaire dans la région, en particulier dans les zones d’extraction aurifère. Depuis 2021, la présence russe avait permis à Bamako de sécuriser partiellement les sites miniers artisanaux et industriels, tout en nouant des partenariats opaques sur l’exportation de l’or. Un retrait brutal pourrait créer un vide sécuritaire, exposant les mines à une recrudescence des attaques djihadistes et des trafics.
Le timing interroge. Les cours de l’or évoluent autour de 2 400 dollars l’once, offrant des marges confortables aux producteurs. Mais ces profits attisent les convoitises. Au Burkina Faso et au Niger, les groupes armés ont multiplié les exactions contre les sites miniers. Le Mali, deuxième producteur d’or en Afrique de l’Ouest après le Ghana, ne peut se permettre un effondrement de sa production – estimée à 65 tonnes en 2025 – sans compromettre ses équilibres budgétaires. L’or représente près de 25 % des recettes d’exportation du pays, une manne cruciale depuis la suspension de l’aide occidentale.
La souveraineté minière en débat
Le possible départ russe relance la question de la souveraineté sur les ressources. Plusieurs États ouest-africains ont récemment renforcé leur législation minière pour accroître les parts de l’État dans les projets. En 2024, le Mali a adopté un nouveau code minier qui impose une participation publique minimale de 30 % et exige que les compagnies étrangères raffinent sur place. Le Ghana a suivi une trajectoire similaire. Cette tendance souverainiste s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation des modèles extractifs hérités de la colonisation.
Cependant, la capacité des États à exploiter seuls leurs gisements reste limitée. Les grandes compagnies internationales (Barrick Gold, Endeavour Mining, Resolute) sont confrontées à une montée des risques sécuritaires et juridiques. Certaines ont déjà réduit leur exposition. Dans ce contexte, le départ de Wagner pourrait ouvrir la voie à de nouveaux partenaires, notamment chinois ou turcs, déjà actifs dans le négoce de l’or en Afrique de l’Ouest. La Chine, via sa banque centrale, accumule massivement de l’or ; elle pourrait renforcer sa présence minière dans la région, comme elle l’a fait en République démocratique du Congo.
L’or Artisanal, angle mort des politiques publiques
Au-delà des mines industrielles, le secteur artisanal et à petite échelle (ASM) emploie des centaines de milliers de personnes au Mali, au Burkina Faso, au Niger et en Côte d’Ivoire. Il échappe largement au contrôle étatique et alimente des circuits parallèles. La production artisanale représenterait entre 30 et 50 % de l’or extrait dans certains pays. Le vide sécuritaire pourrait accroître l’emprise des groupes armés sur ces sites, comme on l’observe déjà dans la zone des trois frontières. Plusieurs rapports récents alertent sur le lien entre or artisanal, financement du terrorisme et blanchiment d’argent.
Des initiatives régionales tentent de formaliser ce secteur. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a relancé un projet de certification de l’or artisanal, mais sa mise en œuvre bute sur les capacités institutionnelles et la corruption. Par ailleurs, la montée des préoccupations environnementales (mercure, déforestation) pousse les donneurs à conditionner leur soutien. Le départ des Russes, qui contrôlaient une partie de l’exportation artisanale via des réseaux parallèles, pourrait soit marginaliser ces flux, soit les faire basculer vers d’autres intermédiaires.
Une pression fiscale accrue
Parallèlement, les États cherchent à mieux capter la rente aurifère. En mai 2026, le Burkina Faso a annoncé une hausse de 5 % de la redevance sur l’or, portant le taux à 15 %. Le Mali envisage une taxe exceptionnelle sur les superprofits miniers. Ces mesures risquent de peser sur la compétitivité des projets, surtout dans un contexte de hausse des coûts opérationnels (énergie, fret, sécurité). Les compagnies minières pourraient reporter leurs investissements vers des juridictions plus stables, comme le Ghana, qui offre un cadre incitatif malgré une fiscalité également en hausse.
Cette pression fiscale reflète une urgence budgétaire. Les recettes de l’or sont vitales pour des États fragilisés par la dette et la baisse des aides. Mais elle comporte un risque de cercle vicieux : moins d’investissements, moins de production, moins de recettes. Les autorités devront trouver un équilibre entre souveraineté et attractivité.
L’incertitude autour du retrait russe au Mali n’est que le dernier épisode d’une recomposition plus large des équilibres extractifs en Afrique de l’Ouest. Entre souveraineté affirmée, insécurité persistante et course aux ressources, la filière or de la région se trouve à un carrefour. Les prochains mois diront si les États parviendront à conjuguer contrôle national et attractivité internationale, ou si l’or, au lieu d’être un levier de développement, deviendra un facteur supplémentaire d’instabilité.