Le démantèlement d'un vaste réseau d'orpaillage clandestin au Gabon, avec 55 arrestations, illustre un phénomène régional. En Afrique de l'Ouest, les États tentent de reprendre le contrôle de leurs ressources minières, entre lutte contre l'exploitation illégale et volonté de renégocier les contrats avec les multinationales. Ce double mouvement révèle les tensions structurelles d'un secteur en pleine mutation.
Souveraineté minière : le double défi
Entre renégociation des contrats et lutte contre l’orpaillage illégal, les États ouest-africains tentent de reprendre le contrôle de leurs ressources.
Niger, Mali, Burkina Faso : volonté d’accroître la part locale et de reprendre la main sur l’uranium et l’or.
Gabon : 55 arrestations dans un réseau d’orpaillage clandestin. Phénomène régional qui prive les États de recettes fiscales.
Or, uranium, fer : des ressources convoitées, une gouvernance en recomposition
- Niger — reprise du contrôle total de la filière uranium (évoqué juin 2026)
- Mali & Burkina Faso — réformes pour accroître la part locale dans l’or
- Guinée — raffinage obligatoire de l’or brut (juin 2026)
- Gabon — démantèlement d’un réseau d’orpaillage clandestin (55 arrestations)
« Les États tentent de reprendre le contrôle de leurs ressources minières, entre lutte contre l’exploitation illégale et volonté de renégocier les contrats avec les multinationales. »
Au Gabon, l'arrestation de 55 personnes impliquées dans un réseau d'orpaillage clandestin, annoncée le 23 juin 2026, n'est pas un fait isolé. Dans toute l'Afrique de l'Ouest, l'exploitation artisanale illégale de l'or constitue un défi majeur pour les gouvernements, qui y perdent des recettes fiscales et voient leur souveraineté contestée sur leurs propres ressources. Ce phénomène s'inscrit dans un contexte plus large de revendication de contrôle sur les richesses minières.
Une souveraineté minière affirmée, mais contrariée
Au Niger, le gouvernement a récemment pris une décision explosive concernant l'uranium, dont le pays détient environ 5 % de la production mondiale selon la World Nuclear Association. Cette volonté de reprendre le contrôle total de la filière, évoquée début juin 2026, fait écho aux mouvements observés dans d'autres pays de la région. Le Mali et le Burkina Faso, premiers producteurs d'or de la zone, mènent également des réformes pour accroître leurs parts dans les bénéfices miniers. En juin 2026, les autorités maliennes tablent sur une amélioration de la sécurité pour relancer la production, tandis que le Burkina Faso poursuit ses réformes sectorielles.
Ces initiatives se heurtent toutefois à des réalités complexes. L'orpaillage clandestin, souvent lié à des réseaux transfrontaliers, échappe en grande partie au contrôle étatique. Au Sénégal et au Togo, des tensions sociales autour des projets de prospection de phosphate ont dégénéré en actes de vandalisme, comme en mai 2026 dans l'arrondissement des Agnam. Ce climat de contestation complique l'essor d'une industrie minière formelle et durable.
L'uranium, un enjeu de souveraineté et d'attractivité
Parallèlement, la question de l'uranium illustre un dilemme récurrent : comment concilier la souveraineté nationale avec l'attractivité pour les investisseurs étrangers ? Alors que le Niger affirme sa volonté de contrôle, Orano Canada, filiale du groupe français Orano, annonce le même jour un vaste programme d'exploration en Saskatchewan, au Canada. Ce contraste suggère que les compagnies minières diversifient leurs actifs face à l'instabilité réglementaire dans certains pays africains. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est de taille : attirer les investissements nécessaires à l'exploration et à l'exploitation tout en imposant des conditions plus favorables aux États.
Un secteur minier en quête de régulation
Au-delà du cas de l'uranium, le secteur aurifère ouest-africain souffre d'un manque de transparence et de capacités de contrôle. L'exploitation artisanale illégale, qui représenterait une part significative de la production dans certains pays, prive les États de recettes cruciales. La récente opération au Gabon montre que la répression est une réponse, mais elle ne résout pas les causes profondes : la précarité des populations locales et la faiblesse des institutions. Les réformes en cours au Mali et au Burkina Faso visent à formaliser le secteur, mais leurs effets concrets restent à observer.
Enfin, la filière du cacao en Côte d'Ivoire et au Ghana, bien que non minière, rappelle que les productions primaires africaines sont confrontées à des défis de viabilité économique. La question de la valeur ajoutée locale se pose avec acuité pour les minerais comme le fer, le phosphate ou l'uranium, où les pays cherchent à ne plus être de simples exportateurs de matières premières.
Les défis de la gouvernance minière en Afrique de l'Ouest et centrale s'inscrivent dans une tendance plus large de réaffirmation de la souveraineté sur les ressources naturelles. Mais la capacité des États à concilier contrôle, attractivité et développement local reste incertaine. L'évolution du secteur dans les prochains mois dira si cette nouvelle vague de régulation aboutit à une meilleure répartition des bénéfices ou à une fuite des investisseurs.