Avec 49°C à Kairouan et un record de consommation à 6 000 mégawatts, la Tunisie subit des délestages massifs depuis plusieurs jours. Au-delà du cas tunisien, cette situation expose les vulnérabilités énergétiques communes à l'Afrique de l'Ouest, où la dépendance aux énergies fossiles et le sous-investissement dans les infrastructures créent un risque systémique. Alors que la vague de chaleur s'étend au Sahel, la question de la souveraineté énergétique régionale devient cruciale.
Canicule & black-out : le spectre d’une crise énergétique régionale
49°C à Kairouan, record à 6 000 MW, délestages massifs. La Tunisie vacille, et l’Afrique de l’Ouest retient son souffle.
« Utilisation excessive des climatiseurs » — PDG Steg
Mais le problème est structurel : réseau vieillissant, sous-dimensionné, croissance démographique.
Des États riches en pétrole (Nigeria, Côte d’Ivoire) peinent à fournir une électricité fiable.
Réseaux électriques vieillissants, maintenance insuffisante, demande qui explose.
La Tunisie active des « alertes caniculaires ». Le président Kaïs Saïed qualifie la situation d’« anormale ». Aucune solution immédiate annoncée.
« La situation est anormale »
— Kaïs Saïed, président tunisien
La Société tunisienne de l'électricité et du gaz (Steg) a activé des « alertes caniculaires » face à une demande qui a doublé en quelques jours. Le PDG Faycel Trifa pointe « l'utilisation excessive des climatiseurs », mais le problème est structurel : le réseau, vieillissant et sous-dimensionné, ne suit pas la croissance démographique ni les vagues de chaleur récurrentes. Le président Kaïs Saïed a qualifié la situation d'« anormale », sans pour autant proposer de solution immédiate.
L'écho ouest-africain
Si la Tunisie est un cas d'école, les capitales ouest-africaines connaissent des épisodes similaires. À Lagos, Abidjan ou Dakar, les coupures estivales sont devenues monnaie courante, même dans des pays exportateurs de pétrole comme le Nigeria. Le paradoxe est criant : des États riches en ressources fossiles peinent à fournir une électricité fiable à leurs populations. La Côte d'Ivoire, pourtant leader régional, a dû recourir au délestage en 2024 après une sécheresse ayant réduit sa production hydroélectrique.
Revenus pétroliers et investissements énergétiques
La rente pétrolière et minière aurait dû financer la modernisation des réseaux, mais les investissements ont souvent privilégié l'extraction au détriment de la distribution. Au Ghana, par exemple, les recettes du pétrole n'ont pas suffi à résorber le « dumsor » (coupures récurrentes). Pendant ce temps, la consommation explose : selon la Banque africaine de développement, la demande d'électricité en Afrique de l'Ouest croît de 6 % par an, contre 2 % dans le monde.
L'intégration régionale via le Système d'échanges d'énergie électrique ouest-africain (WAPP) pourrait atténuer les crises, mais les interconnexions restent incomplètes. Le projet de centrale solaire de la BOAD au Sénégal avance lentement, tandis que les tensions géopolitiques autour du gaz – notamment entre le Sénégal et la Mauritanie – retardent les accords de partage.
La canicule tunisienne agit comme un signal d'alarme : sans diversification des sources (solaire, éolien) et sans renforcement des réseaux, les pays ouest-africains risquent de subir des black-outs plus fréquents et plus longs. Les leçons de Tunis ne doivent pas être ignorées.
Alors que le climat se réchauffe et que la demande explose, la souveraineté énergétique de l'Afrique de l'Ouest repose sur un double défi : moderniser des infrastructures obsolètes et réduire la dépendance aux énergies importées. Les prochains mois montreront si les États sauront transformer cette urgence en opportunité de réforme.