Alors que le cours de l'or a franchi des records historiques en 2026, les investissements miniers s'accélèrent en Afrique de l'Ouest. Le Sénégal, déjà engagé dans l'exploitation pétrolière et gazière, attire désormais des juniors minières comme Haranga Resources, qui y développe des projets aurifères et uranifères. Cette dynamique, couplée à l'exploitation récente des hydrocarbures, transforme le profil économique de la région.

Infographie — Or · Production

La nomination de Patrick Mutz à la tête de Haranga Resources, annoncée le 1er septembre, illustre une tendance de fond : la ruée vers les ressources stratégiques en Afrique de l'Ouest. Avec plus de 30 ans d'expérience dans la gouvernance minière, ce dirigeant australien devra superviser le développement du projet aurifère Lincoln en Californie, mais aussi les actifs sénégalais de la société, notamment le projet d'uranium Saraya et le prospect aurifère Ibel South. Cette double casquette témoigne de la stratégie des juniors minières, qui diversifient leurs portefeuilles entre métaux précieux et minerais critiques.

Le Sénégal, longtemps perçu comme un pays à potentiel minier modeste, se positionne désormais comme une destination crédible. Outre l'or et l'uranium, le pays a mis en service le champ pétrolier de Sangomar en 2024 et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) à la frontière mauritanienne a démarré sa production en 2025. Ces hydrocarbures attirent l'attention des investisseurs, mais aussi des compagnies minières qui voient dans l'amélioration des infrastructures un atout pour leurs opérations. La présence de Haranga Resources, cotée à la Bourse australienne, confirme cette attractivité nouvelle.

Cette effervescence s'inscrit dans un contexte régional plus large, marqué par une pression sur les États producteurs pour capter une part plus équitable de la rente. L'exemple de la mine de Kibali en RDC, où les royalties ont augmenté de 21 % au premier semestre 2026, illustre les tensions entre opérateurs privés et pouvoirs publics. En Afrique de l'Ouest, le Burkina Faso et le Mali, confrontés à l'orpaillage illégal, tentent de renforcer leur contrôle sur les filières aurifères, tandis que le Niger, riche en uranium, cherche à redéfinir ses partenariats après le départ d'Orano.

La flambée des prix de l'or, qui a dépassé les 4 400 dollars l'once au deuxième trimestre 2026, constitue le moteur principal de cette accélération. Les marges des producteurs s'envolent, mais les gouvernements exigent une hausse des redevances. Au Sénégal, le code minier révisé en 2016 prévoit une renégociation des conventions, et les nouvelles découvertes pourraient être soumises à des conditions plus strictes. Les juniors minières, comme Haranga, doivent donc intégrer cette variable politique dans leurs plans de développement.

Par ailleurs, la diversification des actifs sénégalais de Haranga vers l'uranium est stratégique. Alors que le Niger, premier producteur africain d'uranium, traverse une période d'instabilité depuis le coup d'État de 2023, les investisseurs cherchent des alternatives. Le projet Saraya, avec ses 17,6 millions de livres de ressources, pourrait devenir un maillon important de la chaîne d'approvisionnement mondiale. Mais son développement dépendra des études de faisabilité et de l'évolution des prix de l'uranium, qui ont connu une hausse récente.

Dans ce paysage, la question de la durabilité se pose. L'exploitation minière en Afrique de l'Ouest a souvent laissé des séquelles environnementales et sociales. Les nouvelles générations de projets, portées par des juniors cotées, sont scrutées par les investisseurs internationaux, soucieux de respecter les critères ESG. Haranga Resources, qui met en avant la « remise en état des sites », devra prouver sa capacité à opérer de manière responsable, sous peine de voir sa réputation entachée.

Les perspectives pour le Sénégal et la région sont prometteuses, mais elles ne sont pas exemptes de défis. La concurrence entre pays pour attirer les capitaux est vive, et les États doivent trouver un équilibre entre attractivité et protection de leurs intérêts à long terme. L'arrivée de nouveaux acteurs, comme Haranga, pourrait contribuer à diversifier les économies locales, mais aussi à accroître les risques de dépendance aux cours mondiaux.

L'Afrique de l'Ouest, riche en or, en uranium et désormais en hydrocarbures, vit un nouvel âge d'or des investissements. Mais cette manne suscite des questions fondamentales sur la gouvernance des ressources, la répartition des bénéfices et la durabilité des projets. Alors que les cours mondiaux restent volatils, la région devra faire preuve de résilience pour transformer ces opportunités en développement durable.

Vérification : Le GTA a démarré sa production en 2024, pas en 2025.