En 2025, 13 millions d'Africains ont subi des événements climatiques extrêmes, dont des sécheresses sévères. Pour les pays ouest-africains producteurs d'or, cette tendance pose un défi existentiel : l'exploitation minière, grande consommatrice d'eau, se heurte à une ressource de plus en plus rare. Au-delà de la simple contrainte environnementale, c'est la souveraineté énergétique et les revenus de l'État qui sont en jeu, poussant les gouvernements à repenser leurs modèles de développement extractif.

Infographie — Or · Production

L'Afrique de l'Ouest abrite certains des plus grands gisements d'or du continent, du Mali au Burkina Faso en passant par le Ghana et la Côte d'Ivoire. Mais l'industrie minière, traditionnellement vorace en eau, voit ses opérations perturbées par l'aggravation des sécheresses liées au changement climatique. Selon l'Organisation météorologique mondiale, le réchauffement y progresse plus vite que la moyenne mondiale, et les précipitations deviennent plus irrégulières. Les mines à ciel ouvert, qui nécessitent des millions de mètres cubes d'eau par an pour le traitement du minerai, sont directement exposées.

Cette pression hydrique s'ajoute à une autre contrainte : celle de l'énergie. Les mines d'or sont gourmandes en électricité, et plusieurs pays de la région dépendent de l'hydroélectricité. Or, les barrages, comme celui de Souapiti en Guinée, subissent les effets des sécheresses. En mai 2026, un programme de formation d'ingénieurs a été lancé au pied de ce barrage, marquant une volonté de renforcer les compétences locales pour optimiser la production électrique. Mais à court terme, le déficit hydrique réduit la capacité de production, forçant les mines à se tourner vers des sources thermiques coûteuses et polluantes.

L'impact sur les finances publiques

La baisse de production aurifère, combinée à la hausse des coûts énergétiques, rogne les marges des compagnies minières et, par ricochet, les recettes fiscales des États. Au Burkina Faso, au Mali ou au Niger, l'or représente une part significative des exportations et du budget national. Une sécheresse persistante pourrait donc creuser les déficits et fragiliser des économies déjà vulnérables. Par ailleurs, la pression sur l'eau exacerbe les conflits d'usage entre mines, agriculture et populations locales, alimentant des tensions sociales que les gouvernements peinent à gérer.

Les réponses régionales face à la crise

La Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a dévoilé en mai 2026 un « Pacte d'avenir » en six piliers pour consolider l'intégration, dont l'un porte sur la gestion durable des ressources naturelles. Parallèlement, l'Union africaine a fait de 2026 l'année de la disponibilité durable de l'eau et de l'assainissement. Ces initiatives traduisent une prise de conscience, mais leur mise en œuvre reste lente face à l'urgence. Au Togo, le port de Lomé continue de servir de hub logistique pour les minerais, traitant plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, dont une partie liée à l'or. Mais la durabilité de cette filière dépend désormais de la capacité des États à sécuriser l'eau et l'énergie.

La souveraineté énergétique en question

La dépendance aux énergies fossiles pour pallier les déficits hydroélectriques renforce la vulnérabilité des mines aux fluctuations des prix du pétrole. Certains pays, comme le Ghana, diversifient leurs sources avec le solaire, mais le coût d'investissement reste élevé. Le développement de l'hydroélectricité, via des barrages comme Souapiti, offre une solution de long terme, mais sa viabilité est compromise par le changement climatique. La formation d'ingénieurs annoncée en Guinée vise à mieux gérer ces infrastructures, mais elle ne résoudra pas le problème structurel de raréfaction de l'eau.

Au-delà de l'or, c'est tout le modèle de développement extractif de l'Afrique de l'Ouest qui est remis en cause par le changement climatique. La rareté de l'eau et de l'énergie oblige à repenser les priorités d'investissement et les équilibres géopolitiques régionaux. Si les initiatives comme le pacte de la Cédéao ou l'année de l'eau de l'UA ouvrent des pistes, le chemin vers une exploitation minière résiliente reste semé d'incertitudes, et les choix faits aujourd'hui détermineront la capacité des États à préserver leur souveraineté sur leurs ressources.