Le 19 juillet 2026, un rapport de l'Atlantic Council souligne un basculement majeur : l'intérêt commercial mondial passe des minéraux traditionnels comme l'or aux minéraux critiques, essentiels à l'intelligence artificielle et à la transition énergétique. Pour le Burkina Faso, premier producteur d'or d'Afrique de l'Ouest, cette tendance pose la question de la diversification de son secteur minier. Alors que le pays vient de voir son contrat d'achat d'or avec Franco-Nevada annulé par la justice burkinabè, et que la Banque africaine de développement prépare sa stratégie 2027-2031, l'heure est à la redéfinition des priorités extractives.

Infographie — Or · Burkina Faso

Le secteur minier burkinabè a longtemps été synonyme d'or. Avec une production annuelle autour de 50 tonnes, l'empire aurifère a attiré des géants comme Iamgold et Endeavour, et généré des recettes fiscales cruciales pour l'État. Pourtant, les signes d'essoufflement se multiplient. En juin 2026, le tribunal de commerce de Ouagadougou a annulé l'accord d'achat d'or de 2014 entre Franco-Nevada et Riverstone Karma, condamnant la société à payer 5,2 milliards de FCFA. Cette décision illustre les tensions croissantes entre les opérateurs historiques et la justice burkinabè, dans un contexte de souveraineté revendiquée.

C'est dans ce climat que survient le constat de l'Atlantic Council : les investisseurs se tournent désormais vers le cobalt, le lithium, le manganèse et les platinoïdes, indispensables aux batteries et à l'IA. L'Afrique détient 30 % des réserves mondiales de ces minéraux, mais n'attire que 10 % des dépenses d'exploration. Pire, les données géologiques datent souvent de l'époque coloniale. Le Burkina Faso, dont le sous-sol reste mal connu pour ces filières, pourrait passer à côté d'une manne si rien n'est fait.

Une dépendance à l'or fragilisée

L'économie burkinabè reste très dépendante de l'or, qui représente plus de 70 % des recettes d'exportation. Mais les cours de l'or, après un pic en 2024, montrent des signes de volatilité. Parallèlement, le durcissement des conditions d'exploitation – insécurité, exigences fiscales accrues, contentieux – refroidit les investisseurs aurifères. La décision de la Banque africaine de développement, en juin 2026, de préparer un nouveau Document de stratégie pays pour 2027-2031 avec les autorités burkinabè, pourrait être l'occasion de réorienter l'aide vers le développement des minerais critiques.

Les enjeux de souveraineté et de données

L'exploration des minéraux critiques exige des technologies avancées. L'IA, notamment, pourrait réduire les coûts et les délais d'exploration de plusieurs années. Au Ghana voisin, des projets pilotes utilisent déjà le machine learning pour cartographier les gisements. Mais au Burkina Faso, l'absence de données numériques modernes freine l'arrivée de ces innovations. Le pays doit impérativement investir dans ses propres capacités d'évaluation géologique, sous peine de voir les compagnies étrangères dicter les termes, comme ce fut le cas pour l'or.

Une géopolitique régionale en reconfiguration

La ruée vers les minéraux critiques ne concerne pas que le Burkina. Toute la sous-région ouest-africaine est concernée : le Mali, le Niger, le Ghana possèdent des réserves potentielles. Mais la compétition est rude, et les grands acteurs – Chine, États-Unis, UE – multiplient les accords. Pour le Burkina, le choix est stratégique : soit rester un fournisseur d'or sous pression, soit se positionner comme un hub de minéraux critiques, à condition de sécuriser son territoire et d'attirer des investisseurs technologiques.

Le basculement mondial vers les minéraux critiques offre au Burkina Faso une fenêtre d'opportunité pour diversifier son économie et renforcer sa souveraineté minière. Mais cela exige une refonte des politiques publiques, des investissements dans l'exploration numérique et une stabilité sécuritaire. L'issue de cette transition dépendra autant des décisions nationales que des dynamiques géopolitiques globales, où l'Afrique, malgré ses richesses, reste un acteur en quête de place.