Le 27 juin 2026, la Foire internationale d’Alger s’est achevée sur un accord stratégique entre l’algérienne ENICAB et la société sénégalaise TGS, visant à faire de Dakar une plateforme de distribution pour l’Afrique de l’Ouest. Ce partenariat dépasse le simple échange commercial : il incarne la transformation de l’Algérie en hub industriel régional, avec des implications directes sur la souveraineté énergétique de la région, longtemps dépendante des importations de câbles et d’équipements électriques.

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La signature de l’accord entre ENICAB et TGS lors de la 57e Foire internationale d’Alger marque un tournant dans les relations économiques entre l’Algérie et l’Afrique de l’Ouest. ENICAB, fleuron de l’industrie câblière publique algérienne, ne se contente plus d’approvisionner le marché intérieur : elle choisit Dakar comme base logistique pour conquérir l’ensemble de la sous-région. Ce mouvement s’inscrit dans la stratégie algérienne de diversification économique, qui vise à exporter des biens à forte valeur ajoutée plutôt que des hydrocarbures.

Une nouvelle donne industrielle algérienne

L’Algérie, longtemps perçue comme un marché de consommation, se positionne désormais comme une plateforme industrielle crédible. L’édition 2026 de la FIA a réuni plus de 580 entreprises nationales, dont de nombreuses publiques comme ENICAB, et a été le théâtre de multiples accords avec des partenaires africains. Cette dynamique reflète les fruits d’une politique de substitution aux importations et de montée en gamme, qui a permis à des secteurs comme la câblerie, la mécanique ou la chimie de gagner en compétitivité.

La décision d’ENICAB de s’appuyer sur un partenaire sénégalais pour couvrir l’Afrique de l’Ouest est révélatrice : elle permet de contourner les lourdeurs logistiques transsahariennes et de profiter de l’infrastructure portuaire de Dakar. Mais elle témoigne aussi d’une confiance renouvelée dans les capacités de production algériennes, capables de rivaliser avec les géants asiatiques et européens du câble.

Des besoins ouest-africains en pleine mutation

Ce partenariat intervient dans un contexte régional marqué par d’importants besoins en infrastructures de transport d’électricité. En mai 2026, le barrage de Souapiti en Guinée a lancé un programme de formation d’ingénieurs, signe que l’hydroélectricité guinéenne cherche à irriguer toute la sous-région. Parallèlement, le Port de Lomé a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, confirmant son rôle de hub logistique. Ces projets génèrent une demande massive en câbles électriques et de télécommunications, que les producteurs locaux peinent encore à satisfaire.

Jusqu’ici, l’Afrique de l’Ouest dépendait lourdement des importations chinoises ou européennes pour ces équipements. L’arrivée d’ENICAB via Dakar pourrait modifier la donne : elle offre une alternative régionale, potentiellement plus réactive et mieux adaptée aux normes africaines, tout en réduisant les délais d’approvisionnement.

Un enjeu géopolitique et de souveraineté

Au-delà de l’aspect économique, l’accord ENICAB-TGS pose la question de la souveraineté énergétique ouest-africaine. Alors que des initiatives comme le Pacte d’avenir de la CEDEAO, dévoilé en mai 2026, visent à consolider l’intégration régionale, la maîtrise des chaînes d’approvisionnement en biens essentiels devient cruciale. Les câbles sont un maillon invisible mais vital des réseaux électriques : sans eux, les barrages et les centrales ne peuvent fonctionner.

Ce rapprochement algéro-sénégalais peut aussi être lu comme une réorientation des flux d’investissement intra-africains. L’Algérie, membre de l’Union africaine et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), cherche à diversifier ses partenariats vers le sud du Sahara, historiquement dominés par le Maroc ou l’Afrique du Sud. L’Afrique de l’Ouest, avec ses besoins colossaux en infrastructures, devient un terrain d’expression privilégié de cette nouvelle diplomatie économique.

L’essor industriel algérien et sa projection vers l’ouest du continent ne sont qu’un exemple parmi d’autres recompositions à l’œuvre en Afrique. Des pays comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire développent également leurs capacités manufacturières, tandis que les institutions régionales poussent à l’harmonisation des normes et à la libre circulation des biens. Si cette tendance se confirme, elle pourrait à terme redessiner les cartes de la production et de la distribution en Afrique de l’Ouest, où la souveraineté industrielle devient un enjeu aussi stratégique que l’extraction des ressources.