B2Gold a publié, début août, des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, portés par ses mines de Fekola, Masbate et Otjikoto. La compagnie canadienne attend toujours le permis d'exploitation de Menankoto, une pièce maîtresse de son développement au Mali, alors que les revenus aurifères de l'État ont atteint un niveau record en 2025. Ce double signal illustre les nouvelles modalités de la coopération minière dans un pays où la souveraineté sur les ressources naturelles est devenue un enjeu central.

Infographie — Or · Mali

Un deuxième trimestre sous le signe de la performance

B2Gold a annoncé une production de 203 648 onces d'or au deuxième trimestre 2026, conforme à ses prévisions, avec des rendements supérieurs à l'attendu sur les sites de Fekola, Masbate et Otjikoto. Ce résultat compense l'impact de l'incendie survenu en avril au projet Goose. Surtout, la compagnie a dégagé un bénéfice net de 417 millions de dollars, soutenu par la vente de sa participation de 70 % dans Fingold pour 325 millions, et des rachats d'actions pour 92 millions. Ces opérations traduisent une stratégie de recentrage sur des actifs clés, dont le complexe de Fekola, au Mali, demeure le joyau.

La publication intervient dans un contexte particulier : B2Gold attend toujours le permis d'exploitation de Menankoto, qui, couplé au permis de Dandoko, doit ancrer le plan de croissance régionale de Fekola. Le PDG de la compagnie, Mike Cinnamond, a indiqué que les discussions avec Bamako ont franchi toutes les étapes nécessaires et qu'il est confiant dans une approbation prochaine par le Conseil des ministres. Une déclaration soigneusement calibrée, qui ne masque pas la complexité des négociations.

Un État qui monte au capital des ressources

Ce permis n'est pas un simple document administratif. Il s'inscrit dans l'accord signé en septembre 2024 entre B2Gold et l'État malien sur la gouvernance et l'exploitation du complexe de Fekola. Cet accord, qui a révisé les termes de la convention minière, a imposé à la compagnie des paiements supplémentaires sous forme d'impôts et de dividendes prioritaires. Les résultats trimestriels montrent d'ailleurs que B2Gold a absorbé ces charges sans affecter sa rentabilité, mais elles témoignent de la nouvelle donne.

Les chiffres officiels publiés en début d'année confirment la tendance : les sociétés minières opérant au Mali ont versé à l'État un montant record de 888,5 milliards de francs CFA (environ 1,57 milliard de dollars) en 2025, en hausse de 6,4 % par rapport à l'année précédente. Cette manne, portée par des cours de l'or élevés, renforce la position de Bamako dans les renégociations. Le gouvernement de transition, qui a fait de la souveraineté sur les ressources naturelles un pilier de son discours, s'appuie sur ces revenus pour financer des projets d'infrastructure et afficher une indépendance budgétaire relative.

La géopolitique du sous-sol ouest-africain

Le cas malien n'est pas isolé. Dans la sous-région, les États multiplient les exigences en matière de participations locales, de transformation sur place et de retombées fiscales. Le Burkina Faso et la Guinée, eux aussi producteurs d'or, empruntent des trajectoires similaires, avec des approches parfois plus confrontationales. B2Gold, en choisissant de négocier et de patienter, illustre la capacité des compagnies internationales à s'adapter à ce nouvel environnement, pour peu que les gisements soient suffisamment riches.

Mais cette adaptation a un coût. Le recentrage de la compagnie sur ses actifs majeurs, la cession de Fingold, les rachats d'actions et le maintien d'un dividende modeste montrent que la trésorerie est prioritairement allouée à des projets à fort potentiel, comme l'extension de Fekola. La question est de savoir si l'approbation de Menankoto, désormais attendue, débloquera des investissements massifs ou si d'autres exigences surgiront. Les précédés dans la région incitent à la prudence.

Une production qui ne rime pas forcément avec autonomie

L'envolée des revenus aurifères ne doit pas faire oublier que le Mali reste dépendant des investisseurs étrangers pour l'exploitation de son sous-sol. La hausse des taxes et des participations peut, à terme, réduire l'attractivité du pays face à d'autres juridictions. B2Gold, en dépit des contraintes, continue d'afficher sa confiance, mais les marchés sanctionnent ou récompensent au gré des nouvelles. L'action a bondi de 22 % après l'annonce des résultats, preuve que les investisseurs saluent la performance opérationnelle, tout en surveillant de près le calendrier politique.

La situation de B2Gold au Mali résume, à elle seule, les tensions qui traversent le secteur extractif ouest-africain : les États cherchent à capter les revenus de leurs ressources, tandis que les compagnies ajustent leurs stratégies en conjuguant patience et priorités financières. Le dénouement du dossier Menankoto sera observé comme un test grandeur nature de la capacité de coopération entre un gouvernement souverain et un acteur international, un test dont l'issue pourrait influencer l'évolution des codes miniers dans toute la région.