Les groupes armés liés à Al-Qaïda et à l'État islamique intensifient leurs attaques autour des sites miniers au Sahel, selon un rapport d'ACLED publié en juillet. Le Burkina Faso, longtemps épicentre de cette violence, voit sa part relative baisser à 54 % des incidents en 2025, tandis que le Mali et le Niger grimpent à 29 % et 18 %. Une bascule qui signale moins une accalmie qu'une propagation du phénomène sur l'ensemble de la sous-région.
L'insécurité minière se diffuse au-delà du Burkina Faso
Les groupes armés liés à Al-Qaïda et à l'État islamique intensifient leurs attaques autour des sites miniers. Le Burkina Faso, longtemps épicentre, voit sa part relative baisser tandis que le Mali et le Niger grimpent.
Répartition des incidents violents liés aux mines
Propagation du conflit minier
Analyse ACLED : « Cette évolution ne traduit pas un recul des violences burkinabè, mais l'extension géographique d'un conflit qui s'étend désormais aux zones minières de ses voisins. »
Une violence qui change d'échelle
Les groupes armés élargissent leur territoire et transforment les mines en points de fixation.
Les attaques se concentrent sur les sites d'extraction, devenus des cibles stratégiques.
La baisse relative du Burkina Faso (54%) masque une intensification régionale globale.
EN BREF — Le rapport d'ACLED publié en juillet couvre la période de janvier 2015 à juin 2026. Sur l'ensemble de cette période, 75% des incidents violents liés à l'extraction minière au Sahel se sont produits au Burkina Faso, contre 15% au Mali et 10% au Niger. La répartition de 2025 marque une bascule nette.
Le rapport d'ACLED, rendu public le 22 juillet, chiffre ce que les observateurs pressentaient : les mines d'or du Sahel sont devenues le principal théâtre d'affrontements entre groupes djihadistes et forces étatiques. Entre janvier 2015 et juin 2026, 75 % des incidents violents liés à l'extraction minière recensés dans la région se sont produits au Burkina Faso, contre 15 % au Mali et 10 % au Niger. Mais la répartition évolue : en 2025, le Burkina ne concentre plus que 54 % de ces incidents, tandis que le Mali et le Niger enregistrent respectivement 29 % et 18 %. Pour Héni Nsaibia, analyste senior d'ACLED pour l'Afrique de l'Ouest, cette évolution ne traduit pas un recul des violences burkinabè, mais l'extension géographique d'un conflit qui s'étend désormais aux zones minières de ses voisins.
Une violence qui change d'échelle
Le rapport insiste sur un effet de spirale : les groupes armés, en élargissant leur territoire, transforment les mines en points de fixation. Les attaques visant les infrastructures, les convois ou le personnel minier ne sont plus des épiphénomènes ; elles s'accompagnent d'une prise de contrôle sur les routes, les communautés et les circuits commerciaux. JNIM, coalition affiliée à Al-Qaïda, demeure l'acteur dominant, mais il doit composer avec la branche sahélienne de l'État islamique (ISSP) et avec les forces gouvernementales appuyées par les Africa Corps russes. Cette compétition à trois niveaux explique la fragmentation de la violence et sa propagation au-delà des périmètres miniers.
La géographie de l'or devient ainsi un marqueur des rapports de force. Au Burkina Faso, où la junte contrôle mal son territoire, les mines artisanales servent de sanctuaires logistiques. Au Mali, la présence de l'État est historiquement plus forte, mais l'extension des zones d'exploitation vers le sud et l'est, notamment dans les régions de Kayes et de Sikasso, offre de nouvelles cibles aux groupes affiliés. Le Niger, longtemps considéré comme un espace secondaire, voit ses sites aurifères du nord et de l'ouest devenir des enjeux stratégiques en raison de leur proximité avec les frontières libyenne et algérienne.
Souveraineté et gouvernance minière
Cette escalade sécuritaire intervient dans un contexte de durcissement des politiques minières dans les trois pays. La junte burkinabè, tout en négociant une révision des contrats avec les compagnies étrangères, a multiplié les opérations militaires conjointes avec le Mali et le Niger dans le cadre de l'Alliance des États du Sahel. Le récent jugement de la Cour commerciale de Ouagadougou, qui a annulé l'accord d'achat d'or de Franco-Nevada et condamné la société à verser 5,2 milliards de FCFA, illustre la volonté de reprendre la main sur les flux aurifères. Cette décision, saluée comme un acte de souveraineté, pourrait toutefois compliquer l'accès au financement international alors que la Banque africaine de développement prépare pour 2027-2031 une stratégie de soutien.
La militarisation de la réponse sécuritaire, notamment via les Africa Corps, n'a pas endigué le phénomène. Les groupes armés s'adaptent, en privilégiant les zones où les garnisons sont clairsemées et où les populations locales tirent une partie de leurs revenus de l'orpaillage. Les données d'ACLED montrent que les attaques se concentrent dans un rayon de dix kilomètres autour des sites, touchant aussi les axes logistiques. En attaquant les routes commerciales, les djihadistes perturbent l'approvisionnement en carburant et en explosifs, mais également l'évacuation du minerai vers les centres de traitement.
Cette dynamique pose une question centrale pour les États de la région : comment concilier la rente minière, indispensable au financement des budgets nationaux, avec la sécurisation de territoires de plus en plus perméables ? L'or est devenu une ressource doublement disputée — entre puissances traditionnelles et nouveaux partenaires russes d'une part, et entre groupes armés rivalisant pour son contrôle d'autre part. La baisse relative du Burkina Faso dans les statistiques d'ACLED ne doit pas être lue comme une victoire, mais comme le signal d'une contagion qui fragilise l'ensemble de l'architecture sécuritaire sahélo-saharienne.
Loin d'un simple phénomène circonscrit, la violence liée à l'or sape les efforts de consolidation de l'État dans des pays déjà minés par l'instabilité. Elle interroge la capacité des gouvernements à transformer leurs ressources minières en levier de développement, alors même que les circuits d'exportation échappent en partie au contrôle officiel. Au-delà du Sahel, ce lien entre extraction et insécurité invite à reconsidérer les mécanismes de financement de l'exploitation aurifère en Afrique de l'Ouest, où la demande mondiale d'or ne cesse d'accroître la valeur stratégique de ces territoires.