Le Mali, troisième producteur d'or en Afrique, traverse une phase décisive de son secteur minier. Entre renégociations contractuelles, essor de l'orpaillage illégal et baisse des cours, l'or ne suffit plus à garantir l'équilibre économique. Pendant ce temps, le Sénégal et la Mauritanie engrangent les premiers revenus de leurs gisements pétroliers et gaziers, redessinant la carte énergétique régionale.

Infographie — Or · Mali

Un secteur aurifère sous tension

Le Mali, dont l'économie repose à plus de 70 % sur les revenus miniers, principalement l'or, fait face à une équation de plus en plus complexe. Les mines industrielles de Fekola et de Loulo, opérées par B2Gold et Barrick, continuent de tourner, mais les rapports de force avec l'État ont changé. Depuis l'adoption du nouveau code minier en 2023, qui impose une participation de 35 % de l'État dans les projets et des clauses de contenu local renforcées, les opérateurs historiques ajustent leurs stratégies. Certains ont réduit leurs investissements d'exploration, d'autres renégocient leurs conventions. Cette inflexion se traduit par une stagnation de la production, qui peinait déjà à dépasser les 70 tonnes annuelles, loin du potentiel du sous-sol malien.

Parallèlement, l'orpaillage illégal, qui s'étend des zones frontalières du Burkina Faso jusqu'aux confins de la Guinée, draine une part croissante de la production. Selon les estimations de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), entre 20 et 30 % de l'or extrait au Mali échapperait aux circuits officiels. Ce phénomène, alimenté par l'insécurité et la faiblesse de l'État dans les zones rurales, prive Bamako de recettes fiscales significatives, alors même que la junte dirigée par Assimi Goïta affiche une volonté de souveraineté économique. Le contraste est saisissant : les autorités multiplient les discours sur la réappropriation des ressources, mais peinent à contrôler un secteur où l'informel prospère.

Des résultats contrastés dans les mines industrielles

Malgré ces tensions, certaines mines affichent des performances notables. La mine de Fekola, exploitée par B2Gold, a produit 530,7 milliers d'onces en 2025, représentant plus de la moitié de la production totale de la compagnie. Ce chiffre illustre l'importance stratégique du site pour l'entreprise et pour l'économie malienne. Les versements au Fonds minier de développement local se sont élevés à 4,1 milliards FCFA, finançant des centaines de microprojets dans la région, allant de la construction d'écoles à l'accès à l'eau potable. En 2024, 46 % des dépenses de B2Gold ont bénéficié à des entreprises maliennes, un ancrage local revendiqué par l'opérateur.

Pourtant, ce tableau contraste avec les critiques émanant des communautés locales. Certains habitants, tout en reconnaissant les emplois créés, dénoncent des promesses non tenues et une répartition inégale des bénéfices. Ce paradoxe, propre à de nombreuses zones minières ouest-africaines, met en lumière la question centrale de la souveraineté économique : comment concilier attractivité pour les investisseurs étrangers et retombées tangibles pour les populations ? La mine de Fekola, malgré ses contributions, ne semble pas encore avoir résolu cette équation.

Hydrocarbures : le Sénégal et la Mauritanie prennent le relais

Pendant que le Mali cherche à consolider son secteur aurifère, ses voisins côtiers engrangent les premiers revenus de leurs gisements d'hydrocarbures. Le gaz naturel du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), à la frontière Sénégal-Mauritanie, a démarré sa production, tandis que le pétrole de Sangomar, au Sénégal, monte en puissance. Ces projets, portés par des partenariats internationaux, contrastent avec la stratégie malienne, plus conflictuelle, et révèlent des approches divergentes de la souveraineté économique. Dakar et Nouakchott misent sur des cadres contractuels stables pour attirer les investissements, tandis que Bamako privilégie une renégociation plus musclée des contrats existants.

Cette divergence illustre les trajectoires contrastées des économies extractives ouest-africaines. D'un côté, une approche partenariale qui privilégie la continuité et la prévisibilité ; de l'autre, une approche souverainiste qui cherche à maximiser les revenus de l'État, quitte à braquer les opérateurs étrangers. Les résultats économiques à court terme pourraient donner raison à la première approche, mais la seconde répond à une attente populaire forte dans un contexte de défiance envers les multinationales. L'équilibre reste à trouver.

Une conjoncture internationale défavorable

La conjoncture internationale n'est guère favorable au Mali. Les cours de l'or, après des sommets en 2024, ont amorcé une décrue en 2026, sous l'effet d'un raffermissement du dollar et d'un apaisement des tensions géopolitiques. Pour Bamako, dont le budget repose à près de 20 % sur les revenus miniers, cette baisse des cours réduit les marges de manœuvre. Dans le même temps, la Guinée connaît une dynamique inverse mais complémentaire : selon le rapport mondial sur l'investissement 2026 de la CNUCED, le pays a enregistré en 2025 une forte hausse des investissements directs étrangers, portée notamment par le projet de fer de Simandou. Cette attractivité retrouvée, appuyée sur des réformes et des infrastructures, contraste avec la frilosité des investisseurs au Mali.

Au-delà du cas malien, c'est la capacité des États ouest-africains à transformer leurs ressources extractives en développement durable qui est en jeu. Entre souveraineté affichée, réalités du terrain et contraintes internationales, les trajectoires divergent. La question reste ouverte : ces ressources, qu'elles soient aurifères ou hydrocarbonées, parviendront-elles à financer une transformation structurelle des économies de la région, ou ne feront-elles qu'alimenter des cycles de dépendance et de tensions ?

Données de référence : Solde budgétaire : -1.6% (FMI)