Le 10 juillet 2026, à Abidjan, le secrétaire adjoint délégué au Trésor américain Jeremy Wiggins a présenté la vision de Washington pour le développement des chaînes de valeur des minéraux critiques en Afrique. Une approche qui mise sur les infrastructures, le capital privé et la transformation locale, dans un contexte de rivalité croissante avec la Chine. Ce discours, tenu lors du Forum ministériel organisé par la Banque africaine de développement, marque une inflexion stratégique pour une région qui concentre près de 30 % des réserves mondiales mais capte moins de 1 % de la valeur des technologies énergétiques.

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Le Forum ministériel sur les minéraux critiques, les chaînes de valeur et la valorisation, qui s'est tenu vendredi 10 juillet 2026 à Abidjan, a servi de tribune à Jeremy Wiggins pour exposer une nouvelle doctrine économique américaine à l'égard de l'Afrique. Devant des ministres africains des Mines, de l'Énergie et de l'Industrie, des représentants de l'Union africaine et du secrétariat de la ZLECAf, ainsi que des investisseurs, le secrétaire adjoint délégué chargé de l’Investissement, de l’Énergie et des Infrastructures a martelé un message clair : l'Afrique ne doit plus se contenter d'être un simple fournisseur de matières premières. « Pendant trop longtemps, le modèle dominant a consisté à extraire le minerai, l'exporter brut puis le transformer ailleurs », a-t-il déclaré, pointant le paradoxe d'un continent qui détient 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques — indispensables aux batteries, véhicules électriques, semi-conducteurs et infrastructures numériques — mais qui capte moins de 1 % de la valeur générée par la fabrication des technologies énergétiques. Cette prise de parole américaine s'inscrit dans une rivalité géopolitique de plus en plus frontale avec la Chine, qui domine aujourd'hui le raffinage et la transformation de ces minerais. Pékin contrôle par exemple plus de 80 % de la transformation du cobalt, un minerai dont la République démocratique du Congo possède la majeure partie des réserves. En proposant un modèle alternatif axé sur le développement d'infrastructures locales, le financement privé et le renforcement des capacités industrielles, Washington cherche à offrir aux États africains une voie de montée en gamme. La BAD, qui organisait le forum, a rappelé que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait constituer un accélérateur pour créer des chaînes de valeur régionales intégrées, en facilitant les échanges de produits transformés plutôt que de minerais bruts. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette initiative américaine revêt une importance particulière. La région, déjà connue pour ses gisements d'or et de bauxite, commence à attirer l'attention pour son potentiel en minéraux critiques : lithium au Mali et au Ghana, terres rares au Burkina Faso, ou encore graphite à Madagascar (bien que ce dernier soit hors Afrique de l'Ouest, il illustre la dynamique continentale). Historiquement, les pays ouest-africains ont peiné à capter la valeur ajoutée de leurs ressources minières. Les filières artisanales de l'or, par exemple, échappent largement aux circuits formels, tandis que l'exportation de bauxite brute depuis la Guinée n'a généré que peu de retombées industrielles locales. La nouvelle stratégie américaine pourrait changer la donne, à condition que les États de la région parviennent à harmoniser leurs politiques minières et à attirer les investissements nécessaires dans les infrastructures énergétiques et logistiques, comme le barrage hydroélectrique de Souapiti en Guinée évoqué dans des articles récents, qui illustre les défis de la formation d'ingénieurs et de la souveraineté technologique. Wiggins a insisté sur le rôle du capital privé, via des partenariats public-privé, et sur la nécessité de créer un environnement réglementaire stable. Il a également évoqué la possibilité d'un soutien via la Société financière internationale (IFC) ou la Banque américaine d'export-import, sans fournir de montants précis. Cette approche contraste avec celle de la Chine, qui privilégie des prêts adossés aux ressources et une intégration verticale de ses entreprises. Plusieurs analystes présents au forum ont souligné que le succès de cette initiative dépendra de la capacité des pays africains à négocier des conditions équitables et à mettre en place des mécanismes de contrôle locaux, afin d'éviter de reproduire les schémas extractivistes du passé. La question de la gouvernance reste centrale : comment s'assurer que la transformation locale bénéficie aux populations et aux économies nationales, et non à une nouvelle élite étrangère ou locale ? Le discours de Wiggins, bien que volontariste, n'a pas apporté de réponse concrète sur ce point.

Ce forum d'Abidjan s'inscrit dans une séquence diplomatique plus large où les grandes puissances tentent de redessiner les contours de la coopération avec l'Afrique. Alors que la Chine multiplie les accords miniers en RDC et en Zambie, que l'Union européenne déploie son propre plan « matières premières critiques », les États-Unis cherchent à se positionner comme un partenaire alternatif privilégiant la transformation locale. Pour l'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est double : ne pas être une simple arène de la compétition sino-américaine, mais tirer parti de cette rivalité pour construire une véritable souveraineté industrielle. La réussite d'un tel projet reposera in fine sur la capacité des États de la CEDEAO et de l'UEMOA à coordonner leurs politiques minières, à investir dans l'énergie et la formation, et à imposer leurs conditions aux investisseurs étrangers.