Alors que le Mali peaufine son nouveau code minier, l'équilibre des forces entre l'État et les majors étrangères se redessine. La reprise des négociations avec B2Gold sur la mine de Fekola illustre la volonté de Bamako de capter une plus grande part de la rente aurifère. Un test pour la souveraineté économique du régime de transition dans un contexte régional marqué par la défiance envers les partenaires traditionnels.
L'or, nerf de la guerre économique
Comment Bamako a renégocié le contrat de la méga-mine de Fekola avec le canadien B2Gold
Contexte macro-économique
Chronologie du bras de fer
Les acteurs du nouveau deal
Le Mali impose un nouveau rapport de force aux majors étrangères. Après l'uranium au Niger et l'or au Burkina Faso, Bamako capitalise sur ses ressources pour financer sa souveraineté. Prochaine cible : les mines de Barrick Gold et Resolute Mining.
Le 6 juillet 2026, le gouvernement malien a officialisé la conclusion d'un accord révisé avec le groupe canadien B2Gold, exploitant de la méga-mine de Fekola, dans l'ouest du pays. Selon des sources proches du ministère des Mines, le nouvel accord prévoit une augmentation de la redevance de 5 % à 8 % et une participation obligatoire de l'État de 30 % dans le capital, contre 20 % auparavant. Ce mouvement s'inscrit dans la refonte du cadre juridique du secteur, entamée en 2025 avec la suspension temporaire des exportations d'or brut.
La renégociation des contrats miniers : une stratégie assumée
Cette décision ne surprend pas les observateurs. Depuis l'arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta, le Mali cherche à maximiser les retombées de ses ressources naturelles, à l'instar du Niger pour l'uranium ou du Burkina Faso pour l'or. Les compagnies minières, principalement canadiennes (Barrick Gold, B2Gold) et australiennes (Resolute Mining), sont mises sous pression. Le nouveau code minier, dont l'adoption est attendue pour septembre 2026, devrait imposer une participation minimale de l'État de 35 % dans tout nouveau projet, ainsi qu'une taxe sur les superprofits.
Des indicateurs macroéconomiques tendus
Le Mali traverse une période budgétaire difficile, avec un déficit public estimé à 5,2 % du PIB en 2025, selon le FMI. Les recettes minières, qui représentent près de 70 % des exportations et 25 % des recettes fiscales, sont cruciales. Entre 2020 et 2025, la production d'or a oscillé entre 65 et 70 tonnes par an, mais les revenus captés par l'État stagnaient, en raison de contrats signés dans les années 2000, jugés trop favorables aux investisseurs. La révision de ces contrats est donc un impératif politique et économique.
L'impact régional : un précédent pour l'Alliance des États du Sahel
La démarche malienne s'observe de près dans les capitales de l'AES (Alliance des États du Sahel). Le Burkina Faso et le Niger, également producteurs d'or, pourraient s'inspirer de ce modèle pour renégocier leurs propres conventions. En mars 2026, le Burkina a annoncé la création d'une société nationale d'exploitation minière, tandis que le Niger a imposé une redevance de 10 % sur l'uranium. La coordination des politiques extractives au sein de l'AES pourrait devenir un outil de pression collective face aux multinationales.
Les compagnies entre adaptation et retrait
Les réactions des groupes miniers sont mitigées. Si B2Gold a accepté les nouvelles conditions pour Fekola, d'autres acteurs menacent de réduire leurs investissements. Barrick Gold, qui exploite le complexe Loulo-Gounkoto, a suspendu en mai 2026 l'extension de sa mine, invoquant l'instabilité juridique. Cette décision a provoqué une chute de 4 % de la production prévue pour 2027. Le gouvernement malien tente de rassurer : 'Nous voulons un partenariat gagnant-gagnant, pas une confiscation', a déclaré le ministre des Mines lors d'un point presse.
Un pari risqué sur la durée
La stratégie de Bamako repose sur la certitude que les compagnies ne quitteront pas le pays, compte tenu de la qualité des gisements. Mais le risque existe de voir les investissements se déplacer vers d'autres juridictions plus stables, comme le Ghana ou la Côte d'Ivoire. Par ailleurs, la montée en puissance de l'orpaillage illégal (environ 15 tonnes par an selon une estimation de 2025) complique la traçabilité et prive l'État de recettes supplémentaires.
Le Mali joue une partie décisive pour sa souveraineté économique. La réussite de sa politique minière dépendra de sa capacité à maintenir un équilibre entre fermeté et attractivité, dans un environnement régional où la compétition pour les investissements s'intensifie. Au-delà de l'or, c'est la crédibilité des États sahéliens comme partenaires contractuels qui est en jeu, alors que la transition énergétique mondiale redéfinit la demande de métaux précieux.
Données de référence : Solde budgétaire : -1.6% (FMI)