Le 16 juillet 2026, le Niger a renouvelé le permis d'exploitation de la mine d'or de Samira-Libiri, assurant une production de 2,3 tonnes d'or pour 96 milliards FCFA. Deux jours plus tôt, la Banque mondiale approuvait un projet de 120 millions de dollars au Burkina Faso pour renforcer la protection sociale face aux chocs sécuritaires et climatiques. Ces décisions interviennent alors que la violence djihadiste et les déplacements de populations s'intensifient dans la région, posant la question de la durabilité du modèle extractif ouest-africain.
⚖️ Or et insécurité au Sahel : concilier exploitation minière et protection sociale
Deux décisions majeures en juillet 2026 illustrent le paradoxe sahélien : miser sur l’extraction aurifère tout en renforçant la résilience sociale face aux chocs sécuritaires et climatiques.
- 96 milliards FCFA de chiffre d’affaires
- 400 emplois directs maintenus
- Recettes budgétaires sous pression
- 120 millions $ de protection sociale
- 2 millions de personnes ciblées
- Chocs sécuritaires et climatiques
« Le gouvernement mise sur des retombées économiques pour contrebalancer les incertitudes sécuritaires. »
— Analyse Cauris · La proximité de la mine avec des zones de conflit soulève des risques opérationnels
Le Niger renouvelle l’exploitation de la mine d’or de Samira-Libiri (96 milliards FCFA, 400 emplois) tandis que le Burkina Faso obtient 120 millions $ de la Banque mondiale pour la protection sociale. Deux stratégies opposées mais complémentaires face à l’insécurité croissante au Sahel.
Le renouvellement du permis de la mine de Samira-Libiri, dans la région de Tillabéri, illustre la volonté des autorités nigériennes de maintenir l'activité minière malgré un environnement sécuritaire dégradé. La mine, exploitée par la Société des mines du Liptako (SML), devrait générer près de 96 milliards FCFA de chiffre d'affaires et maintenir 400 emplois directs. Ce choix stratégique intervient dans un contexte où le Niger, comme ses voisins du Sahel, voit ses recettes budgétaires sous pression en raison de la baisse des investissements et de l'instabilité. En mai 2026, une attaque du JNIM contre une base militaire à Garbougna, dans l'ouest du pays, a rappelé la fragilité de la situation sécuritaire. La proximité de la mine avec des zones de conflit soulève des risques opérationnels, mais le gouvernement mise sur des retombées économiques pour contrebalancer les incertitudes.
Protection sociale : l'autre face de la résilience
Au Burkina Faso, le nouveau projet de la Banque mondiale, doté de 120 millions de dollars sur cinq ans, cible les populations les plus vulnérables, notamment les déplacés internes et les rapatriés. Ce financement s'inscrit dans une dynamique plus large : depuis les coups d'État de 2020-2022, le pays a vu sa croissance reculer et l'inflation grimper, tandis que les attaques djihadistes se multiplient. En avril 2026, des villes maliennes étaient prises pour cible par une coalition de groupes armés, illustrant la contagion régionale de l'insécurité. Le Burkina Faso, frontalier du Mali et du Niger, subit les mêmes pressions. Le projet vise à renforcer l'autonomisation économique des femmes et à améliorer l'accès aux soins, dans un contexte où plus de 2 millions de personnes sont déplacées.
Quand l'or finance-t-il la guerre ?
L'exploitation minière artisanale et industrielle est souvent pointée comme un vecteur de financement des groupes armés. Si la mine de Samira-Libiri est légale et contrôlée, l'or illicite circule dans la région. Le renouvellement du permis, assorti de clauses de contenu local, vise à encadrer la filière et à maximiser les retombées pour l'économie nationale. Mais dans les zones grises du Sahel, la frontière entre mine légale et trafic reste poreuse. Le Niger entend ainsi consolider son secteur extractif tout en limitant les fuites vers l'économie informelle et les groupes armés.
Un équilibre sous tension
La Banque mondiale, de son côté, intervient sur le volet social pour amortir les chocs. Ce projet est le second du genre après un premier programme adaptatif lancé en 2021. Il reconnaît implicitement que l'insécurité et les déplacements créent une pauvreté structurelle que la croissance minière ne résout pas. Les recettes de l'or pourraient financer des services publics, mais l'insécurité détourne les investissements et alourdit les dépenses sécuritaires. Le cercle vicieux se renforce : sans sécurité, pas d'exploitation minière stable ; sans exploitation minière, moins de ressources pour la sécurité et le développement.
Regard sur la région
Cette tension n'est pas propre au Niger et au Burkina Faso. En Côte d'Ivoire et au Ghana, les producteurs de cacao tentent de s'unir pour peser sur les prix mondiaux, tandis que les sanctions contre les pays de l'Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina) isolent économiquement ces États. Les investissements étrangers chutent, et les populations paient le prix de l'insécurité. La Banque mondiale, en recentrant son aide sur la protection sociale, s'adapte à une réalité où l'urgence humanitaire prime sur le développement long terme.
Alors que le secteur minier offre une bouée de sauvetage budgétaire aux États sahéliens, les pressions sécuritaires et sociales imposent une réévaluation des priorités. La coexistence de l'exploitation aurifère et de la protection sociale sous l'égide des bailleurs internationaux esquisse un modèle où la résilience devient le maître-mot. Mais dans une région où le nombre de déplacés ne cesse de croître et où les groupes armés étendent leur emprise, cet équilibre reste précaire, et les choix d'aujourd'hui détermineront la stabilité de demain.