Le 30 juin 2026, l'Algérie et la Côte d'Ivoire ont signé un protocole d'accord énergétique qui prévoit l'installation de groupes mobiles de 100 MW et la construction de lignes haute tension. Au-delà du simple renforcement bilatéral, ce partenariat intervient dans un contexte où l'Afrique de l'Ouest cherche à sécuriser son approvisionnement électrique tout en réduisant sa dépendance aux centrales thermiques. Il pose la question de l'émergence d'un pôle Nord-Sud structurant pour la région.
Un corridor électrique Nord-Sud en construction
L'accord du 30 juin 2026 prévoit des actions immédiates et structurantes pour sécuriser l'approvisionnement électrique ouest-africain.
- Signature le 30 juin 2026 à Abidjan
- Ministres : Mourad Adjal (Algérie) et Mamadou Sangafowa Coulibaly (Côte d'Ivoire)
- Objectif : sécuriser l'approvisionnement électrique ouest-africain
- Réduction de la dépendance aux centrales thermiques
L'accord, paraphé à Abidjan par les ministres de l'Énergie Mourad Adjal et Mamadou Sangafowa Coulibaly, prévoit des actions à court et moyen termes. À court terme, l'Algérie fournira des groupes électrogènes mobiles totalisant 100 MW pour faire face aux pics de demande. À plus long terme, les deux pays s'engagent à moderniser les réseaux de transport et de distribution ivoiriens, notamment par la construction de lignes 225 kV et 400 kV. La fourniture d'équipements stratégiques et un volet formation complètent le dispositif. Ce niveau de détail opérationnel distingue cet accord d'une simple déclaration d'intention.
Un contexte ouest-africain sous tension électrique
Ce rapprochement s'inscrit dans un paysage énergétique ouest-africain marqué par des défis structurels. Les sources historiques de mai 2026 montrent que la région combine encore une forte dépendance aux centrales thermiques – comme le rappelle la politique énergétique togolaise – et des projets hydroélectriques de grande envergure, tel que le barrage de Souapiti en Guinée. Le déficit de capacité et la vétusté des réseaux pèsent sur la croissance économique et la souveraineté énergétique. En signant avec Alger, la Côte d'Ivoire cherche à diversifier ses fournisseurs et à gagner en flexibilité, tout en bénéficiant de l'expertise algérienne dans le transport haute tension.
La dimension géopolitique : l'Algérie comme nouveau partenaire stratégique
Au-delà des aspects techniques, ce partenariat porte une dimension géopolitique forte. L'Algérie, traditionnellement orientée vers le Maghreb et l'Europe, confirme son intérêt croissant pour l'Afrique subsaharienne. Pour Abidjan, il s'agit de réduire la dépendance vis-à-vis des partenaires historiques (France, Chine) tout en s'appuyant sur un acteur régional doté de ressources gazières et d'une industrie électrique développée. Le timing n'est pas neutre : il fait suite à la visite du ministre ivoirien à Alger en mars 2026, montrant une accélération des relations bilatérales.
Quels impacts sur la souveraineté énergétique régionale ?
L'accord peut être lu comme un pas vers une intégration énergétique plus poussée, mais aussi comme un réalignement. En apportant des capacités de production mobiles, il renforce la résilience immédiate de la Côte d'Ivoire, tout en ouvrant la voie à des investissements de long terme. Cependant, la souveraineté énergétique ne se limite pas à l'électricité : elle inclut le contrôle des ressources et des infrastructures. L'implication algérienne dans la modernisation du réseau ivoirien pourrait créer une dépendance technologique, même si le volet formation vise à la contrebalancer.
Une évolution significative par rapport au contexte antérieur
Les articles de mai 2026 faisaient état d'une région encore dominée par les énergies fossiles et les grands barrages, avec des initiatives de formation comme à Souapiti. L'accord du 30 juin marque une inflexion : il associe un grand producteur de gaz à un pays en croissance pour co-construire une infrastructure électrique. Il s'éloigne du modèle classique d'aide au développement pour épouser une logique de partenariat stratégique. Reste à voir si d'autres pays d'Afrique de l'Ouest suivront cette voie, renforçant les couloirs énergétiques Nord-Sud.
Ce pacte algéro-ivoirien illustre une tendance plus large : la redéfinition des alliances énergétiques en Afrique de l'Ouest, où la quête de souveraineté pousse les États à chercher de nouveaux partenaires régionaux. Il ouvre la voie à une possible coordination entre les producteurs de gaz du nord et les consommateurs du sud, dont les implications dépassent le seul secteur électrique pour toucher à l'intégration régionale.