Le Tunisia Investment Forum 2026 a rappelé la volonté de Tunis de devenir un hub économique entre l’Europe et l’Afrique. Avec plus de 70% de ses exportations vers l’UE et moins de 3% vers l’Afrique subsaharienne, l’écart reste immense. Pourtant, cette stratégie pourrait offrir une nouvelle voie pour l’or ouest-africain, à condition de surmonter de nombreux obstacles.

Infographie — Or · Production

Une ambition affirmée, des chiffres contrastés

Lors du Tunisia Investment Forum (TIF 2026), responsables politiques et investisseurs ont martelé la nécessité de renforcer l’ancrage africain de l’économie tunisienne. La proximité géographique avec l’Europe – moins de 150 km des côtes italiennes – et des infrastructures portuaires modernes constituent des atouts indéniables. Pourtant, les échanges avec l’Afrique subsaharienne restent marginaux, à moins de 3% des exportations, alors que l’UE en absorbe plus de 70%. La cheffe du gouvernement, Sara Zaâfrani Zenzri, a souligné la progression des échanges avec l’Italie, qui ont atteint 20,5 milliards de dinars en 2025, avec une hausse de 8% sur les quatre premiers mois de 2026. Ce déséquilibre révèle un potentiel de diversification encore largement inexploité.

La Tunisie dispose de filières compétitives dans les composants automobiles et les services, mais son offre logistique pourrait aussi servir le secteur extractif. L’Afrique de l’Ouest est l’une des régions les plus dynamiques pour la production aurifère, avec des pays comme le Ghana, le Burkina Faso ou le Mali. Ces États cherchent des débouchés stables et compétitifs pour leurs exportations d’or, souvent acheminées vers des raffineries en Suisse ou aux Émirats arabes unis. Dans ce contexte, la Tunisie pourrait se positionner comme une plateforme de transit et de raffinage, offrant une alternative aux hubs traditionnels.

Quel potentiel pour le secteur minier ouest-africain ?

Concrètement, la Tunisie pourrait capter une partie des flux d’or ouest-africain en proposant des coûts logistiques réduits et une sécurité juridique relative. Le pays dispose déjà d’une expérience dans le traitement des ressources minières, avec des mines de phosphate et d’hydrocarbures. Mais pour devenir un hub aurifère, des investissements seraient nécessaires dans des raffineries certifiées et des corridors de transport fiables avec les pays producteurs. La concurrence est rude : le Maroc, la Côte d’Ivoire et le Ghana développent également leurs propres capacités de raffinage.

Par ailleurs, les enjeux géopolitiques du secteur extractif compliquent la donne. Les pays ouest-africains confrontés à l’insécurité (Sahel) cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. La Tunisie, plus stable politiquement, pourrait devenir un sanctuaire pour le commerce de l’or. Cependant, sa propre situation économique fragile et la dépendance aux marchés européens limitent sa marge de manœuvre. Le chemin vers un hub régional est semé d’obstacles, mais l’ambition est posée, et le secteur minier ouest-africain pourrait en être l’un des bénéficiaires.

La stratégie tunisienne de hub économique ne se concrétisera que si elle parvient à tisser des liens solides avec les économies ouest-africaines. L’or, par sa valeur et sa liquidité, représente un test grandeur nature. Si la Tunisie réussit à attirer une partie des flux aurifères, elle pourrait non seulement diversifier ses partenaires commerciaux, mais aussi offrir aux producteurs ouest-africains une porte d’entrée alternative vers l’Europe. Une dynamique à suivre de près.