Le même jour, le 27 juillet 2026, Abidjan lance le premier Forum régional de l’Eau de l’Afrique de l’Ouest, tandis que le Burkina Faso vient d’inaugurer une centrale thermique d’urgence de 50 MW. Deux événements qui illustrent le dilemme ouest-africain : comment concilier l’urgence énergétique, la souveraineté nationale et la gestion durable des ressources hydriques ?

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Deux temporalités pour un même défi

Le lancement du Forum régional de l’Eau de l’Afrique de l’Ouest (FREAO) à Abidjan, le 27 juillet 2026, tombe à point nommé. Alors que la région subit de plein fouet les effets du changement climatique – sécheresses récurrentes, variabilité des précipitations –, la question de l’eau devient stratégique. Le forum, initié par la Cédéao, l’UEMOA, le CILSS et la Côte d’Ivoire, se tiendra en septembre 2026 et ambitionne de devenir la biennale de référence sur la gouvernance hydrique. Un signal fort, alors que l’Afrique de l’Ouest compte 28 bassins hydrographiques partagés, couvrant 71 % de sa superficie.

Mais cette interdépendance hydrique contraste avec un autre phénomène : la course à la souveraineté énergétique, souvent via des centrales thermiques. Le 21 juillet, le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo inaugurait la centrale de Pabré, construite en 90 jours pour 18 milliards de FCFA (31 millions de dollars). Objectif : réduire la dépendance aux importations d’électricité, qui atteignait 55 % en 2024, et viser l’autonomie d’ici 2030. Un discours de souveraineté qui résonne dans une région marquée par l’instabilité et les pressions géopolitiques.

Le thermique comme solution d’urgence, mais à quel prix ?

La centrale de Pabré est une réponse à l’urgence. Le Burkina Faso, comme d’autres pays sahéliens, souffre d’un déficit structurel de production. Mais ce choix du thermique – fioul ou gaz – pose question. Chaque mégawatt thermique émet du CO2 et consomme de l’eau, ressource déjà rare. Or, le Pacte national de l’énergie 2026-2030 prévoit d’électrifier 100 % des zones urbaines et 70,73 % des zones rurales d’ici 2030. Un défi colossal qui, sans diversification, risque d’aggraver la pression sur les ressources hydriques et d’accroître la dépendance aux hydrocarbures importés.

Pendant ce temps, le potentiel hydroélectrique de la région reste sous-exploité. Les barrages du Niger, du Sénégal et de la Volta pourraient fournir une énergie renouvelable et moins gourmande en eau (une fois construits). Mais les projets hydroélectriques sont longs, coûteux et souvent entravés par des tensions géopolitiques – comme le montre le partage des bassins entre pays de l’AES et de la Cédéao. Le FREAO pourrait être une plateforme pour renégocier ces équilibres.

Une contradiction apparente, une complémentarité nécessaire

En apparence, la coexistence d’un forum sur l’eau et d’une centrale thermique semble contradictoire. En réalité, elle reflète la complexité des transitions énergétiques en Afrique de l’Ouest. Les pays doivent composer avec l’urgence de l’accès à l’électricité, les contraintes budgétaires et les promesses climatiques. Le thermique offre une solution rapide, mais hypothèque l’avenir hydrique et climatique. L’hydroélectricité, elle, exige une coopération régionale que les tensions actuelles rendent difficile.

Le choix du Burkina Faso de miser sur le thermique n’est pas isolé. Le Sénégal, le Ghana, la Côte d’Ivoire ont aussi recours aux centrales à gaz ou fioul pour combler les pics de demande. Mais à terme, cette voie est intenable. La Banque mondiale estime que le coût de l’électricité thermique en Afrique de l’Ouest est deux à trois fois plus élevé que celui de l’hydroélectricité, sans compter les externalités environnementales.

Vers une intégration des politiques ?

Le FREAO pourrait être l’occasion d’amorcer un changement de paradigme. En réunissant tous les acteurs – y compris ceux des pays de l’AES –, il peut favoriser des projets transfrontaliers comme le barrage de Fomi sur le Niger ou la réhabilitation du barrage de Kandadji. Ces infrastructures, si elles voient le jour, pourraient réduire la dépendance au thermique et améliorer la sécurité hydrique. Mais leur financement et leur gouvernance restent des obstacles majeurs.

L’enjeu n’est pas de choisir entre eau et électricité, mais de les penser ensemble. La centrale de Pabré est une solution d’urgence ; le FREAO, une tentative de construction d’un avenir durable. L’Afrique de l’Ouest devra dépasser les approches en silo pour inventer un modèle énergétique qui intègre la rareté de l’eau et les impératifs de souveraineté.

Alors que les pays ouest-africains multiplient les initiatives isolées – centrales thermiques, barrages, forums sur l’eau –, la question centrale reste la cohérence d’ensemble. Comment concilier des décisions prises dans l’urgence avec des objectifs de long terme ? La réponse passe peut-être par une meilleure articulation entre les politiques énergétiques et hydriques, à l’échelle régionale. Le FREAO de septembre 2026 donnera un premier indice de la capacité des États à coopérer au-delà des clivages politiques.