La production industrielle d'or au Mali a bondi de 30 % au premier semestre 2026, atteignant plus de 23 tonnes. Cette reprise, portée par des cours élevés, contraste avec un climat des affaires toujours difficile et un environnement régional marqué par les violences liées à l'exploitation aurifère. Un rapport de l'ACLED souligne que ces circuits peuvent financer des groupes armés, posant la question de la redistribution des richesses.

Infographie — Or · Mali

Un redressement spectaculaire mais fragile

La production industrielle d'or au Mali a enregistré une hausse de 30 % au premier semestre 2026, comparé à la même période de l'année précédente, pour atteindre plus de 23 tonnes. Cette performance, rapportée par des sources locales, intervient dans un contexte de cours de l'or historiquement élevés, qui redonnent de l'attractivité aux projets miniers. Le pays table sur une production annuelle de 43 tonnes en 2026, un niveau qui, s'il est confirmé, marquerait un retour aux sommets d'avant la crise sécuritaire.

Ce rebond est d'autant plus notable que le secteur avait été durement affecté par l'insécurité et les difficultés opérationnelles ces dernières années. Les compagnies minières, souvent ciblées par des attaques ou contraintes de réduire leurs activités, avaient vu leurs rendements chuter. La reprise actuelle suggère une amélioration ponctuelle de la situation sécuritaire sur certains sites, mais aussi une adaptation des entreprises à un environnement risqué.

Des circuits aurifères sous tension

Cependant, cette embellie ne doit pas occulter les fragilités structurelles. Un rapport publié le 22 juillet 2026 par l'ACLED, cité par Jeune Afrique, met en lumière une décennie de violences autour de 44 sites miniers au Mali, au Burkina Faso et au Niger. L'étude souligne que les circuits d'extraction et de commercialisation de l'or peuvent constituer une source de financement pour les groupes armés, alimentant un cycle d'insécurité qui menace à la fois les populations et la pérennité de l'activité minière.

Cette dimension sécuritaire est cruciale pour comprendre les dynamiques régionales. L'or, convoité par de multiples acteurs, devient un enjeu géopolitique majeur. Alors que la demande mondiale reste soutenue, notamment de la part de la Chine, la question de la traçabilité et de la régulation des flux aurifères se pose avec acuité. Les initiatives de certification, comme celles promues par les organisations internationales, peinent à s'imposer face à des réseaux bien établis.

Un contexte régional contrasté

Cette reprise de la production malienne s'inscrit dans un paysage ouest-africain contrasté. D'un côté, le Sénégal et la Mauritanie développent leurs hydrocarbures, avec le gaz naturel du projet GTA et le pétrole de Sangomar, qui attirent les investissements étrangers. De l'autre, la Guinée tente de structurer son exploitation de bauxite, tandis que le Burkina Faso et le Mali font face à une orpaillage illégal qui échappe souvent à tout contrôle. Ces trajectoires divergentes illustrent la complexité des économies de la région, où les ressources naturelles sont à la fois une opportunité et un défi.

La hausse de la production aurifère malienne pourrait également être lue comme un signal pour les investisseurs. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de volatilité des marchés, l'or demeure une valeur refuge. Les compagnies minières internationales, présentes au Mali, pourraient être tentées de renforcer leurs positions, à condition que les autorités garantissent un climat des affaires plus prévisible.

Des retombées économiques attendues, mais inégales

Pour Bamako, cette manne aurifère représente une source de revenus cruciale. Les recettes fiscales et les redevances minières contribuent au budget de l'État, mais leur redistribution reste inégale. Les communautés locales, souvent en première ligne des violences, ne voient pas toujours les bénéfices de cette richesse. Cette situation alimente un sentiment d'exclusion et de frustration, qui peut à son tour nourrir l'instabilité.

L'enjeu dépasse donc la simple production. Il s'agit de savoir si cette croissance profitera à l'ensemble de la population ou si elle ne fera qu'accentuer les inégalités. Les autorités maliennes, dans un contexte politique délicat, devront trouver un équilibre entre attirer les investisseurs et répondre aux attentes sociales.

La reprise de la production aurifère au Mali est une nouvelle encourageante sur le plan économique, mais elle soulève des questions fondamentales sur la gouvernance des ressources et la sécurité régionale. Alors que les cours de l'or restent élevés, la capacité des États ouest-africains à transformer cette richesse en développement durable sera déterminante. L'avenir dira si cette embellie est le signe d'une stabilisation ou simplement une accalmie dans un cycle d'instabilité.