L'Algérie s'apprête à prendre part à deux rendez-vous économiques majeurs en Afrique de l'Ouest : le Forum Biashara Africa 2026 à Lomé et une foire produits à Nouakchott. Ces participations, orchestrées par l'Agence algérienne de promotion de l'investissement, s'inscrivent dans une stratégie plus large de valorisation des ressources minières, notamment l'or. Pour les États ouest-africains, ces événements pourraient accélérer l'intégration des filières aurifères dans le commerce intracontinental.
La double participation algérienne au Forum Biashara Africa 2026 (Lomé, 18-20 mai) et à la 8e Foire des produits et services algériens (Nouakchott, 5-11 mai) dépasse le simple cadre diplomatique. Elle révèle une volonté de structurer des chaînes de valeur régionales autour des ressources extractives, en particulier l'or. L'Algérie, qui a relancé sa production aurifère avec la mine de Tirek et le gisement de Tamanrasset, cherche à écouler sa production vers les marchés ouest-africains tout en important du savoir-faire et des équipements.
Ces forums interviennent alors que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) entre dans sa phase opérationnelle. Le thème de Biashara Africa 2026 – « Accélérer la transformation économique de l'Afrique grâce à la ZLECAf » – met l'accent sur la transformation locale des matières premières. Pour l'or, cela signifie la possibilité de développer des raffineries régionales, de mutualiser les infrastructures de transport et de créer des bourses de métaux précieux. L'Algérie, forte de son expérience pétrolière et gazière, pourrait jouer un rôle de catalyseur.
La foire de Nouakchott, quant à elle, cible spécifiquement la Mauritanie, pays voisin du Mali et du Sénégal, tous trois producteurs d'or. En exposant ses capacités industrielles et minières, Alger espère séduire des partenaires mauritaniens pour des coentreprises dans l'exploration et l'exploitation aurifère. La Mauritanie a vu sa production d'or croître ces dernières années avec les mines de Tasiast et de Guelb Moghrein, mais manque de capacités de raffinage. L'Algérie propose une alternative aux circuits traditionnels via Dubaï ou la Suisse.
Ce rapprochement s'inscrit dans une tendance plus large de régionalisation des chaînes d'approvisionnement en Afrique. Après la pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques, les États cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en métaux précieux et à capter une plus grande part de la valeur ajoutée. L'or, souvent exporté sous forme brute, pourrait voir une partie de sa transformation réalisée sur le continent si les barrières douanières tombent et si les infrastructures suivent.
Pour les producteurs ouest-africains (Mali, Burkina Faso, Ghana, Côte d'Ivoire), l'initiative algérienne offre une perspective de diversification des débouchés. Mais elle soulève aussi des questions sur la concurrence : ces pays disposent-ils des capacités industrielles pour rivaliser avec les raffineries algériennes ? La réponse dépendra des investissements réalisés et de la volonté politique de mettre en œuvre la ZLECAf. Le forum de Lomé sera un test grandeur nature.
Au-delà des accords commerciaux, ces forums posent les bases d'une intégration minière régionale où l'or pourrait devenir un vecteur de souveraineté économique. Reste à savoir si les États ouest-africains sauront saisir cette opportunité pour sortir de la dépendance aux exportations brutes et bâtir des filières locales de transformation.