Le Sénégal a franchi une étape clé dans l'élaboration de sa stratégie nationale sur les minéraux critiques, en réunissant parties prenantes et experts pour définir une notion de criticité adaptée à ses besoins. Cette initiative, appuyée par le Forum intergouvernemental sur les mines, intervient dans un contexte où plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, dont la Mauritanie, cherchent à renforcer leur souveraineté sur leurs ressources extractives. Alors que le Maroc et la Tunisie consolident leur emprise sur le phosphate, la question des minéraux stratégiques devient un enjeu géopolitique régional.
Souveraineté minière : le Sénégal définit ses minéraux critiques
Le Sénégal pose les bases d'une stratégie nationale sur les minéraux critiques. La Mauritanie observe, alors que la compétition régionale s'intensifie.
Le Sénégal adapte la notion de « minéral critique » à ses besoins : le phosphate est jugé stratégique pour l'autosuffisance alimentaire, contrairement à d'autres pays qui privilégient le cobalt ou les minéraux de la transition énergétique.
Le 29 juillet 2026, le Service géologique national sénégalais (SGNS) a réuni société civile, entreprises minières et universitaires pour poser les bases de la stratégie nationale.
La Mauritanie observe ces évolutions. Le Maroc et la Tunisie consolident leur emprise sur le phosphate, faisant des minéraux stratégiques un enjeu géopolitique régional.
L'initiative sénégalaise est soutenue par le Forum intergouvernemental sur les mines (IGF), qui accompagne les pays dans la définition de leurs stratégies.
« Il est nécessaire de définir ce que recouvre la criticité pour le Sénégal, une notion qui varie selon les pays. »
Ces indicateurs soulignent l'importance pour le Sénégal de valoriser ses ressources minières dans un contexte de déficit courant.
Une définition sur mesure de la criticité
Le 29 juillet 2026, le Service géologique national sénégalais (SGNS) a piloté une rencontre de concertation associant société civile, entreprises minières et universitaires pour poser les bases de la stratégie nationale sur les minéraux critiques. Le Dr Rokhaya Samba Diène a insisté sur la nécessité de définir ce que recouvre la criticité pour le Sénégal, une notion qui varie selon les pays. L'exemple du phosphate illustre cette approche : au Sénégal, il est considéré comme stratégique pour l'autosuffisance alimentaire, tandis que d'autres nations privilégient le cobalt ou les minéraux de la transition énergétique.
Une initiative inscrite dans un mouvement régional
Cette démarche sénégalaise n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l'Ouest où les États tentent de reprendre le contrôle de leurs ressources. La Mauritanie, voisine et partenaire commercial, observe avec attention ces évolutions. Disposant de ressources majeures en fer (SNIM) et en gaz (Grand Tortue Ahmeyim), elle pourrait s'inspirer de ce modèle pour définir ses propres minéraux critiques. Le Forum intergouvernemental sur les mines (IGF), dont le Sénégal est membre fondateur, offre un cadre technique pour ces réflexions, et la Mauritanie pourrait y trouver un appui similaire.
Les leçons du phosphate nord-africain
Le contexte historique renforce l'urgence de ces stratégies. Au Maroc, la nomination d'Omar Bouzouada à la tête de la CPG et du GCT en juin 2026 illustre la volonté de Rabat de consolider sa filière phosphate, essentielle pour l'économie espagnole selon des alertes de Google. En Tunisie et en Algérie, les phosphates sont également au cœur des préoccupations de souveraineté. Ces dynamiques montrent que la maîtrise des ressources minérales devient un levier géopolitique, poussant les pays d'Afrique de l'Ouest à agir.
Les défis de la souveraineté énergétique
Pour la Mauritanie, l'enjeu dépasse la simple identification des minéraux critiques. Le développement du gaz (Grand Tortue Ahmeyim) et l'exploitation du fer doivent s'accompagner d'une réflexion sur la valeur ajoutée locale et les chaînes d'approvisionnement régionales. Le Sénégal, avec son expérience dans le phosphate et le pétrole, pourrait devenir un partenaire clé. Mais la concurrence entre pays pour attirer les investissements étrangers demeure forte, comme le montre la diversification proactive de Vinachem au Vietnam, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en engrais.
Un cadre régional encore en construction
La stratégie sénégalaise s'appuie sur une expertise internationale via l'IGF, mais la coordination ouest-africaine reste balbutiante. L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et la CEDEAO n'ont pas encore harmonisé leurs politiques minières. La Mauritanie, bien que non membre de l'UEMOA, participe à certains forums régionaux et pourrait bénéficier d'une approche concertée. La définition de minéraux critiques communs à l'échelle sous-régionale renforcerait la position des pays face aux multinationales et aux grands importateurs comme l'Espagne.
La démarche du Sénégal ouvre une fenêtre d'opportunité pour repenser la gouvernance des ressources extractives en Afrique de l'Ouest. La Mauritanie, riche en fer et en gaz, pourrait y trouver un cadre pour affirmer sa propre souveraineté, à condition de dépasser les rivalités nationales et de construire une vision régionale. L'évolution des marchés mondiaux des minéraux critiques (transition énergétique, engrais) rend cette réflexion d'autant plus urgente.