Moins de six mois après une première attaque repoussée en janvier, l'aéroport de Niamey a de nouveau été la cible d'une incursion jihadiste, revendiquée par le groupe JNIM. L'assaut, qui a fait 35 morts selon un bilan provisoire, intervient alors que le Niger peine à sécuriser ses zones d'extraction minière, notamment l'uranium, ressource clé pour son économie et la souveraineté énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Ce dernier événement s'inscrit dans une escalade de violence qui fragilise les ambitions de la junte au pouvoir depuis 2023.

Infographie — Uranium · Niger

Dans la nuit du 18 juin, l'aéroport international de Niamey a été la cible d'une attaque menée par le groupe jihadiste JNIM (Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin). Les échanges de tirs ont duré plusieurs heures, causant la mort de 11 soldats nigériens, deux civils et 22 assaillants. Les autorités ont confirmé que l'aéroport reste sous contrôle gouvernemental, mais cet assaut rappelle la fragilité persistante de la capital, déjà éprouvée par une incursion similaire en janvier 2026. L'attaque survient dans un contexte où le Sahel est qualifié d'« épicentre mondial » du terrorisme par le Global Terrorism Index, avec la moitié des décès liés au terrorisme en 2025 enregistrés dans la région.

Cette insécurité récurrente a des répercussions directes sur le secteur minier nigérien, en particulier l'uranium, dont le pays possède l'une des plus importantes réserves au monde. En mai dernier, la société canadienne Global Atomic Corporation a reporté à 2028 les premières livraisons de son projet Dasa, situé dans la région d'Agadez, invoquant les difficultés sécuritaires et logistiques. Ce report s'ajoute aux incertitudes pesant sur les opérations d'Orano (ex-Areva) sur le site d'Arlit, qui subit régulièrement des menaces jihadistes. L'attaque de Niamey, plaque tournante pour le transport du personnel et du matériel minier, accroît les doutes sur la capacité du Niger à maintenir une production stable.

La junte dirigée par le général Abdourahamane Tchiani, arrivée au pouvoir en juillet 2023 après avoir renversé le président Mohamed Bazoum, a fait de la lutte antijihadiste sa priorité affichée. Elle s'est appuyée sur le soutien de la Russie, notamment via les anciens mercenaires de Wagner, désormais intégrés à des structures paramilitaires locales. Pourtant, les résultats sur le terrain sont mitigés : en avril 2026, une attaque conjointe du JNIM et de rebelles touaregs à la frontière malienne a infligé une lourde défaite aux forces maliennes, alliées de Niamey. L'incapacité à protéger des infrastructures critiques comme l'aéroport souligne les limites de cette coopération sécuritaire.

Les conséquences économiques sont palpables. L'uranium représente une part significative des exportations nigériennes et une source de revenus cruciale pour un État aux finances exsangues. La junte avait espéré renégocier les contrats miniers avec les compagnies étrangères pour accroître les retombées locales. Mais l'insécurité chronique réduit le pouvoir de négociation de Niamey : les investisseurs hésitent à engager des capitaux dans un environnement instable. Par ailleurs, la dépendance de la France et de l'Union européenne à l'uranium nigérien pour leur production nucléaire crée une pression supplémentaire sur la junte, qui doit concilier souveraineté et nécessité de maintenir des relations avec d'anciens partenaires.

L'attaque de Niamey intervient également dans un contexte de tensions régionales accrues. Les juntes du Mali, du Burkina Faso et du Niger, réunies au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), peinent à coordonner leurs efforts contre les groupes armés. La porosité des frontières et la multiplication des factions jihadistes compliquent toute réponse unifiée. Par ailleurs, les accusations de violations des droits de l'homme contre les forces de sécurité et leurs alliés russes isolent davantage ces régimes sur la scène internationale, limitant l'accès à une aide extérieure.

Pour le secteur de l'uranium, l'heure est à l'incertitude. Alors que la demande mondiale d'uranium augmente dans le cadre de la transition énergétique, les producteurs alternatifs comme le Kazakhstan (via des projets innovants) ou le Canada gagnent en attractivité. Le Niger, qui espérait devenir un fournisseur clé pour l'Afrique de l'Ouest dans le cadre de projets nucléaires régionaux, voit ses ambitions compromises. La souveraineté énergétique, thème central des discours des juntes sahéliennes, repose pourtant sur la sécurisation des ressources extractives.

L'attaque de l'aéroport de Niamey illustre une vérité plus large : dans le Sahel, la sécurité et le développement économique sont inextricablement liés. Tant que les États ne parviendront pas à protéger leurs infrastructures et leurs ressources, les promesses de souveraineté resteront lettre morte. Pour le Niger, l'uranium pourrait être à la fois une malédiction et une chance à condition que la stabilité revienne. Mais les signaux venus du terrain, combinés à l'essor de groupes jihadistes toujours plus audacieux, n'incitent pas à l'optimisme.