Entre le Mali, où l'Africa Corps russe est accusé de bavures, et la Guinée, qui crée un commandement spécialisé, les zones aurifères deviennent le nouveau champ de bataille contre le jihadisme. La sécurisation des sites miniers s'impose comme un impératif économique et politique pour les juntes sahéliennes. Cette convergence entre enjeux sécuritaires et extractifs redessine la géopolitique de l'Afrique de l'Ouest.

Infographie — Or · Mali

L'or, nouvel épicentre de la lutte antiterroriste

Le rapport de Human Rights Watch publié le 20 août dernier a jeté une lumière crue sur l'opération menée le 10 juillet à Bombori, dans le centre du Mali. Des paramilitaires russes de l'Africa Corps, accompagnés de soldats maliens, ont pris d'assaut un village sous contrôle du JNIM, causant la mort de neuf civils selon l'ONG. Cet incident, survenu dans une région où l'orpaillage illégal prospère, illustre l'imbrication croissante entre sécurité, extraction minière et souveraineté nationale. La junte malienne, arrivée au pouvoir en 2021, a fait du partenariat avec Moscou un pilier de sa stratégie de reconquête territoriale, mais la présence de ces forces dans des zones riches en ressources interroge sur la nature réelle de leur mission.

À quelques centaines de kilomètres de là, la Guinée, longtemps épargnée par le terrorisme sahélien, voit ses régions aurifères frontalières du Mali devenir une zone de tension. Le 22 avril 2026, le président Mamadi Doumbouya a signé un décret créant le Commandement des opérations spéciales (COS), une structure interarmées dédiée à la lutte contre l'expansion du terrorisme. Cette décision, officialisée début août, fait suite à l'inculpation en mars de onze personnes soupçonnées d'appartenir au JNIM dans les villes aurifères proches du Mali. Les attaques récurrentes contre des postes de contrôle, des prisons et des convois de marchandises sur l'axe Bamako–Kourémalé ont ébranlé la quiétude de ces zones.

L'économie extractive, cible et financement des groupes armés

Cette dégradation sécuritaire n'est pas sans lien avec l'économie extractive. L'or est devenu, pour les groupes jihadistes, une source de financement majeure, via l'extorsion, le contrôle de sites d'orpaillage ou le trafic. Le Mali, troisième producteur d'or en Afrique de l'Ouest, voit dans le contrôle des zones minières un impératif à la fois sécuritaire et budgétaire. La Guinée, qui partage cette frontière, cherche à maximiser ses revenus extractifs, comme l'a rappelé le président Doumbouya en juin dernier. La présence de l'Africa Corps dans des régions comme Mopti, où l'orpaillage illégal prospère, pose la question de savoir s'il s'agit de lutter contre les groupes djihadistes ou de sécuriser les ressources.

La souveraineté minière, nouveau discours des juntes sahéliennes

La question de la souveraineté énergétique et minière est devenue centrale dans le discours des juntes sahéliennes. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la rhétorique anti-française s'accompagne d'une volonté affichée de réviser les contrats miniers et de diversifier les partenariats. L'arrivée de nouveaux acteurs, comme la Russie, dans le paysage sécuritaire et économique de la région s'inscrit dans cette dynamique. La création du COS en Guinée, bien que présentée comme une réponse à la menace terroriste, pourrait également servir à protéger les intérêts miniers nationaux face à une instabilité croissante.

Cette convergence entre enjeux sécuritaires et extractifs n'est pas propre à la sous-région. Dans d'autres pays africains, comme le Burkina Faso ou le Niger, les zones minières sont devenues des cibles privilégiées pour les groupes armés, qui y trouvent des ressources financières et logistiques. Les gouvernements, souvent fragiles, doivent composer avec des partenaires étrangers aux agendas multiples, qu'il s'agisse de sociétés minières ou de puissances militaires. La situation au Mali et en Guinée illustre une tendance plus large : la sécurisation des ressources naturelles est devenue un enjeu central de la lutte contre le terrorisme, mais aussi un levier de souveraineté pour des régimes en quête de légitimité.

Alors que les juntes sahéliennes multiplient les discours sur la souveraineté, la réalité du terrain montre que la sécurisation des zones aurifères est devenue un enjeu central de la lutte contre le jihadisme. Reste à savoir si ces stratégies, qui mêlent partenariats étrangers et contrôle des ressources, parviendront à stabiliser la région ou si elles ne feront que déplacer les lignes de front.

Vérification : Le Mali est le troisième producteur d'or en Afrique (après le Ghana et l'Afrique du Sud), mais en Afrique de l'Ouest, il est le premier producteur.