À Dakar, la Chambre de commerce a ouvert mercredi un forum d'affaires avec une douzaine d'entreprises tunisiennes, appelant à saisir les opportunités de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF). Cet événement intervient alors que plusieurs économies ouest-africaines amorcent une reprise post-crise, et cherchent à diversifier leurs partenaires commerciaux au-delà des circuits traditionnels.

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Une rencontre au service de la diversification des partenariats

Le Forum d’affaires et rencontres B2B Tunisie-Sénégal, organisé par la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (CCIAD) en partenariat avec l’ambassade de Tunisie, illustre une volonté politique de donner un contenu concret aux relations bilatérales. Abdoulaye Sow, président de la CCIAD, a souligné que la ZLECAf « ouvre des horizons immenses » pour les entreprises des deux pays, tout en invitant les acteurs économiques à transformer en opportunités commerciales les liens d’amitié historiques entre le Sénégal et la Tunisie. La délégation tunisienne, composée d’une douzaine de sociétés actives dans l’agroalimentaire, les intrants agricoles, les emballages en verre et le conseil à l’export, témoigne d’une complémentarité encore sous-exploitée.

Le contexte régional favorable à l’intégration

Ce rapprochement s’inscrit dans une séquence positive pour la zone CEDEAO. En mai, le Ghana officialisait la conclusion de son programme avec le FMI, signe d’un assainissement macroéconomique qui rassure les investisseurs. Parallèlement, la Côte d’Ivoire multiplie les initiatives de promotion, de l’Africa CEO Forum de Kigali à la structuration d’une filière numérique mobile à Abidjan. Ces dynamiques créent un climat propice à l’intensification des échanges intra-africains, dont le commerce Sénégal-Tunisie constitue un maillon.

Du bilatéral au continental : les défis de la ZLECAF

Le forum de Dakar ne se limite pas à un simple échange commercial. Il préfigure la mise en œuvre concrète de la ZLECAF, dont l’architecture reste à consolider. La route est encore longue : harmonisation des règles d’origine, facilitation des procédures douanières, développement des infrastructures logistiques. Mais des rencontres comme celle-ci permettent aux opérateurs de se familiariser avec les nouveaux cadres et de tisser des réseaux qui dépasseront le cadre bilatéral. La présence tunisienne est d’autant plus stratégique que la Tunisie, membre de l’Union du Maghreb arabe, ouvre une porte vers l’Afrique du Nord.

Un indicateur de la nouvelle dynamique régionale

En misant sur le partenariat tunisien, le Sénégal diversifie ses sources d’approvisionnement et de débouchés, tout en renforçant son rôle de hub en Afrique de l’Ouest. Pour la Tunisie, c’est un accès à un marché en croissance et une vitrine pour ses entreprises exportatrices. Ce type d’initiative, si elle se multiplie, pourrait accélérer l’intégration économique continentale longtemps restée théorique. Les prochains mois diront si les intentions se transforment en flux commerciaux mesurables.

Ce forum illustre une tendance plus large : les pays ouest-africains ne se contentent plus d’attendre les investissements étrangers traditionnels, mais multiplient les partenariats Sud-Sud pour construire une intégration par le bas. La ZLECAF, pour être effective, nécessite une myriade de ces rencontres bilatérales qui en éprouvent les mécanismes. La question demeure de savoir si les infrastructures et les politiques nationales suivront pour permettre à ces échanges de passer à l’échelle.