Le 14 août 2026, le gouvernement malien a accordé à B2Gold le permis d'exploitation Menankoto, une étape clé pour le complexe de Fekola. Cette décision intervient alors que le secteur aurifère ouest-africain connaît une intensification de la course aux permis et aux financements, marquée par une diversification des acteurs et une attention accrue aux enjeux de gouvernance.

Infographie — Or · Mali

Un permis stratégique dans un contexte de pression sur les opérations

L'obtention du permis d'exploitation Menankoto par B2Gold au Mali constitue un tournant pour le complexe de Fekola, l'un des plus importants sites aurifères d'Afrique de l'Ouest. Ce permis permet de sécuriser l'extension des opérations minières dans une zone déjà riche en ressources, alors que la production du site existant montre des signes de maturité. L'entreprise canadienne, qui a dû suspendre temporairement la cotation de ses actions pour diffuser l'information de manière équitable, voit dans cette autorisation un levier pour maintenir son niveau de production dans les années à venir.

Cette décision intervient dans un contexte où le Mali, comme d'autres pays de la région, cherche à renforcer son contrôle sur l'exploitation de ses ressources minières. Depuis l'adoption du nouveau code minier en 2023, les autorités de transition ont multiplié les exigences en matière de contenu local et de participation de l'État. L'octroi de ce permis pourrait être interprété comme un signal de confiance réciproque, même si les négociations autour des conditions fiscales et douanières restent souvent tendues.

Une conjonction de défis opérationnels et financiers

B2Gold traverse actuellement une phase délicate, marquée par des dépenses d'investissement élevées et des contraintes financières. L'achèvement des contrats de prépaiement sur l'or en juin 2026 et l'expiration attendue des contrats de couverture (collar) d'ici la fin de l'année modifient la structure de ses revenus. La vente de ses actifs finlandais a également contribué à un rééquilibrage de son portefeuille, tandis que l'entreprise a procédé à des rachats d'actions et au versement de dividendes pour rassurer ses actionnaires.

Parallèlement, l'incendie survenu à la mine Goose, au Canada, a conduit à des opérations de remédiation, avec un objectif de production stable à la mi-2027. Ces éléments montrent que les grands groupes miniers doivent jongler entre des impératifs de rentabilité à court terme et des investissements de long terme, dans un environnement où les cours de l'or restent élevés mais volatils.

La région ouest-africaine, terrain de compétition pour les acteurs juniors

Au-delà de B2Gold, la course aux permis et aux financements s'intensifie dans toute l'Afrique de l'Ouest. Des juniors comme Aton Resources, qui opère en Égypte mais illustre une tendance régionale, lèvent des fonds pour avancer leurs projets. Aton a récemment obtenu 2,8 millions de dollars pour son projet Hamama, avec un objectif de production en 2027. Ce mouvement de financement est soutenu par des prix de l'or favorables et par des réformes réglementaires dans plusieurs pays, notamment en Égypte, qui vise à porter la contribution du secteur minier à 6 % de son PIB.

En Afrique de l'Ouest, les dynamiques sont similaires. La Côte d'Ivoire, le Burkina Faso et le Ghana attirent des investissements, mais doivent composer avec des défis comme l'orpaillage illégal. La formalisation des artisans miniers, plaidée par des organisations comme la Fecomci en Côte d'Ivoire, devient un enjeu majeur pour une gouvernance plus transparente du secteur. Parallèlement, la hausse des émissions de titres régionaux, qui ont dépassé 20 000 milliards de FCFA, offre aux États de nouvelles marges de manœuvre pour financer des infrastructures, y compris dans le domaine minier.

Une perspective historique : du boom des années 2000 à la consolidation actuelle

Le secteur aurifère ouest-africain a connu une évolution significative depuis les années 2000. Les investissements étrangers ont d'abord afflué vers des pays comme le Ghana et le Mali, attirés par un potentiel géologique important et des cadres réglementaires relativement stables. Cependant, les récentes révisions des codes miniers, les exigences accrues en matière de contenu local et les préoccupations environnementales ont transformé le paysage. Les compagnies doivent désormais démontrer leur capacité à créer de la valeur locale, tout en gérant des risques politiques et sécuritaires.

Dans ce contexte, l'obtention du permis Menankoto par B2Gold peut être vue comme un test de la capacité des acteurs majeurs à s'adapter aux nouvelles règles du jeu. Le Mali, qui cherche à maximiser les retombées de ses ressources, semble prêt à offrir des opportunités aux entreprises qui acceptent de s'engager dans une relation de long terme avec l'État. La question reste de savoir si cette approche sera suffisante pour attirer de nouveaux investissements, alors que la compétition entre les juridictions minières s'intensifie à l'échelle continentale.

Les hydrocarbures, une autre source de financement pour les États

Parallèlement à l'or, les hydrocarbures jouent un rôle croissant dans les économies ouest-africaines. Le gaz naturel du projet GTA, entre le Sénégal et la Mauritanie, a démarré sa production, offrant de nouvelles recettes fiscales. De même, le pétrole de Sangomar au Sénégal, en production depuis 2024, contribue à diversifier les revenus de l'État. Ces ressources permettent aux gouvernements de financer des infrastructures et de soutenir leur développement, mais elles posent aussi des questions de gestion durable et de dépendance aux marchés mondiaux.

Dans ce paysage, la Guinée, avec son exploitation de bauxite, illustre un autre défi : celui de transformer les richesses minières en développement industriel local. La course aux permis et aux financements ne se limite donc pas à l'or ; elle concerne l'ensemble des ressources extractives, avec des enjeux de souveraineté et de valeur ajoutée qui restent centraux.

L'obtention du permis Menankoto par B2Gold s'inscrit dans une dynamique plus large où les États ouest-africains cherchent à renégocier les termes de l'exploitation de leurs ressources. Entre exigences de transparence, formalisation de l'orpaillage et diversification des sources de financement, le secteur minier régional est à un tournant. La capacité des compagnies à s'adapter à ces nouvelles réalités déterminera leur rôle dans la transformation économique de la région.