Alors que les cours de l'or poursuivent leur flambée, les juniors minières accélèrent leurs investissements en Afrique de l'Ouest, mais les États font face à un défi majeur : l'orpaillage illégal qui gangrène le secteur au Burkina Faso et au Mali. Parallèlement, la montée en puissance de la production de gaz naturel GTA et de pétrole à Sangomar redessine la géopolitique énergétique régionale. Cette conjonction de dynamiques extractives soulève une question centrale : comment les pays de la zone peuvent-ils transformer ces richesses en levier de souveraineté économique ?

Infographie — Or · Production

Depuis mi-2026, les juniors minières multiplient les annonces d'investissement en Afrique de l'Ouest, attirées par des cours de l'or qui ont atteint des sommets historiques. La Côte d'Ivoire et le Ghana concentrent l'essentiel de ces flux, mais le phénomène s'étend désormais à des pays comme le Sénégal et la Guinée. Cette ruée vers l'or n'est pas sans rappeler les cycles précédents, mais elle s'accompagne d'une exigence nouvelle : les gouvernements locaux, soucieux de maximiser leurs revenus, renégocient les conventions minières et imposent des clauses de contenu local. L'enjeu est de taille : l'or représente déjà une part significative des recettes d'exportation de plusieurs pays de la région, et la flambée des prix offre une fenêtre de négociation inédite face aux multinationales.

Pourtant, cette dynamique formelle est contrariée par un phénomène persistant : l'orpaillage illégal. Au Burkina Faso et au Mali, des milliers de sites clandestins échappent à tout contrôle étatique, privant les trésors publics de recettes considérables. Les estimations officielles évoquent des pertes de plusieurs centaines de millions de dollars par an, mais les chiffres réels pourraient être bien plus élevés. Ce secteur informel, souvent lié à des réseaux transfrontaliers, alimente également des tensions sécuritaires dans des zones déjà fragiles. Les États tentent de réagir par des opérations de régularisation et des campagnes de sensibilisation, mais les résultats restent mitigés face à l'ampleur du phénomène.

En parallèle, la région connaît une transformation énergétique majeure. Le gaz naturel du champ GTA, partagé entre le Sénégal et la Mauritanie, a démarré sa production en 2025, et le pétrole du champ Sangomar, au large du Sénégal, a atteint sa pleine capacité en 2026. Ces projets, longtemps retardés, changent la donne pour les économies locales. Le Sénégal, par exemple, espère que ces revenus financeront des infrastructures et des programmes sociaux, mais les premières années de production montrent déjà des écarts entre les projections et la réalité des recettes. Les fluctuations des cours mondiaux, les coûts d'exploitation et les aléas techniques rappellent que la manne pétrolière n'est pas une garantie absolue de prospérité.

Cette double dynamique – minière et énergétique – s'inscrit dans un contexte régional marqué par une volonté affirmée de souveraineté économique. La CEDEAO, à travers sa Banque d'investissement et de développement (BIDC), a récemment approuvé des financements stratégiques pour le secteur privé et la sécurité énergétique, signe d'une prise de conscience collective. Mais les divergences entre États membres, notamment sur la gestion des ressources transfrontalières et la répartition des bénéfices, restent des obstacles à une approche coordonnée.

L'évolution récente montre que la donne a changé par rapport aux années précédentes : les États ne se contentent plus d'encaisser des royalties ; ils exigent des participations au capital, des transferts de technologie et des emplois locaux. Cette nouvelle posture, portée par des gouvernements plus affirmés, modifie les équilibres avec les investisseurs étrangers. Certains groupes miniers, habitués à des conditions plus flexibles, s'adaptent difficilement, tandis que de nouveaux acteurs, notamment chinois et russes, se positionnent avec des offres plus avantageuses pour les États.

Pour autant, la souveraineté ne se décrète pas. Elle se construit à travers des institutions solides, une capacité de contrôle et de régulation, et une vision à long terme. Les pays ouest-africains, forts de leurs ressources, doivent encore relever le défi de la transformation locale : raffineries, fonderies, et industries dérivées restent largement à développer. Sans cela, ils risquent de rester de simples exportateurs de matières premières, vulnérables aux chocs extérieurs.

La question sécuritaire demeure également un facteur clé. Dans le Sahel, les zones d'orpaillage illégal sont souvent des sanctuaires pour les groupes armés, qui tirent profit de l'extraction artisanale pour financer leurs activités. Les opérations militaires menées par les armées nationales, parfois avec l'appui de partenaires étrangers, peinent à éradiquer ce fléau. La coopération régionale, notamment via le G5 Sahel, est essentielle, mais elle est fragilisée par les tensions politiques entre certains États membres.

Au-delà des chiffres et des projets, c'est la question de la redistribution qui se pose. Comment faire en sorte que les revenus de l'or, du gaz et du pétrole profitent à l'ensemble des populations, et pas seulement à une élite ? Les expériences passées en Afrique de l'Ouest, notamment au Nigeria, montrent les dérives possibles. Les mécanismes de transparence, les fonds souverains et les audits indépendants sont autant d'outils qui peuvent aider, mais leur mise en œuvre effective reste un chantier permanent.

L'Afrique de l'Ouest est à un tournant. Les ressources extractives pourraient soit devenir un accélérateur de développement, soit exacerber les inégalités et les conflits. La capacité des États à négocier fermement, à réguler efficacement et à investir dans l'avenir déterminera l'issue. Alors que la région s'engage dans cette voie, les regards se tournent vers les prochains mois, où les premiers bilans de la production gazière et pétrolière, ainsi que les nouvelles négociations minières, donneront le ton pour les années à venir.