Selon un rapport de Reuters, l'expansion des groupes armés liés à Al-Qaïda et à l'État islamique au Sahel menace désormais directement les secteurs miniers de l'or et de l'uranium, qui constituent une part clé des exportations du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Alors que ces pays produisent environ 10% de l'or mondial et que le Niger est un fournisseur majeur d'uranium pour l'Europe, la détérioration sécuritaire fragilise à la fois les chaînes d'approvisionnement et les finances publiques. Cette situation soulève des questions sur la souveraineté économique de la région face à des groupes qui contrôlent désormais de vastes portions de territoire.
La cartographie de l'insécurité au Sahel a profondément évolué ces dernières années. D'après le rapport, les groupes armés, autrefois cantonnés au nord du Mali, étendent aujourd'hui leur emprise sur environ 60% du Burkina Faso et progressent vers le sud et l'ouest du Niger. Cette expansion territoriale coïncide avec les principales zones aurifères et uranifères, transformant les sites miniers en cibles privilégiées. Les déplacements de près de quatre millions de personnes, selon l'ONU, témoignent de l'ampleur de la crise humanitaire qui accompagne cette dégradation sécuritaire.
Pour les sociétés minières, le coût de la sécurité devient un poste budgétaire incontournable. Certaines mines ont déjà été attaquées, et les craintes concernant la sécurité des voies d'approvisionnement s'accentuent. L'Afrique de l'Ouest produit entre 11 et 12 millions d'onces d'or par an, soit environ 10% de la production mondiale. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger figurent parmi les principaux producteurs, et toute perturbation se répercute sur les recettes fiscales et les devises étrangères de ces États déjà fragiles.
Le cas de l'uranium nigérien est particulièrement stratégique. Le Niger était l'un des premiers fournisseurs d'uranium de l'Union européenne, et la menace qui pèse sur ses sites d'extraction expose la dépendance énergétique européenne à la sécurité sahélienne. Si les groupes armés venaient à contrôler ou à entraver ces chaînes, cela aurait des conséquences directes sur le mix électrique de plusieurs pays européens, en particulier la France.
Au-delà des pertes immédiates, l'instabilité mine la confiance des investisseurs. Les compagnies minières hésitent à engager des capitaux dans des zones où le risque sécuritaire est élevé, ce qui réduit les perspectives de développement de nouveaux gisements de lithium, cuivre ou cobalt, pourtant essentiels à la transition énergétique mondiale. Par ailleurs, la détérioration économique accentue les flux migratoires vers l'Europe, comme le souligne le rapport, créant une pression supplémentaire sur les pays d'accueil.
Cette situation interroge la capacité des États sahéliens à préserver leur souveraineté sur leurs ressources naturelles. Entre la multiplication des groupes armés, la faiblesse des forces de sécurité et les contraintes budgétaires, la gouvernance minière se trouve confrontée à un défi existentiel. Les réponses nationales, souvent militaires, peinent à endiguer une menace qui dépasse les frontières et qui s'adapte aux nouvelles vulnérabilités.
Alors que la demande mondiale en ressources critiques pour les technologies vertes ne cesse de croître, la stabilité du Sahel devient un enjeu planétaire. La région, riche en minéraux stratégiques, pourrait voir son potentiel de développement compromis si la spirale de violence ne trouve pas de réponse coordonnée entre acteurs régionaux et internationaux. La question n'est plus seulement sécuritaire, mais aussi économique et géopolitique.