Le 30 juin 2026, la Côte d'Ivoire et l'Algérie ont scellé un partenariat énergétique d'envergure. Alors qu'Abidjan vise un accès universel à l'électricité d'ici 2030, Alger cherche à monnayer son expertise et ses équipements. Cet accord révèle les nouvelles dynamiques de coopération Sud-Sud et les enjeux de souveraineté dans une région ouest-africaine en quête d'indépendance énergétique.

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Les termes de l'accord, officialisé à Abidjan par les ministres Mamadou Sangafowa-Coulibaly et Mourad Adjal, sont à la fois immédiats et structurants. À court terme, l'Algérie fournira des groupes mobiles totalisant 100 mégawatts (MW) pour renforcer la capacité de production ivoirienne, déjà mise sous tension par une demande croissante et des réseaux vieillissants. Parallèlement, la modernisation des infrastructures de transport et de distribution est programmée, avec la construction de lignes haute tension de 225 kV et 400 kV, ainsi que la livraison de matériels critiques. Cette première phase vise à colmater les brèches les plus urgentes du système électrique ivoirien, dont le taux d'accès national plafonnait à 64 % fin 2023.

Un projet de centrale de 1 500 MW au cœur du partenariat

Au-delà du sauvetage à court terme, le cœur stratégique de l'accord réside dans le projet de centrale électrique de 1 500 MW, dont les unités de production seraient fabriquées en Algérie. Aucun détail n'a filtré sur la technologie – thermique, solaire, mixte – ni sur le coût ou le calendrier. Mais cette clause d'approvisionnement localisé est inédite : elle ancre le partenariat dans une logique de transfert industriel et non de simple achat clé en main. Pour l'Algérie, c'est l'occasion d'exporter son savoir-faire et de positionner ses équipementiers sur le marché ouest-africain. Pour la Côte d'Ivoire, c'est une promesse de réduction de la dépendance aux fournisseurs traditionnels, souvent asiatiques ou européens.

Un enjeu de souveraineté énergétique régionale

Cet accord s'inscrit dans un contexte plus large de recomposition des alliances énergétiques en Afrique de l'Ouest. Alors que le Bénin voisin ambitionne de devenir un « néo-Singapour africain » – comme le rappelait un article récent –, la Côte d'Ivoire mise sur l'électricité comme levier de développement industriel. Le pari est ambitieux : porter le taux d'accès à 100 % d'ici 2030, soit connecter 17 millions de personnes supplémentaires, tout en portant la part des énergies renouvelables à 45 %. L'appui algérien, pays pétrolier et gazier mais aussi producteur d'équipements solaires, offre une double perspective : sécuriser l'approvisionnement à court terme via des groupes mobiles (probablement au gaz) tout en ouvrant la voie à une transition énergétique.

Les implications géopolitiques d'un rapprochement Alger-Abidjan

Sur le plan géopolitique, ce partenariat redessine la carte des influences. L'Algérie, longtemps tournée vers son marché intérieur et l'Europe, multiplie les accords africains (Mali, Niger, Mauritanie) pour contrer l'isolement diplomatique. En s'alliant à la Côte d'Ivoire, poids lourd économique de l'UEMOA, Alger gagne un allié de poids dans une région où l'influence marocaine est forte. Abidjan, de son côté, diversifie ses partenaires énergétiques au-delà des opérateurs historiques comme la France ou la Chine, et renforce sa capacité de négociation.

Les défis de la mise en œuvre

Reste que la feuille de route est semée d'embûches. Le financement du projet de centrale de 1 500 MW n'est pas bouclé, et les délais de réalisation ne sont pas annoncés. Par ailleurs, la dépendance aux équipements algériens pourrait exposer la Côte d'Ivoire à des risques de maintenance et de pièces détachées si la filière industrielle algérienne n'est pas encore rodée à l'exportation en Afrique de l'Ouest. Enfin, l'équilibre entre le tout-thermique (gaz) et les renouvelables reste flou, alors que la pression climatique s'accentue.

Dans une région où l'accès à l'électricité reste un frein majeur au développement, cet accord ouvre une voie nouvelle : celle d'une coopération Sud-Sud qui ne se limite pas à des transferts financiers mais implique un véritable partage industriel. Il restera à mesurer sa concrétisation dans les années à venir.

Ce rapprochement entre la Côte d'Ivoire et l'Algérie illustre une tendance plus large : les États africains cherchent à construire des alliances énergétiques émancipées des anciennes puissances coloniales, tout en répondant à l'urgence de l'accès à l'électricité. Il pose aussi la question de la viabilité des modèles de coopération reposant sur des promesses de transfert technologique. Dans un contexte de volatilité des prix des hydrocarbures et de concurrence accrue des fournisseurs asiatiques, ce pari ivoiro-algérien pourrait préfigurer une nouvelle architecture énergétique régionale – ou rester lettre morte si les financements ne suivent pas.