Le gouvernement camerounais entend porter les recettes issues de l'or à plus de 1 000 milliards de FCFA en restructurant un secteur aurifère dominé par l'informel. Avec des mesures coercitives et de nouvelles obligations pour les exploitants, Yaoundé tente d'endiguer les fuites de production et de capter une valeur ajoutée jusqu'ici perdue. Cette initiative s'inscrit dans un contexte régional de renforcement de la gouvernance minière, alors que la BRVM affiche des signes de confiance des investisseurs.
Restructuration du secteur aurifère
Le gouvernement camerounais veut porter les recettes publiques à 1 000 milliards FCFA en formalisant l'exploitation artisanale et en réprimant l'informel.
- Production non déclarée
- Aucune caution environnementale
- Impôt synthétique minier non payé
- Fuites de production massives
- Déclaration obligatoire de la production
- Caution environnementale : 63 millions FCFA
- 25 % d'impôt synthétique minier libératoire
- Seuil minimal : 10 kg/mois (reprise) / 5 kg/mois (en cours)
Mesures coercitives
Confiance des investisseurs (BRVM)
L'assainissement du secteur est la condition sine qua non pour augmenter les revenus de l'État et garantir une souveraineté minière durable.
Cette réforme s'inscrit dans un mouvement ouest-africain de renforcement de la gouvernance minière. Plusieurs pays de la zone adoptent des mesures similaires pour capter la valeur ajoutée de l'or et lutter contre l'informel.
Une stratégie de rupture avec l'informel
Les nouvelles règles imposées par le ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique (Minmidt) marquent un tournant. Désormais, toute unité de production doit déclarer sa production, verser une caution environnementale de 63 millions de FCFA et s'acquitter de 25 % de l'impôt synthétique minier libératoire. Les autorités prévoient le démantèlement pur et simple des sites illégaux ou non conformes. Ce volet répressif s'accompagne d'un seuil minimal de production de 10 kilogrammes d'or par mois pour la reprise d'activité et de 5 kilogrammes pour les autorisations en cours.
Le pari des 1 000 milliards FCFA
L'objectif affiché de 1 000 milliards FCFA de recettes publiques repose sur une hypothèse de formalisation massive. Le ministre par intérim, Pr Fuh Calistus Gentry, établit un lien direct entre l'assainissement du secteur et l'augmentation des revenus de l'État. Cette approche intervient alors que les finances publiques camerounaises subissent des pressions : endettement croissant, volatilité des cours du pétrole et besoin d'investissements dans les infrastructures, notamment énergétiques. Les recettes aurifères pourraient contribuer à financer des projets de souveraineté énergétique, comme l'exploitation du gaz ou le développement des énergies renouvelables.
Un contexte boursier favorable
L'annonce de la réforme coïncide avec une dynamique positive à la BRVM. La semaine du 15 mai 2026, le BRVM Composite a progressé de 1,99 % à 412,64 points et le BRVM 30 de 1,67 % à 194,55 points. Cette confiance retrouvée des investisseurs régionaux pourrait faciliter le financement de projets miniers structurés, notamment via des introductions en bourse ou des levées de fonds. Les compagnies respectant les nouvelles normes pourraient ainsi bénéficier d'un accès privilégié aux marchés de capitaux.
Des défis de mise en œuvre
La réussite de cette réforme dépend de la capacité de l'administration minière à appliquer les mesures coercitives sans provoquer de tensions sociales. L'exploitation artisanale emploie des milliers de personnes dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua. Un durcissement trop brutal pourrait pousser les mineurs vers d'autres filières informelles ou alimenter des conflits. Par ailleurs, le suivi scientifique des quantités extraites via le système dit « à vase clos » nécessite des compétences techniques et des investissements en contrôle.
Implications pour la gouvernance régionale
Le Cameroun n'est pas isolé dans cette démarche. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et centrale renforcent leur régulation du secteur minier artisanal pour sécuriser les recettes et limiter l'impact environnemental. La Côte d'Ivoire a par exemple révisé son code minier en 2024, le Sénégal mise sur la traçabilité de l'or. Cette convergence régionale crée un cadre plus prévisible pour les investisseurs, mais elle exige aussi une harmonisation des normes pour éviter les effets de frontière.
Opportunités pour les acteurs conformes
Les opérateurs capables de répondre aux nouvelles exigences – caution environnementale, déclaration de production, seuil de production – pourront se positionner comme des partenaires fiables pour les bailleurs de fonds internationaux et les sociétés de négoce. La formalisation ouvre également la voie à une meilleure intégration dans les chaînes de valeur mondiales, où les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) sont de plus en plus déterminants.
Cette tentative de transformation structurelle du secteur aurifère camerounais illustre une tendance plus large en Afrique : la quête de souveraineté économique par la captation des richesses minières. Reste à savoir si les mesures coercitives suffiront à éradiquer l'informel ou si un accompagnement plus incitatif sera nécessaire. L'équilibre entre répression et incitation déterminera la crédibilité de cette ambition.