Le groupe canadien B2Gold a obtenu le permis d'exploitation de Menankoto, verrouillant ainsi l'extension de son complexe aurifère de Fekola au Mali. Après un retard qui l'a contraint à réduire ses prévisions pour 2026, ce feu vert consacre surtout le nouveau partage de la production avec l'État malien, fixé à 35 % pour la partie publique. Un tournant dans un secteur qui a déjà versé des recettes records en 2025.

Infographie — Or · Mali

Un permis clé pour la pérennité du complexe Fekola

Délivré après plusieurs mois d'attente, le permis d'exploitation de Menankoto permet à B2Gold de lancer les travaux de pré-découverture et d'intégrer progressivement les minerais régionaux au sein de l'usine existante de Fekola. L'objectif affiché est de porter la production annuelle du complexe à plus de 150 000 onces à partir de 2028, et de maintenir ce niveau jusqu'au milieu de la décennie suivante. Ce calendrier industrielle donne de la visibilité à un site qui constitue l'un des piliers de la production aurifère malienne.

Le chemin a toutefois été semé d'embûches. Le retard dans l'attribution de ce permis a contraint le groupe à réduire sa guidance de production consolidée pour 2026, désormais fixée entre 820 000 et 920 000 onces. Au deuxième trimestre, le groupe a tout de même produit 203 648 onces, avec un coût intégré de 2 356 dollars l'once, une performance supérieure aux attentes de plusieurs banques d'affaires. L'arrêt d'une partie des installations de la mine Goose, au Canada, après un incendie, alourdit toutefois la facture sur ce site, où le coût intégré atteint 6 390 dollars l'once. Ces aléas soulignent l'importance stratégique de l'actif malien dans les flux de trésorerie du groupe.

La nouvelle donne de la rente minière au Mali

Mais au-delà du calendrier opérationnel, c'est bien la structure de propriété qui retient l'attention. Le permis Menankoto est détenu selon une clé de répartition de 65 % pour B2Gold et 35 % pour l'État malien, contre un partage de 80/20 pour le permis initial de Fekola, obtenu avant l'entrée en vigueur du code minier de 2023. Cette différence traduit un durcissement progressif des conditions d'exploitation, que les opérateurs doivent désormais intégrer dans leurs modèles économiques, notamment pour les projets dont la durée de vie s'étend de 2028 au milieu des années 2030.

Ce nouvel équilibre s'inscrit dans une tendance régionale. Les recettes versées par les compagnies aurifères à l'État malien ont atteint le niveau record de 888,5 milliards de francs CFA en 2025, une hausse de 6,4 % qui semblait alors conforter le modèle de croissance tiré par l'extraction. Mais la hausse des cours de l'or et la volonté de souveraineté affichée par les autorités de transition ont accéléré la renégociation des contrats. La répartition de 35 % pour l'État n'est pas isolée : elle reflète aussi les revendications exprimées au Burkina Faso et en Guinée, où la mine artisanale joue un rôle considérable et où les accidents, comme celui qui a fait au moins 11 morts en juin dernier dans la préfecture de Siguiri, rappellent l'urgence d'un encadrement plus strict.

Pour les groupes miniers, l'équation devient plus complexe. La captation accrue de la valeur par les États se heurte à la nécessité d'attirer des investissements de long terme, dans un contexte où les coûts d'exploitation augmentent et où les aléas techniques, comme l'incendie de Goose, peuvent rapidement éroder les marges. Le reversement de 264 768 onces d'or qui étaient gagées au titre d'un prépaiement, achevé au premier semestre 2026, va toutefois alléger les besoins de trésorerie du groupe à partir du second semestre, offrant une bouffée d'oxygène financière qui pourrait lui permettre de digérer cette nouvelle donne contractuelle.

Reste que la décision de B2Gold de poursuivre son développement à Menankoto, malgré le durcissement des conditions, envoie un signal positif sur l'attractivité du Mali. Elle confirme que la stabilité des permis et la qualité du gisement peuvent compenser le partage plus exigeant de la rente. Dans un environnement sahélien où les risques sécuritaires et politiques sont souvent mis en avant, la capacité de l'État à sécuriser les investissements tout en augmentant sa part constitue le véritable test de la souveraineté minière.

Vers une transformation structurelle du secteur extractif

Au-delà du cas B2Gold, l'évolution des clés de répartition au Mali s'observe dans plusieurs juridictions ouest-africaines. La notion de « contenu local », les exigences de transformation sur place et la participation accrue des États aux projets miniers dessinent un nouveau paradigme. Les opérateurs qui veulent développer des actifs de long terme devront intégrer ces paramètres à l'aune de la vie des mines, parfois supérieure à vingt ans. La question n'est plus seulement de savoir quel pourcentage revient à l'État, mais comment cette rente est utilisée pour financer un développement durable, y compris dans des secteurs connexes comme l'énergie, indispensable au fonctionnement des sites miniers isolés.

L'accord de Menankoto, en ce sens, pourrait faire jurisprudence. Il offre un cadre dans lequel la production future du Mali dépendra d'une coopération renforcée entre l'administration et les investisseurs étrangers, chacun cherchant à tirer profit de la hausse structurelle de la demande d'or. La baisse des livraisons prépayées et la remontée des flux de trésorerie pourraient inciter d'autres acteurs à suivre l'exemple de B2Gold, à condition que la prédictibilité des décisions administratives s'améliore durablement.

L'obtention du permis Menankoto n'est pas seulement une avancée opérationnelle pour B2Gold ; elle cristallise un nouveau rapport de force entre les États miniers ouest-africains et les compagnies étrangères. Alors que l'or demeure une réserve de valeur mondiale et que le Sahel cherche à diversifier ses partenaires, la capacité du Mali à concilier souveraineté et attractivité déterminera l'évolution de son paysage minier dans les dix prochaines années. Les décisions de la société civile et des institutions financières internationales sur la traçabilité de l'or pourraient ajouter une couche de complexité à cet équilibre déjà en mutation.