Le 1er septembre 2026, la société canadienne Eagle Plains Resources annonce le démarrage d'un programme de forage sur le projet Lorado, dans le bassin de l'Athabasca. Cet événement, a priori lointain, s'inscrit dans un mouvement mondial de relance de l'exploration uranifère, dont les répliques se font sentir jusqu'au Niger, où la production est toujours suspendue depuis le coup d'État de juillet 2023. Alors que la demande mondiale en uranium s'accroît, la question de la souveraineté énergétique des États ouest-africains se pose avec une acuité renouvelée.
L'exploration repart au Canada,
le Niger reste à l'arrêt
Le 1er septembre 2026, Eagle Plains Resources lance un forage sur le projet Lorado (bassin de l'Athabasca). Un signal fort dans un marché mondial sous tension, tandis que la production nigérienne demeure suspendue depuis juillet 2023.
Chronologie sous tension
Les répliques jusqu'au Niger
En bref — contexte ouest-africain
Selon la Banque mondiale, le Burkina Faso affiche un solde courant de -4,0 % du PIB et une inflation de -0,6 %. Le FMI indique un solde budgétaire de -3,5 % du PIB et une dette publique brute de 52,0 % du PIB. Ces chiffres illustrent les contraintes macroéconomiques qui pèsent sur les États de la région, alors que la question de la souveraineté énergétique se pose avec acuité.
L'exploration repart au Canada, signe d'un marché sous tension
Le programme de forage de 1 200 mètres sur le projet Lorado, mené par Xcite Uranium, une junior canadienne, n'est pas un fait anodin. Il s'ajoute à une série d'initiatives récentes dans le secteur, comme la suspension temporaire de la mine Cigar Lake en juillet 2026 en raison de problèmes de traitement à l'usine McClean Lake d'Orano. Ces deux événements, bien que distincts, témoignent d'une même réalité : le marché mondial de l'uranium est sous tension, et les acteurs cherchent à sécuriser leurs approvisionnements. La reprise de l'exploration dans une région historiquement riche comme l'Athabasca, avec des projets comme Lorado qui hébergent d'anciennes mines, est un indicateur fort de cette dynamique.
Le Niger, un maillon fragile de la chaîne d'approvisionnement
Cette effervescence contraste avec la situation au Niger, où la production d'uranium, autrefois assurée par Orano sur le site d'Imouraren, est à l'arrêt depuis le retrait des permis par les autorités militaires en 2024. Le Niger, qui représentait environ 4 % de la production mondiale d'uranium, se trouve marginalisé sur un marché en pleine recomposition. Les accords signés par le Niger avec d'autres partenaires, notamment la Chine et la Russie, n'ont pas encore abouti à une relance effective de l'extraction. Cette situation fragilise les revenus miniers de l'État, qui comptait sur l'uranium pour équilibrer son budget, et réduit sa capacité à peser dans les négociations internationales sur le prix de la ressource.
Les hydrocarbures, autre pilier de la souveraineté énergétique régionale
Parallèlement, les pays côtiers de la région tentent de diversifier leurs ressources. Le Sénégal, avec le champ pétrolier de Sangomar, a entamé sa production en juin 2024, et malgré des incidents techniques, les volumes exportés contribuent déjà aux recettes publiques. Le gaz naturel du projet GTA, à la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie, a démarré sa production en janvier 2025, ouvrant la voie à une exploitation conjointe des ressources offshore. Ces projets, bien que prometteurs, sont confrontés à des défis de gouvernance et de répartition des bénéfices, comme en témoignent les tensions récurrentes entre les États et les compagnies pétrolières.
L'orpaillage illégal, une menace pour la stabilité et les finances publiques
Dans le même temps, l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali continue de drainer des ressources financières considérables hors des circuits officiels. Selon des estimations, les pertes pour les États se chiffrent en centaines de millions de dollars par an, alimentant l'insécurité et la corruption. Cette économie parallèle, souvent liée à des groupes armés, affaiblit la souveraineté des États sur leurs ressources et complique la mise en place de politiques minières transparentes. La lutte contre ce phénomène est devenue un enjeu sécuritaire majeur, mais les solutions restent limitées.
Une géopolitique des ressources en pleine recomposition
L'ensemble de ces éléments dessine une géopolitique des ressources extractives en Afrique de l'Ouest où la compétition s'intensifie entre puissances traditionnelles (France, Canada) et nouveaux entrants (Chine, Russie). La décision du Niger de se tourner vers de nouveaux partenaires, tout en maintenant une rhétorique souverainiste, illustre les difficultés de la transition. Les contrats signés avec des entreprises chinoises ou russes, souvent moins transparents, pourraient à terme réduire les marges de manœuvre financières du pays. À l'inverse, les pays comme le Sénégal, qui ont su attirer des investissements diversifiés tout en préservant une certaine stabilité politique, semblent mieux positionnés pour tirer parti de leurs ressources.
Le poids des prix et des marchés mondiaux
La reprise de l'exploration au Canada est aussi le reflet d'une hausse des prix de l'uranium, qui a dépassé les 100 dollars la livre en 2026, après une décennie de morosité. Cette tendance, portée par la relance du nucléaire civil en Asie et en Europe, encourage les juniors à relancer des projets longtemps jugés non rentables. Pour les pays producteurs ouest-africains, cette conjoncture favorable pourrait être une opportunité, à condition qu'ils puissent rétablir un cadre juridique et sécuritaire attractif. Or, la situation au Niger, marquée par l'instabilité politique et les contentieux avec Orano, ne joue pas en sa faveur.
Des perspectives incertaines pour la région
À terme, la question n'est pas seulement celle de la production, mais de la capacité des États à transformer leurs ressources en développement durable. Les exemples du Sénégal et de la Mauritanie montrent que des partenariats équilibrés peuvent générer des bénéfices substantiels, mais ils exigent une gouvernance rigoureuse et une vision à long terme. Le Niger, s'il veut retrouver sa place dans le marché de l'uranium, devra résoudre ses différends juridiques et offrir des garanties aux investisseurs, tout en répondant aux aspirations de sa population. La route est étroite, mais les ressources, elles, sont toujours là.
Alors que les projecteurs se tournent vers l'Athabasca, l'Afrique de l'Ouest demeure un acteur clé du marché mondial de l'uranium, mais aussi un terrain de jeu pour des puissances aux intérêts divergents. La souveraineté énergétique de la région ne se décrète pas ; elle se construit dans l'équilibre délicat entre attractivité pour les investisseurs, contrôle des ressources et bénéfices pour les populations. L'avenir dira si les États ouest-africains sauront transformer cette période de transition en une opportunité historique.