La production industrielle d'or au Mali a bondi de 30 % au premier semestre 2026, dépassant 23 tonnes, selon le ministère des Mines. Cette embellie, portée par des cours élevés, intervient alors que le pays cherche à renforcer sa souveraineté minière face à l'insécurité et à des tensions avec les opérateurs privés. Elle s'inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs États ouest-africains, du Ghana à la Guinée, tentent de tirer davantage de valeur de leurs ressources.

Infographie — Or · Mali

Le redressement de la filière aurifère malienne constitue un signal fort pour une économie fragilisée par des années d'instabilité. Avec une production semestrielle de 23 tonnes, contre environ 17,7 tonnes à la même période en 2025, Bamako se rapproche de son objectif annuel de 43 tonnes. Cette performance repose sur la montée en puissance des sites existants et sur un environnement de prix favorable, l'or évoluant à des niveaux historiquement élevés. Pour les autorités de transition, ces chiffres offrent une bouffée d'oxygène budgétaire, alors que le pays doit financer un vaste programme de reconstruction et de sécurité.

Cette reprise ne doit pas masquer les fragilités structurelles du secteur. La mine de Loulo-Gounkoto, exploitée par Barrick Gold, demeure le pilier de la production nationale, mais les relations entre l'État et les compagnies minières restent tendues. La nomination d'Hilaire Diarra au poste de commissaire chargé des activités minières illustre la volonté de Bamako de reprendre la main sur un secteur longtemps perçu comme opaque. Les nouvelles exigences en matière de contenu local, de redevances et de participation de l'État ont conduit plusieurs opérateurs à renégocier leurs conventions, dans un climat d'insécurité qui complique les opérations sur le terrain.

L'évolution récente s'inscrit dans un mouvement plus large de souveraineté minière en Afrique de l'Ouest. Au Ghana, premier producteur de la région, une nouvelle stratégie de valorisation locale des ressources entre en vigueur en juillet 2026, visant à transformer davantage l'or sur place. La Guinée, de son côté, a lancé en juin un projet de raffinerie d'alumine avec le chinois Chalco, un investissement d'un milliard de dollars destiné à capter une plus grande part de la chaîne de valeur de la bauxite. Ces initiatives, portées par des cours élevés des matières premières, traduisent une volonté commune de sortir d'une logique d'exportation brute.

Le cas du Mali illustre aussi les limites de cette ambition. Si les revenus de l'or ont augmenté, la part de la production artisanale, souvent informelle, échappe encore largement au contrôle de l'État. L'orpaillage illégal, qui sévit au Mali comme au Burkina Faso voisin, alimente des circuits parallèles et des trafics en tous genres. Les autorités tentent d'encadrer cette activité, mais les moyens manquent face à des sites dispersés et à des groupes armés qui en tirent profit. La souveraineté minière ne se décrète pas ; elle se construit par une capacité à sécuriser les territoires et à formaliser les filières.

Parallèlement, la diversification des ressources stratégiques s'impose comme un enjeu régional. Le Niger, voisin du Mali, mise sur l'uranium pour renforcer son assise économique, avec la construction d'une raffinerie à Dosso confiée au canadien Zimar. Ce projet, bien que controversé, illustre la course à la transformation locale des minerais. La demande mondiale d'uranium, portée par la relance du nucléaire, offre des perspectives de revenus significatives, mais nécessite des investissements lourds et une stabilité politique que la région peine à garantir. Le Mali, lui, ne possède pas de gisements d'uranium exploitables, mais suit de près ces évolutions qui redessinent les équilibres régionaux.

Cette quête de souveraineté s'accompagne de tensions géopolitiques. Les grandes puissances, notamment la Chine et la Russie, multiplient les accords miniers en Afrique de l'Ouest, offrant des alternatives aux partenaires traditionnels occidentaux. Le Mali a ainsi signé des contrats avec des opérateurs russes, tandis que la Guinée se tourne vers Pékin. Cette recomposition des alliances crée de nouvelles dépendances, tout en offrant des marges de négociation inédites. Les États ouest-africains doivent jongler entre attentes de leurs populations, exigences des investisseurs et pressions internationales, dans un contexte où la demande mondiale en métaux précieux et industriels ne cesse de croître.

La production d'or malienne n'est donc pas qu'un indicateur économique ; c'est un baromètre de la capacité de l'État à exercer son autorité sur ses ressources. La hausse de 30 % enregistrée au premier semestre 2026 est encourageante, mais elle reste fragile. Elle dépend de cours qui peuvent fluctuer, d'un climat sécuritaire qui peut se dégrader, et d'un dialogue social avec les opérateurs qui reste à consolider. Le gouvernement de transition, qui espère organiser des élections dans les prochains mois, joue une partie décisive : réussir la relance minière pourrait légitimer son pouvoir, échouer risquerait d'exacerber les frustrations.

Au-delà du Mali, c'est toute la région ouest-africaine qui tente de transformer ses richesses souterraines en leviers de développement durable. La ruée vers les métaux stratégiques, de l'or à l'uranium, en passant par la bauxite, pose la question de la répartition des bénéfices entre États, investisseurs et communautés locales. Alors que les cours restent élevés, les gouvernements ont une fenêtre d'opportunité pour négocier des accords plus équitables et bâtir des filières locales robustes. Mais la souveraineté minière ne se limite pas à des décrets ; elle exige des institutions fortes, une transparence accrue et une vision à long terme. L'Afrique de l'Ouest, riche en ressources, saura-t-elle éviter le piège de la malédiction des matières premières ? La réponse se jouera sur le terrain, à Loulo-Gounkoto comme dans les couloirs des ministères.