Le Mali a enregistré en 2025 une hausse de 6,4% de ses recettes aurifères, selon des données officielles. Ce résultat intervient alors même que la production d’or a diminué sur la même période. Ce paradoxe apparent éclaire les transformations en cours du secteur extractif malien, entre révision du code minier, pression accrue sur les opérateurs étrangers et volonté affirmée de capter une plus grande part de la valeur ajoutée.

Infographie — Or · Production

Le paradoxe d’une année aurifère

L’annonce d’une croissance des recettes aurifères maliennes de 6,4% en 2025, alors que les volumes extraits ont fléchi, peut surprendre. Ce découplage entre production et revenus s’explique d’abord par la conjoncture mondiale du métal jaune. Le cours de l’or a atteint des records historiques en 2025, porté par les incertitudes géopolitiques et la demande des banques centrales. Cette hausse des prix a mécaniquement gonflé la valeur des exportations, même à quantité réduite.

Mais au-delà de l’effet prix, ce résultat reflète une évolution structurelle du cadre fiscal et réglementaire malien. Depuis l’arrivée au pouvoir des autorités de transition en 2020-2021, Bamako a engagé une révision en profondeur de son code minier. L’objectif affiché est d’augmenter la part de l’État dans les bénéfices des mines, notamment via une redevance ad valorem plus élevée, une participation obligatoire au capital des sociétés minières et un encadrement plus strict des exonérations.

Une politique de révision du code minier

Cette politique de “souveraineté minière” a déjà porté ses fruits. Selon les données disponibles, la contribution de l’or au budget national est passée de moins de 10% en 2020 à plus de 15% en 2025. La hausse des recettes de 2025 confirme que l’État capte une part croissante de la rente, même lorsque la production stagne ou baisse. Les compagnies étrangères, comme Barrick Gold ou B2Gold, ont dû renégocier leurs conventions et accepter des conditions plus favorables au Trésor public.

Conséquences pour les opérateurs internationaux

Ces nouvelles règles ont un coût pour les investisseurs. Plusieurs mines ont réduit leur production en 2025, soit en raison de gisements moins riches, soit pour adapter leur modèle économique à la nouvelle donne fiscale. Le recul de la production pourrait aussi être lié à des difficultés opérationnelles dans un contexte sécuritaire dégradé. En mai 2026, une explosion de mine artisanale dans la forêt du Baoulé a causé la mort d’un lycéen, rappelant les risques qui pèsent sur le secteur informel. Or, l’orpaillage traditionnel représente une part non négligeable de la production malienne, mais échappe largement aux statistiques officielles. La baisse de production déclarée par les grandes mines pourrait donc être partiellement compensée par une hausse de l’artisanal, que les autorités peinent à contrôler et à taxer.

Enjeux de souveraineté et sécurité

Au-delà des aspects fiscaux, la question de la souveraineté minière se double d’un enjeu sécuritaire. Les attaques djihadistes, qui se sont intensifiées dans le centre et le nord du Mali, perturbent l’approvisionnement des sites industriels et déstabilisent les zones d’orpaillage. Les frappes aériennes sur Kidal en mai 2026, évoquées dans la presse, illustrent la volatilité du terrain. Dans ce contexte, maintenir la production est un défi logistique et humain. Pourtant, Bamako semble miser sur l’or pour financer son effort de défense et asseoir sa légitimité. La hausse des recettes de 2025, malgré les vents contraires, conforte cette stratégie.

Une tendance régionale

Le cas malien n’est pas isolé. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, les États producteurs d’or – Burkina Faso, Guinée, Côte d’Ivoire – révisent leurs codes miniers pour accroître leur part. Le Burkina a ainsi instauré une taxe sur les superprofits miniers en 2024, tandis que la Guinée impose désormais une participation publique automatique de 15% dans tout nouveau projet. Cette vague de “ressource nationalisme” répond à une double exigence : répondre aux attentes des populations qui réclament une meilleure redistribution des richesses, et renforcer l’autonomie budgétaire des États face aux bailleurs de fonds internationaux.

L’augmentation des recettes aurifères maliennes en 2025, malgré une production en baisse, illustre un tournant dans la gouvernance des ressources extractives en Afrique de l’Ouest. La région semble s’engager dans une phase où la valeur captée par l’État devient prioritaire, quitte à sacrifier les volumes. Reste à savoir si ce modèle est tenable à long terme, notamment face aux risques sécuritaires et à la possible fuite des investisseurs étrangers vers des cieux plus cléments. L’équilibre entre souveraineté et attractivité demeure la grande question des années à venir.

Données de référence : Solde budgétaire : -1.6% (FMI)