Le 10 juin 2026, le ministre camerounais des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry, a annoncé des actions en justice contre plus d'une centaine d'opérateurs miniers non conformes. Cette décision, prise lors du Salon d'action gouvernementale (SAGO) à Yaoundé, marque une escalade dans la répression de l'orpaillage illégal, notamment dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua. Elle intervient dans un contexte de pression régionale croissante pour mieux encadrer l'exploitation aurifère et réduire les pertes de recettes publiques.
⚖️ Lutte contre l'orpaillage illégal
Le 10 juin 2026, le ministre des Mines par intérim Fuh Calistus Gentry annonce des poursuites contre plus d'une centaine d'opérateurs miniers non conformes. Une escalade inédite dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua.
Actions en justice annoncées contre des entreprises d'orpaillage avancé sans permis valide, en défaut fiscal et environnemental.
Ces deux régions concentrent l'essentiel de l'orpaillage illégal. Les autorités menacent de démanteler les installations et d'engager les forces de l'ordre aux frais des contrevenants.
L'Afrique de l'Ouest et centrale multiplie les initiatives pour encadrer l'exploitation aurifère informelle et réduire les pertes de recettes publiques.
Chronologie de l'escalade
Annonce des poursuites au SAGO
Le ministre Fuh Calistus Gentry cible plus de 100 opérateurs miniers non conformes.
Démantèlement des installations
Forces de l'ordre mobilisables aux frais des contrevenants. Objectif : reprendre le contrôle du secteur.
Assainir le secteur minier
Réduction des pertes fiscales et mise en conformité environnementale des opérateurs.
L'orpaillage illégal concerne des milliers d'orpailleurs informels en Afrique de l'Ouest et centrale. Au Cameroun, les régions de l'Est et de l'Adamaoua sont les plus touchées. L'État tente de reprendre la main face à un secteur qui lui échappe largement.
L'annonce du ministre camerounais des Mines s'inscrit dans une série de mesures visant à assainir le secteur minier. Les entreprises visées, majoritairement actives dans l'orpaillage avancé, sont accusées d'exercer sans permis valide et de ne pas respecter leurs obligations fiscales et environnementales. Les autorités menacent de démanteler leurs installations et de faire intervenir les forces de l'ordre à leurs frais. Cette fermeté traduit une volonté politique de reprendre le contrôle d'un secteur qui échappe en grande partie à l'État.
Le phénomène de l'orpaillage illégal n'est pas nouveau en Afrique de l'Ouest et centrale. Depuis plusieurs années, des milliers d'orpailleurs, souvent informels, exploitent les gisements aurifères sans cadre légal. Au Cameroun, les régions de l'Est et de l'Adamaoua sont particulièrement concernées. L'ampleur des pertes fiscales est considérable : selon des estimations officieuses, l'État camerounais perdrait des centaines de millions de francs CFA chaque année en recettes non perçues.
Une mise en garde pour tout le secteur
Au-delà des sanctions, cette opération vise à envoyer un signal fort aux opérateurs miniers, qu'ils soient nationaux ou étrangers. Le gouvernement entend montrer qu'il ne tolérera plus les pratiques non conformes. Cette stratégie s'inscrit dans une tendance régionale : plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, comme le Mali, le Burkina Faso ou la Côte d'Ivoire, ont récemment renforcé leur législation minière et intensifié les contrôles. L'objectif est double : maximiser les retombées économiques de l'or, dont les cours restent élevés, et limiter les dégâts environnementaux.
Les défis de la mise en œuvre
Cependant, la mise en œuvre de ces mesures se heurte à plusieurs obstacles. D'une part, le secteur informel de l'orpaillage emploie des centaines de milliers de personnes, souvent dans des zones reculées où l'État est peu présent. Une répression brutale pourrait pousser ces activités vers une clandestinité encore plus grande, sans régler le problème des pertes fiscales. D'autre part, les capacités administratives et judiciaires pour traiter plus d'une centaine de dossiers sont limitées. Le risque est que ces procédures s'enlisent dans des lenteurs, comme cela a été le cas par le passé.
Par ailleurs, la question environnementale est centrale. L'orpaillage illégal est souvent associé à l'utilisation de mercure et de cyanure, des substances très polluantes. Les dommages causés aux sols et aux cours d'eau sont durables. En sanctionnant les opérateurs non conformes, le gouvernement camerounais cherche aussi à limiter ces impacts, même si les moyens de contrôle sur le terrain restent insuffisants.
Une évolution notable dans le contexte régional
Cette annonce intervient alors que, dans le même temps, les programmes de résilience alimentaire se multiplient en Afrique de l'Ouest, comme en témoigne le Programme de Résilience du Système Alimentaire (FSRP) qui déploie 130 milliards FCFA au Sénégal. Le lien entre gouvernance minière et sécurité alimentaire peut sembler ténu, mais il est réel : l'exploitation aurifère non régulée accapare des terres agricoles, pollue les nappes phréatiques et détourne une main-d'œuvre qui pourrait contribuer à l'agriculture. Mieux encadrer le secteur minier, c'est aussi protéger les bases de la souveraineté alimentaire.
Enfin, la pression sur les recettes publiques est d'autant plus forte que les économies ouest-africaines doivent faire face à des défis budgétaires importants. La guerre en Ukraine, les fluctuations des cours des matières premières et les effets du changement climatique fragilisent les finances publiques. Dans ce contexte, chaque ressource non collectée est un manque à gagner pour les investissements dans les infrastructures, l'éducation ou la santé.
La décision camerounaise de poursuivre les opérateurs miniers illégaux est un test pour la gouvernance du secteur aurifère en Afrique de l'Ouest. Si elle aboutit à des sanctions effectives et à une amélioration des recettes fiscales, elle pourrait servir de modèle à d'autres pays de la région confrontés aux mêmes difficultés. Mais l'enjeu dépasse la simple répression : il s'agit de trouver un équilibre entre formalisation du secteur, protection de l'environnement et développement économique. Une question qui, au fond, touche à la souveraineté des États sur leurs ressources.