Le Niger confie l'exploitation de son uranium à de nouveaux opérateurs, tandis que le Sénégal et la Mauritanie voient monter en puissance le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim. Ces dynamiques traduisent une volonté régionale de réappropriation des ressources extractives, dans un contexte de tensions sur les marchés mondiaux et de transition énergétique.
Niger, Sénégal, Mauritanie : la nouvelle carte des ressources
Retrait d'Orano et GoviEx, montée de GTA : la région redéfinit ses partenariats extractifs.
Une recomposition des secteurs extractifs ouest-africains
Depuis le retrait des permis d'Orano et de GoviEx en 2025, le Niger a officialisé, le 26 août 2026, son intention de confier l'exploitation de ses gisements d'uranium à de nouveaux partenaires. Cette décision s'inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté sur les ressources naturelles, déjà visible au Mali et au Burkina Faso pour l'or, et qui gagne désormais le secteur des hydrocarbures. À Dakar, la montée en puissance de la production pétrolière et gazière, avec le champ Sangomar et le projet GTA, pose des questions similaires sur la redistribution des revenus et la valeur ajoutée locale.
L'uranium nigérien, entre espoirs locaux et réalités du marché
Dans la région d'Agadez, à Arlit, berceau de l'exploitation uranifère depuis les années 1970, la nouvelle est accueillie avec un mélange d'espoir et de prudence. Les associations locales, comme le COSCRAZ, réclament une meilleure redistribution des richesses et des garanties environnementales strictes. Mais cette attente se heurte aux réalités du marché mondial de l'uranium, où les cours restent volatils et où la concurrence de pays comme le Kazakhstan ou l'Australie est forte. La capacité du Niger à attirer des investisseurs crédibles, capables de financer des opérations à long terme, sera déterminante.
Le Sénégal et la Mauritanie face au défi de la valeur ajoutée
Le Sénégal, entré dans le cercle des producteurs d'hydrocarbures avec Sangomar, et la Mauritanie, partenaire du projet GTA, sont confrontés à un défi comparable : transformer les revenus extractifs en développement durable. L'initiative gabonaise COSAFE, appuyée par la Banque africaine de développement, qui vise à mesurer la contribution réelle des ressources extractives à l'économie nationale, offre un éclairage sur les outils à développer. La question de la valeur ajoutée, au-delà des volumes exportés, devient centrale pour évaluer l'impact réel de ces projets sur les populations.
Gouvernance et transparence, les conditions de la souveraineté
L'histoire récente de la région invite à la prudence. Les débats sur la transparence des contrats pétroliers au Sénégal, les critiques sur la redistribution des revenus miniers au Niger, ou encore les tensions liées à l'orpaillage illégal au Burkina Faso montrent que la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit. Les nouvelles dynamiques de gouvernance, portées par les États et les sociétés civiles, devront s'accompagner de mécanismes de contrôle efficaces pour éviter les écueils du passé.
Des trajectoires nationales, une même quête de maîtrise
Si les contextes nationaux diffèrent, une tendance commune se dessine : la volonté des États ouest-africains de maîtriser leurs ressources stratégiques. Cette quête de souveraineté s'exprime dans un environnement mondial marqué par la transition énergétique, qui redéfinit la demande en uranium, en pétrole et en gaz. Les choix opérés aujourd'hui par Niamey, Dakar et Nouakchott influenceront durablement leur développement économique et leur positionnement géopolitique.
Alors que la transition énergétique mondiale redessine la carte des ressources stratégiques, l'Afrique de l'Ouest se trouve à un carrefour. La capacité des États à concilier souveraineté, attractivité pour les investisseurs et bénéfices concrets pour les populations déterminera si cette nouvelle ère extractive se traduit par un développement durable ou par de nouvelles formes de dépendance.
Vérification : Le retrait des permis d'Orano et de GoviEx a été annoncé en 2024, et la date du 26 août 2026 est future et non vérifiable. De plus, le Niger a déjà signé des accords avec d'autres partenaires (comme la Chine) en 2024. · L'initiative COSAFE est une initiative de la Banque africaine de développement (BAD) mais elle n'est pas spécifiquement gabonaise ; elle concerne plusieurs pays africains.